Dimanche dernier, nous étions déjà avec Jean-Baptiste. C’était avant la venue de Jésus, avant son baptême. C’était bien légitime : le temps de l’Avent précède l’arrivée du Christ. Quoi de plus normal d’attendre Jésus avec celui qui a préparé sa venue. Mais aujourd’hui, l’affaire est autre. Nous retrouvons certes Jean-Baptiste, mais bien après le début de l’activité de Jésus. Le baptiste est en prison tandis que Jésus est déjà connu dans tout le pays. Étonnant non ? Un tel récit deux semaines avant Noël ! On attendrait un évangile du début, et on est en plein milieu de la vie publique de Jésus. Quel chemin d’Avent la liturgie veut-elle nous faire emprunter ? Au moins trois choses peuvent nous faire grandir aujourd’hui. Dans cet évangile, trois points de conversion nous orientent vers Noël.

Remarquons d’abord que Jean-Baptiste est emprisonné. Il est en train de vivre ce que Jésus lui-même subira plus tard. Le Baptiste ne s’est pas contenté d’annoncer Jésus par la parole, il l’annonce par sa vie. Il n’est pas seulement précurseur par la parole. Il l’est parce que, comme Jésus, avant Jésus, il a proclamé le Royaume, il a baptisé, il a été emprisonné. Comme Jésus et avant lui, il sera exécuté de manière injuste par le tyran. Notre chemin de l’Avent prend ici son premier virage. Préparer Noël, préparer la venue de Jésus, c’est conformer notre vie à celui que nous attendons. Préparer Noël, ce n’est pas seulement attendre ou rêver. C’est vivre, aujourd’hui, dans notre chair, de la présence même de Jésus. Première conversion : ajuster sa vie à celle de Jésus.  Remarquons ensuite l’attitude de Jean-Baptiste vis-à-vis de ses disciples. Ces derniers ne savent plus où donner de la tête. Leur maître est en prison. Et Jean-Baptiste les envoie à Jésus. Il pourrait les garder pour qu’ils le réconfortent dans sa geôle. Il préfère leur permettre de reconnaître que Jésus est vraiment le sauveur. Il s’efface car c’est le seul moyen pour que ses disciples rencontrent Jésus. Le Baptiste a dit ailleurs : il faut que Jésus grandisse et que moi je diminue.

Nous prenons ici notre deuxième virage sur ce chemin de l’Avent. Préparer Noël, c’est faire taire notre égo. Préparer Noël, c’est arrêter de se mettre au centre pour pouvoir y placer Jésus. Comment sinon reconnaître le petit enfant de la crèche ? Notre monde suscite les orgueilleux. Et pourtant, il a besoin des humbles. Telle est notre deuxième conversion : entrer dans l’humilité pour accueillir Jésus. Remarquons enfin ce que dit Jésus de Jean-Baptiste : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » Jésus déclare que le Baptiste est le plus petit dans le royaume. Il est plus petit que tous les baptisés. Il est plus petit que chacun de nous. C’est surprenant, c’est choquant même, mais c’est vrai. Comme homme, Jean-Baptiste est plus grand que nous. Mais comme chrétiens, nous sommes plus grands que lui. Au cours de sa vie, lui n’a pas reçu la grâce du baptême.

Voici notre troisième virage sur le chemin de l’Avent. Préparer Noël, c’est prendre conscience de l’immense grandeur qu’apporte celui qui vient. Préparer Noël, c’est recevoir une dignité plus grande que nous ne pouvons l’imaginer. C’est entrer dans la grâce. C’est être grand. C’est être beau. C’est être relevé. C’est être aimé. Voilà notre troisième conversion : redécouvrir combien Jésus nous rend magnifique ?

Cette semaine, à Lyon plus qu’ailleurs, nous avons célébré la Vierge, en son immaculée conception. Nous sommes encore tout imprégnés de cette fête. Marie est notre modèle pour avancer dans notre triple conversion. Qui mieux qu’elle a conformé sa vie à celle de Jésus ? Qui mieux qu’elle fût une humble servante de Seigneur ? Qui comme elle est créature magnifique, préservée par la grâce ? Comme disent les anciens, elle est l’étoile de l’Avent, resplendissante. Qu’elle brille sur notre chemin vers Noël pour que nous avancions, humbles, dignes et confiants, jusqu’à l’enfant de la crèche.