Pendant sept ans, dans une des paroisses dont j’étais, à Lyon, le curé, j’ai regardé chaque dimanche avec tendresse et émotion une de mes paroissiennes, une femme d’une quarantaine d’années, employée dans un supermarché. Ce n’était pas sa beauté que j’observais, bien qu’elle fut belle, ni la manière qui était la sienne de s’habiller. Ce que je guettais, c’était sa façon toute personnelle de venir recevoir l’eucharistie. Au moment où elle arrivait à la hauteur du ministre de la communion, elle marquait un temps d’arrêt, levait ses yeux vers la croix suspendue au-dessus de l’autel, fixait intensément le visage du Christ, puis tendait enfin ses mains pour recevoir le pain consacré. Je lisais dans son regard une infinie confiance et une immense gratitude. Son attitude, de surcroît, témoignait d’une compréhension approfondie du sacrement eucharistique, car le pain reçu en nourriture est la mémoire vive du don du Christ sur la croix. Point de dolorisme, pour autant, chez cette paroissienne : simplement la forte conscience du grand amour divin. Comme Jésus lui-même nous l’a annoncé : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13).

Vous connaissez l’histoire de la croix. Ce supplice fut, semble-t-il, inventé dans l’Antiquité par les Perses. Les Romains l’adoptèrent à leur tour, pour mettre à mort dans d’atroces souffrances, les perturbateurs de l’ordre impérial. Il y eut, parfois, des crucifixions par centaines. À l’époque où Jésus vivait en Galilée et en Judée, il était habituel de passer devant des suppliciés cloués au bois à différents croisements routiers. Aux yeux des Juifs, comme des Romains, la crucifixion était considérée comme une peine particulièrement infamante. C’est pourquoi les chrétiens n’adoptèrent la croix comme signe de reconnaissance, qu’à partir du quatrième siècle, après que l’empereur Constantin eut aboli ce supplice. Quand on sait cela, on comprend d’autant mieux la réflexion de saint Paul : « Nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (Première lettre aux Corinthiens, 1, 23).

Le Christ Jésus a accepté l’infamie. Il est mort dans d’épouvantables souffrances, celles de la suffocation au fur et à mesure que ses chairs se déchiraient et que son corps glissait. À côté de lui, nous disent les récits évangéliques, il y avait deux autres crucifiés. On les oublie trop souvent. Sans doute étaient-ils des résistants violents à l’occupation romaine. Selon saint Luc (23, 39-43), l’un a remis sa destinée dans les mains du Christ, tandis que l’autre ne pouvait croire en aucun salut. Quand je regarde la croix du Christ, je pense toujours à ces deux-là, ainsi qu’à tous les crucifiés de la terre : ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui.

Car, de la même manière que le Christ Jésus a été un petit enfant pauvre, comme des centaines et des centaines de millions d’autres à travers l’histoire et sur la surface de la Terre, de même a-t-il été un crucifié au milieu des autres crucifiés. Et si chaque bébé qui nait est une icône du Christ nourrisson, de la même manière, tout homme détruit par la violence d’autrui est une image du Christ crucifié. Tout persécuté, finalement, est « sacrement » du Christ Jésus, comme l’est le pauvre, comme l’est le malade, comme l’est le prisonnier, comme l’est l’enfant encore rempli d’innocence. N’a-t-il pas dit : « Chaque fois que vous avez fait (du bien) à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40) ?

Ces derniers jours, nous avons tous été bouleversés par cette effarante histoire qui a eu pour cadre le Nord-est brésilien : cette petite fille de neuf ans, violée depuis quatre ans par le compagnon de sa mère et qui s’est retrouvée enceinte de deux jumeaux. Je ne reviendrai pas sur toutes les polémiques qu’a suscitées l’avortement thérapeutique décidé par le corps médical. Je préfère vous citer ces quelques mots d’un ami prêtre pradosien, Bruno, « fidei donum » au Brésil : « Devant cette mère et cette fillette détruite par un beau-père cassé, comment Jésus aurait-il réagi ? », s’est-il demandé devant ses paroissiens. Et de répondre : « Il se serait approché d’elles et il aurait pleuré. » On parle toujours des pleurs du Christ devant le péché du monde, notamment quand il pleure sur Jérusalem et sur toutes ces cités humaines qui se sont détournées de lui (Luc 19, 41). Mais il y a d’abord les larmes de Jésus devant la souffrance des hommes, au moment de la mort de son ami Lazare (Jean 11, 35), mais aussi à chaque fois que la douleur des humains le saisissait aux entrailles. Je suis certain que Jésus pleurait « comme une Madeleine », comme l’on dit en référence aux larmes de Marie-Madeleine prostrée près du tombeau du Seigneur (Jean 20, 11). Et que Marie, sa mère, pleurait aussi beaucoup en face de toutes les détresses rencontrées.

À l’occasion de cette messe télévisée, nous fêtons les cinq cent cinquante ans du tableau de soie que possède l’église de Ligny-en-Barrois, connu comme « le tableau de Notre-Dame-des-Vertus ». Au long de ce plus que demi-millénaire, combien de centaines de milliers de personnes sont-elles venues prier devant cette étoffe peinte, confiant à la Mère de Jésus tout le poids de leurs malheurs ? Il y en a eu des larmes et des larmes jointes à celles de Marie ! Et pourquoi cette confiance ? Parce que les souffrances de Marie nous permettent de croire qu’elle nous comprend et qu’elle compatit à tout ce que nous pouvons vivre. Voici trois ou quatre jours, je présentais mes condoléances à une vieille amie dont le mari octogénaire venait d’être enterré. Il n’était pas pratiquant. « Mais savez-vous, m’a dit sa veuve soulagée, la veille de mourir, il a récité de lui-même le « Je vous salue Marie » !

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus parle de sa crucifixion en disant : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle » (Jean 3, 14). Par cette parole, il nous est donc dit que c’est la croix qui sauve. Mais pourquoi sauve-t-elle ? Parce qu’elle est la preuve absolue de l’amour. En face de la haine, en face des persécutions, en face de la violence, en face de la mort, il n’y a que l’amour qui puisse être opposé. Autrement, c’est encore plus de haine, encore plus de violence, encore plus de mort. Et pourquoi l’enseignement de l’Église nous dit-il que la souffrance peut être rédemptrice ? Pas du tout par attrait pour la souffrance. Mais parce que si celui ou celle qui souffre associe ses souffrances à celles acceptées par le Christ, alors c’est plus d’amour qui se met à vivre dans le monde. L’infamant supplice de la croix est devenu source de salut pour le monde, parce qu’il s’est révélé lieu d’amour absolu. Ne cessez pas, mes amis, de contempler la croix !

Les chants

Moment

Cote

Titre

Paroles

Musique

Entrée

 

G 14-57-1

 

Vivons en enfant de lumière

CFC

Berthier

Pénitence

C 48-72

Toi qui es venu pour nous sauver

Akespsimas

Akepsimas

Gloria

   

pas de Gloria

 

Psaume

   

ps 136 psalmodié

 

Alléluia

U 48-75

Ta parole, Seigneur, est lumière

Scouarnec

Akepsimas

Credo

       

P.U.

 

Notre Père et Notre Dieu, nous te prions

   

offrande

       

Sanctus

AL 48-78

Messe "en famille, en Eglise"

AELF

Akepsimas

Anamnèse

C 89

Tu as connu la mort

C. Gaud

Wackenheim

Doxologie

 

simple

   

Notre Père

       

Agnus

C 48-80

Messe "En famille, en Eglise"

Mannick

Akepsimas

Communion

DY 48-81

Avec ses enfants de la terre

Scouarnec

Akepsimas

Fin

 

Magnificat du Quebac : Ed Pontbriand

Paroles liturgiques

Lebel

Références bibliques : 2 Ch 36, 14-16. 19-23; Ps. 136; Ep2, 4-10; Jn 3, 14-21

Référence des chants :