Frères et sœurs, imaginez-vous lire cette brève dans un quotidien ou sur un site d’information : « Un enfant est né en Palestine. Selon la rumeur, il serait le Fils de Dieu. Accompagnée de Joseph, un charpentier, Marie, sa maman, a accouché dans une étable faute de place dans les auberges. Elles sont surpeuplées à cause d’un afflux de population lié à un recensement imposé par l’empereur romain. Le prénom de l’enfant : Jésus. Des bergers qui nous l’ont annoncé, s’en réjouissent. »

Au-delà du côté banal de l’évènement, cette mise en scène imaginaire ne révèle-t-elle pas l’originalité de la foi chrétienne ? À Noël, Dieu risque tout : sa réputation, sa tranquillité. Il fait ses paquets. Il vient habiter sur terre. Comme en atteste la couronne d’Avent garnie de quatre bougies allumées par étapes ces dernières semaines, dans l’espace de recueillement mis à notre disposition dans cette prison, des chrétiens se sont préparés, dans la prière, à accueillir l’Emmanuel. Ce prénom se termine par les deux mêmes lettres que Noël. En hébreu, ces deux lettres signifient : « Dieu avec nous ». Dans d’autres prisons belges, d’autres détenus auraient aussi aimé vivre ces moments communautaires, prier ensemble comme le droit le leur permet. Eux aussi ont une grande place dans le cœur de Jésus comme tous les êtres humains qui ont faim, ceux qui manquent d’eau potable, qui ont froid, qui sont malades ou qui sont étrangers. Le jubilé de la miséricorde, qui vient de s’ouvrir dans l’Église universelle, invite, entre autres, à prolonger un agir social dans ces domaines. Il est incontournable pour toute personne et toute institution conquises par la personne de Jésus. Dans l’Évangile de Matthieu, la visite aux détenus est une œuvre de miséricorde ajoutée par Jésus à une liste juive préexistante. Cela en souligne l’importance à ses yeux.

Chers amis dans la foi, dans cette prison, des initiatives individuelles et collectives sont prises au quotidien pour vous aider à brider la violence, faire reculer des injustices, enrayer la haine et la vengeance, préparer votre réinsertion dans la société, en un mot : croire à nouveau en vous. Par exemple : des cours d’informatique, de cuisine, de langues, de gestion, des initiatives suscitant la créativité comme ces dessins sur le podium, des débats, le travail en atelier, des accompagnements individualisés, etc. La société aurait tout à gagner en amplifiant et en généralisant ces décisions trop peu répandues dans nos prisons. Grâce aussi à ces manières de faire, les détenus redeviennent des humains. Les récentes journées nationales des prisons, organisées par de multiples associations actives en prison, l’ont bien confirmé.

« Jésus a habité parmi nous » nous dit l’Évangile d’aujourd’hui. En quel Dieu croirions-nous sans Noël, c’est-à-dire sans un Dieu né au milieu de nous, sans ce Dieu qui nous dit : « Je suis… », comme l’a gravé Georges sur l’autel ? Une phrase que chacun est amené à compléter. Nous parlerions de Dieu comme de quelqu’un qui habite très haut dans le ciel. Nous nous sentirions si petits que nous n’aurions qu’à nous aplatir. Sans Noël, nous serions soit déistes, comme les philosophes qui admettent l’existence d’une divinité quelconque, ou nous serions fétichistes, adorateurs d’animaux ou d’objets chargés d’un pouvoir surnaturel.
En regardant le ciel, nous voyons des étoiles, là où les hommes situent généralement Dieu. L’histoire de la nativité du Christ nous parle d’une étoile. Elle a donc quitté le ciel pour s’installer dans la crèche de Bethléem et dans celles d’aujourd’hui, visibles aussi dans des cellules de prisons, dans nos foyers, sur les places publiques. Elle vient confirmer que Dieu n’est plus au-dessus de nos têtes. Nous avons donc à baisser notre regard pour le voir à hauteur d’homme, sur le visage des personnes construisant un monde plus juste pour le frère qu’elles rencontrent y compris les écorchés de la vie. Mon expérience atteste que chaque personne passe un jour ou l’autre par une situation de fragilité temporaire ou plus longue.

La naissance de Dieu parmi les hommes, a pour conséquence géniale qu’elle vient donner à notre propre vie une consistance particulière : notre vie terrestre n’est pas une vie au rabais. Grâce à Noël, notre vie ici-bas est sacrée puisque Dieu lui-même a choisi de la vivre avec nous et comme nous. Oui, désormais, nous savons que c’est dans notre vie terre à terre, même avec ses laideurs, ses ratés, que nous pouvons rencontrer Dieu.

Ce message de Noël ne nous est pas donné pour information, simplement pour en savoir un peu plus sur Jésus. Laissons-nous surprendre par Dieu. Il nous est offert pour affermir notre foi en nous-mêmes en l’autre, en lui et à agir. Ce mystère de Noël a comme but de nous aider à traverser notre quotidien et devenir de plus en plus heureux.

Références bibliques : Is 52,7-10 ; Lettre aux Hébreux 1, 1-6 ; Jn 1,1-18

Référence des chants :