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Ex 34, 4b-6.8-9 ; cantique Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18

  1. Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné le Fils unique, afin que chacun qui croit en lui ne soit pas perdu mais qu’il ait la vie éternelle.
  2. En effet, Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
  3. Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas a déjà été jugé, parce qu’il n’a pas cru dans le nom du Fils unique de Dieu.
Nous sommes faits pour la communion

Dans les débuts de l’Eglise, les Actes des Apôtres parlent d’un baptême qui fut donné au nom de Jésus[1]. C’est-à-dire une adhésion de notre intelligence au message de l’Evangile du Christ, mais aussi la volonté que notre vie soit comme celle du Christ.

Mais l’Eglise a vite mis en œuvre ce que Jésus avait demandé : « baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit [2]. » La vie chrétienne n’est pas seulement une recherche pour ma propre vie. A l’image du Dieu Trinité, la vie chrétienne est un élargissement de l’amour.

Parmi les diverses analogies du mystère de « Dieu Trinité », le pape Benoît XVI  citait celle de la famille[3] : la famille « appelée à être une communauté d’amour et de vie, dans laquelle les diversités doivent concourir à former une ‘parabole de communion’ ». Notre vie est faite pour la communion et pour que l’amour circule. La réalité de Dieu est comme celle d’une famille (d’ailleurs, elle en devient un idéal que nous pouvons avoir du mal à atteindre) : il y a le Père, il y a le Fils, il y a l’Esprit : ils sont inséparables[4] et pourtant chacun est lui-même ! On dira : tout cela, Père, Fils et Esprit, c’est Dieu. Comme on dirait : tous ceux-là, c’est la famille Dupont !

Et tout ce qui constitue cette famille qu’est Dieu déborde de Dieu et se communique à nous par l’Esprit d’amour : cette famille divine nous transmet son amour. Qu’en ferons-nous ?

Etre baptisés et faire le signe de la Croix, au nom du Père et du fils et du Saint-Esprit, c’est manifester combien nous voulons que le mystère de la Trinité ait une incidence sur notre vie et sur notre comportement. Je reconnais là ce qu’a pu prêcher Saint Antoine, patron de Lisbonne, plus connu comme saint Antoine de Padoue : « Que les paroles se taisent, et que les actes parlent. »[5]

Agissant au nom de Dieu Trinité, le chrétien dit que la vie est faite de relations vraies pour la communion, puisque Dieu se montre relations et communion entre le Père et le Fils par l’Esprit, comme une famille qui essaie de s’aimer infiniment et de se tenir solidaire. Et puisque Dieu est relations, il ne reste pas distant : il choisit d’aimer et de se tenir solidaire de l’humanité que nous sommes. L’Evangile l’affirme majestueusement et pourtant simplement : Dieu a envoyé son Fils non pas pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. L’envoi du Fils est un geste de l’amour de Dieu ; Dieu qui nous invite à l’aimer et à aimer notre monde : l’écouter, l’accompagner, et faire preuve d’empathie. Au contraire, quand nous laissons prise à la division, c’est la confiance et l’amour qui s’effondrent : nous devenons moins chrétiens, en somme.

Ce mystère de la Trinité me donne à réfléchir quand je vois la façon dont nous, catholiques pouvons nous positionner dans les confrontations politiques en France. Au cœur de la foi au Christ ressuscité, je pense par exemple à la défense de la vie. Il est surprenant que des catholiques en arrivent à s’opposer en partageant ce même désir ! Certains focalisent la défense de la vie de sa conception à sa fin ici-bas. D’autres focalisent la défense de la vie des personnes persécutées qui cherchent refuge en nos pays d’Europe. Comme si l’un des deux engagements moraux était facultatif dans la vie chrétienne. Défendre la vie, est-ce donc faire deux groupes ?  N’est-ce pas vouloir la communion d’amour et le dialogue, que nous inspire la Trinité ? N’est-ce pas nous soutenir mutuellement là où nous avons à progresser ?

Le mystère de la Trinité empêche de se satisfaire des clans au sein des croyants : il nous fait prendre soin les uns des autres. Et il porte aussi notre attention vers ceux qui pensent autrement, vers ceux qui arrivent, nouveaux…

Le mystère de la trinité nous fait désirer la communion en Dieu à la fin des temps, mais nous fait déjà l’anticiper ici par la fraternité, au-delà de nos pauvres différences !

[1] Ac 10, 48 ; 19, 5

[2] Mt 28, 19

[3] Méditation avant la prière de l’Angelus du 11 juin 2006

[4] D’après Tertullien

[5] Dans une homélie de saint Antoine de Padoue sur l’Esprit Saint.