« Que notre vie soit transformée »

Nous avons demandé à Dieu, au début de la messe, que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire transforme notre vie. Comment faire en sorte que cela ne reste pas un vœu pieux, mais que notre vie – c’est-à-dire notre manière de parler, d’agir, d’aimer, de comprendre… – puisse être enfin transformée par le mystère de Pâques ? C’est là que les lectures bibliques de ce dimanche sont précieuses.

L’aventure de Philippe en Samarie dans les Actes des Apôtres nous rappelle déjà que même des hérétiques ou des mal-croyants, ce qu’étaient les Samaritains, peuvent recevoir l’Esprit Saint. Autrement dit, l’Esprit Saint n’est pas réservé aux saints. Pour le recevoir, il suffit d’être ouvert et d’accueillir la Parole de Dieu. C’est exactement ce que nous faisons en ce moment, ici à Nantes en plein air, ou chez nous devant un écran de télévision. Il ne faut jamais survoler la Parole de Dieu, mais la laisser cheminer en nous, des oreilles jusqu’au cœur : tel est le premier pas pour nous laisser transformer par la résurrection. Et nous en sommes tous capables !

La transformation qui commence alors se repère facilement par un mouvement intérieur : la joie. Demandez aux habitants de Samarie : « Il y eut dans cette ville une grande joie. » Non pas une joie que les habitants se sont donnés à eux-mêmes, une sorte d’exaltation mystique, mais une joie qui vient du Ressuscité. C’est ce qui nous arrive avec un bon ami ou un camarade de classe qui, par exemple, a eu un grave accident et qui vient nous revoir ensuite en bonne santé. Sa joie devient notre joie. La bonne nouvelle qu’il nous apprend nous transforme en chassant la tristesse. Il en est de même avec le Ressuscité : il nous annonce, par sa résurrection, que nous pouvons passer avec lui de la mort à la vie. C’est l’expérience fondamentale d’être libéré avec lui de tout ce qui nous empêche de vivre : violence, mensonge, doute…  C’est l’expérience fondamentale de traverser toutes ces mers qui nous paraissent infranchissables comme pour le peuple des Hébreux lors de sa sortie d’Égypte. Le psaume nous l’a redit : « Dieu changea la mer en terre ferme : ils passèrent à pied sec. De là, cette joie qu’il nous donne. »

Joie donnée. Mais aussi espérance. Une espérance qui ne fait pas de nous des fatalistes, mais des personnes capables d’affronter ceux qui nous alarment à l’excès, entretenant la peur devant la crise économique par exemple ou l’afflux des réfugiés. Et cet affrontement plein d’espérance se vit, nous dit saint Pierre dans sa lettre, « avec douceur et respect ». Jamais la résurrection ne transforme quelqu’un en une personne violente, méprisante, pleine d’invectives et de jugement à l’égard des autres.

Joie, espérance, avec douceur et respect. Vous comprenez sans doute pourquoi le pape François insiste tant sur « La joie de l’Évangile » et sur « La joie de l’amour », sans oublier l’espérance que personne ne peut nous voler.

L’évangile d’aujourd’hui ajoute deux notes. La première est que le Père nous « donnera un Défenseur… l’Esprit de vérité ». Si Jésus parle de défenseur, c’est bien parce que nous serons attaqués par ceux qui s’opposeront à nous. Se laisser transformer par le Ressuscité conduit à mener quelques combats, comme le Christ en a menés avec les hommes religieux de son temps. Seconde note, Jésus nous l’assure : « Je reviens vers vous. » Se laisser transformer par la résurrection, c’est regarder devant nous, vers celui qui vient vers nous, le Ressuscité. Il vient vers nous par sa Parole quand nous l’écoutons, à travers les personnes que nous rencontrons dans une joie partagée, ou encore sous les espèces du pain et du vin que nous recevons en communion. Oui, que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire aujourd’hui transforme notre vie.