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Chers Frères et Sœurs, avez-vous remarqué dans cet évangile l’étonnement de Jean-Baptiste (Mt 3,13-17) ?

Il dit à Jésus : « C’est moi, Jean, qui ai besoin de me faire baptiser par toi et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 3,14) En effet, Jésus a-t-il besoin d’un baptême de conversion ? Quel péché a-t-il commis ? Et pourtant, il demande le baptême à Jean-Baptiste. Pourquoi ?

C’est que Jésus est en train d’accomplir un grand tournant dans sa vie : il passe de la vie cachée à la vie publique ; il sort de Galilée pour rejoindre la vallée du Jourdain, il sent un appel à sortir, à vivre un moment spirituel intense avec le baptême et à s’engager dans l’annonce du Royaume de Dieu. Jésus change de vie et pour cela, il se fait baptiser.

Et nous, savons-nous changer de vie ? Savons-nous creuser notre vie spirituelle ? Avons-nous l’ambition de changer le monde, de le rendre meilleur et plus heureux ? Car telle est l’ambition de Jésus, quand il va annoncer le Royaume de Dieu : c’est la venue d’un monde nouveau et meilleur. Et tel est le sens de notre baptême ! Il nous libère de notre tendance au mal, des œuvres mortes, dirait saint Paul (Hébreux 6,1), pour donner la vie nouvelle, faire de nous des enfants de Dieu qui produiront des œuvres de vie. Par le baptême, nous naissons à la vie de Dieu, nous naissons au Royaume de Dieu, un royaume en devenir, en construction.

Jésus lui-même vit une nouvelle naissance, puisqu’il entend cette voix du ciel qui dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. En lui, j’ai mis tout mon amour » (Mt 3,17) Jésus se découvre fils bien-aimé de Dieu. Cette nouvelle naissance de Jésus est fêtée aujourd’hui et clôture le temps de Noël. Elle nous invite tous à renaître avec Jésus, à participer à sa naissance et pas simplement à contempler sa crèche de loin, comme un objet de curiosité.

Justement, à Noël, dans cette église nous avons vécu cette expérience de renaissance. À l’initiative de la communauté Sant’Egidio, des centaines de personnes de la rue, des SDF, des familles précarisées, des enfants de ce quartier populaire, des personnes âgées, se sont retrouvés ici pour un repas de Noël partagé dans l’amitié. On lisait la joie sur les visages, surtout quand les enfants ont ouvert leurs cadeaux et les ont montrés à leurs parents ! Pour chacun des participants, cette soirée de Noël a été une renaissance, une naissance à la vie dans l’amour.

Dans cette église, en outre, sont conservés les fonts baptismaux [1] de l’ancienne cathédrale de Liège. Après la destruction de l’édifice en 1793, pendant la Révolution française, ils ont été sauvés et replacés dans cette église. Ils datent de 1122 environ et sont fondus d’une seule pièce en laiton étincelant ; l’artiste y a représenté, en plus du baptême du Christ, deux scènes complémentaires : le baptême du centurion Corneille de Césarée, par saint Pierre (dont parlait la 2e lecture de cette messe) et le baptême du philosophe Craton par saint Jean (épisode tiré des actes des apôtres apocryphes [2] ). Ces deux scènes symbolisent le baptême de la culture romaine et la culture grecque. Par le baptême, des cultures ennemies, violentes, païennes, renaissent à la vie nouvelle. Saint Pierre précisait en baptisant Corneille : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et qui font ce qui est juste. » (Ac 10,34-38)

Voilà donc l’effet merveilleux du baptême : il réunit toute l’humanité au-delà des inégalités et il fait renaître chacun comme enfant de Dieu. Il l’entraîne à s’engager au service de la réconciliation de l’humanité en proie à la violence entre les races et les individus. Le baptême est un don d’amour qui nous est donné, au service d’un monde meilleur. Il n’est pas seulement une grâce privée pour notre salut personnel.

Je termine par une histoire du pape François. Savez-vous qu’il a été baptisé le jour de Noël ? Il appelle donc la fête de Noël sa seconde naissance [3]. À cause de cela, il a demandé un jour aux pèlerins [4] : « Et vous, connaissez-vous le jour de votre baptême ? » Il ajoutait qu’il fallait se poser la question suivante : « Pour moi, le baptême est-il un fait du passé, isolé dans une date, celle qu’aujourd’hui vous rechercherez ( !), ou une réalité vivante, qui concerne mon présent, à chaque instant ? Te sens-tu fort, de la force que le Christ te donne par sa mort et sa résurrection ? Ou te sens-tu abattu et sans force ? »
Je laisse chacun le soin de répondre en âme et conscience à la question du pape François ! Amen !

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[1] G. Xhayet et R. Halleux, Études sur les fonts baptismaux de Saint-Barthélemy à Liège, Cefal, Liège, 2006.

[2] Acta Iohannis, dans Écrits apocryphes chrétiens, I (La Pléiade), Gallimard, 2004, p. 1035-1037.

[3] Osservatore Romano, 24 décembre 2013.

[4] Audience, 16 novembre 2013.

Références bibliques : 42, 1-4.6-7 ; Ps. 28 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17

Référence des chants :