Je fais un don

Frères et sœurs, avec l’Église nous rendons grâce pour les fruits portés par le concile Vatican II et spécialement dans les initiatives entreprises pour mieux accueillir la Parole de Dieu. Mais il n’y a de progrès dans l’Église que si, en nous, dans notre vie personnelle, cette Parole éternelle habite réellement. Quelle est ma relation avec la Parole ? Ce n’est qu’ainsi que je saurai si elle a fait du progrès dans l’Église !

La Parole n’est jamais seule : elle est mariée au silence. Le silence comme condition préalable, qui permet l’écoute attentive ; mais aussi le silence provoqué par la Parole. Un silence que nous aimerions souvent, un silence de paix et d’harmonie, où l’homme échange avec son Dieu. Mais sa Parole provoque surtout en nous un silence gêné. Un silence qui me dérange, comme dans ces discussions où, soudain « un ange passe » : quelqu’un vient de « jeter un pavé dans la mare » ; un silence qui fait résonner toutes nos contradictions ; un silence extérieur masquant mal le bouillonnement de notre conscience « flashée » par la Parole. Ce silence gêné est celui des disciples après l’annonce de la Passion. Leur bouche se tait, mais leur cœur est tumultueux : pourquoi Jésus renouvelle-t-il cette mauvaise nouvelle alors que des foules vont à lui et qu’il réalise des signes éclatants devant tout le peuple ? Et pourquoi, quand nous méditons la Bible, nous attardons-nous à l’image d’un Jésus berger, ami de l’homme et repoussons-nous l’image de celui qui prévient, reprend, invective, souffre et meurt pour notre salut ? Pourquoi vient-il nous troubler ainsi dans nos moments de tranquillité, de confort ? Nous aimerions qu’il se taise comme ces hommes qui méditent le mal dans le livre de la Sagesse. Ils se disent en eux-mêmes : « attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu. » Les disciples ne comprennent pas l’insistance de Jésus sur ses souffrances, sa mort et sa résurrection. Et nous, l’avons-nous mieux comprise ?

Pour accueillir cette Parole, il faut que les apôtres entrent eux-mêmes dans une mort et une résurrection. Il faut qu’ils meurent à leur propre parole, à leurs idées, à leurs projets et opinions. « De quoi discutiez-vous en chemin ? » demande Jésus ; alors, ils se taisent ! Encore un silence gêné. Leurs discussions de grandeur étaient si médiocres ! Après l’annonce de sa pâque, Jésus les invite eux-mêmes à leur propre pâque : « celui qui veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». Jésus ne leur reproche pas d’être ambitieux, au contraire : il leur donne la clé du succès ! Mais ce n’est pas un succès mondain, social, politique ou même religieux. C’est un succès bien plus grand, bien plus haut, bien plus profond. Celui d’être le premier, le premier auprès de Dieu, le premier avec Jésus. Jésus, qui à la résurrection sera exalté plus haut que les cieux, donne à tous ceux qui veulent le suivre le chemin certain de cette exaltation. Cela nécessite de notre part la conversion : c’est-à-dire l’abandon définitif de notre parole intérieure qui nous fait miroiter les succès de papier glacés… c’est la pâque que nous avons à vivre. Saint Jacques prévient : « vous n’obtenez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts ».

La Parole aura fait des progrès en nous et dans l’Église quand nous aurons compris que l’unique Parole de Dieu, c’est celle de la Sainte Croix. « Salut, ô Croix, notre unique espérance. » Frères et sœurs, soyons ambitieux. Visons la gloire ! La vraie, celle de Dieu. Entrons dans le combat contre ces paroles intérieures qui nous habitent et nous trompent sur le vrai chemin : le chemin de la gloire, c’est le chemin de la croix ! Amen.

Références bibliques : Sg 2, 12.17-20 ; Ps 53 ; Jc 3, 16-4, 3 ; Mc 9, 30-37

Référence des chants :