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Faut-il avoir peur ? C’est la question que se posaient ces trois derniers jours les 3 ou 4 000 participants de la deuxième session des États généraux du christianisme, ici à Lille. 400 personnes seulement ont pu trouver place ce matin dans la chapelle de l’Université catholique qui nous reçoit : mais vous êtes si nombreux avec nous devant votre écran de télévision !

Accueillons d’emblée cette question. Faut-il avoir peur, par exemple, d’être trop peu à entendre l’invitation de notre Père, du Père de tous les hommes, à participer chaque dimanche au banquet des noces de son Fils ? Nous répondons : non. Mais à ceux qui entendent l’invitation, il est demandé de se préparer réellement, de se disposer, par l’esprit et le cœur, à être des participants joyeux, accordés à l’intention du maître de maison. On ne va pas à un banquet de mariage sans vêtement de noce, autrement dit avec la haine au cœur, avec l’ironie du moqueur, avec le dédain du blasé.

Pour répondre à cette peur, accueillons maintenant l’invitation que les textes de la liturgie nous proposent en retenant l’image du repas de fête, le banquet universel, où les conflits seront résolus et même finis tous les deuils. Il faut voir en cette image la belle apocalypse, la révélation du prophète Isaïe qui annonce la fin des tragédies endurées par le peuple de Dieu. Les ennemis enfin se parlent, comme le dit le texte d’une de nos prières eucharistiques.

Le psaume n’est pas en reste, il chante d’avance le bonheur de tout un peuple, car le psalmiste parle pour tout le peuple qui sait que le Seigneur désire son bien et prépare pour lui une réconciliation merveilleuse. Je ne manque de rien : c’est la même phrase que dit l’apôtre Paul. A-t-il manqué de quelque chose depuis qu’il s’est donné au service du Seigneur et de sa Parole ? Certainement pas. Les épreuves ne lui ont pas manqué. Mais, à l’appel de Dieu lui-même, les chrétiens autour de lui se sont concertés, j’allais dire : cotisés, pour que lui, le ministre de l’évangile, n’ait aucune raison d’avoir peur ou de manquer de quoi que ce soit : il sait vivre de peu.

Avec cette image, nous entendons autrement l’appel de l’évangile d’aujourd’hui et cette invitation au banquet. Certes, il y a un côté dramatique dans cette proclamation : si elle n’est pas accueillie, il s’ensuit de vraies tragédies. En effet, particulièrement à notre époque, nous ressentons que le bonheur de l’humanité ne peut pas se faire si l’hostilité, l’injustice, la violence ou l’égoïsme s’opposent à la générosité de l’offre ! Voilà pourquoi, nous devons nous réjouir que s’achève par ce repas de fête, par cette eucharistie, ces États généraux.

Faut-il avoir peur de l’islam ? Peur des religions et de leur place dans notre société ? Peur de la laïcité qui étoufferait l’expression des recherches les plus profondes ? Ici, ces jours-ci et en ce lieu, nous n’avons pas eu peur de nous parler et de nous redire les enjeux des vraies libertés. Faut-il avoir peur que la politique ne change rien pour notre société, une société dominée par le spectacle, une société même remise en cause par les innovations technologiques ? Ici, ces jours-ci et en ce lieu, nous avons réaffirmé que doit être proposée à nouveau la vision d’un monde juste et respectueux. Faut-il avoir peur de l’avenir, peur pour les jeunes ? Ici, nous avons voulu réfléchir avec eux, et porter nos regards au-delà des craintes, en leur laissant imaginer un monde fait par eux et pour eux. Faut-il avoir peur de la surpopulation, des pénuries alimentaires, des pandémies et de toutes les alertes qui pourraient nous anesthésier ? Ici, nous voulons croire qu’aucun catastrophisme n’anéantira la planète, et nous osons redire que nous avons besoin d’être sauvés des courtes vues, et des petits arrangements. Faut-il avoir peur de la finance et de ses crises ? Il faut plutôt regarder les choses en face pour voir clair et comprendre que nous nous laissons entraîner à vivre au-dessus de nos moyens, à vouloir toujours plus pendant que certains manquent de tout : oublions-nous nos frères qui meurent en Somalie ? Mais faut-il avoir peur de la mort ? Non, à condition que personne ne meure sans être entouré de l’accompagnement humain et pleinement digne, comme des soins qui apaisent.

Il est vital que nous nous parlions ainsi. Si Dieu nous envoie l’annonce d’un monde réconcilié, s’il est devenu lui-même Parole pour nous en son Fils, s’il nous charge d’être porteurs de ce message, s’il fait de nous plus que des messagers, des témoins qui s’engagent avec lui à son appel, alors la parole partagée, le dialogue sans crainte sont bien le chemin où il nous appelle. Le banquet n’est-il pas aussi un lieu où les langues se délient ?

Seigneur Jésus, toi qui es parole au milieu de nous, donne-nous la joie de transmettre la saveur de ce dialogue, pour prendre part à la grande action de grâce, en parole et en acte, aujourd’hui et toujours.

Références bibliques : Is 25, 6-9 ; Ps. 22 ; Ph 4, 12-14.19-20 ; Mt 22, 1-14

Référence des chants :