La parabole de Jésus est claire aujourd’hui, il s’agit de veiller. C’est comme un homme parti en voyage. À chacun de ses serviteurs, il confie un travail et il demande au portier de veiller.

 

Je pense à tous ceux qui veillent. Il y en a sûrement pas mal parmi ceux qui nous accueillent chez eux aujourd’hui avec cette messe télévisée. Tous ceux et celles qui veillent de nuit en particulier.

 

 Tous ceux et celles qui travaillent dans le monde de la santé, dans les hôpitaux, les cliniques, tous ceux qui sont « de garde », qui veillent les malades.

 

 Tous ceux qui travaillent pour notre sécurité. Les vigiles, les policiers, les militaires, les gendarmes, les pompiers.

 

Tous ceux qui travaillent sur les routes, en mer, dans les trains. Ceux qui sont d’astreinte. Ceux qui font les 3/8 ou qui travaillent en équipe, ceux qui travaillent dans les médias.

 

Je pense aussi à tous ceux qui ne dorment pas pour une raison ou pour une autre, la maladie, un accident, un deuil. Toutes ces difficultés et ces drames de la vie qui empêchent de dormir : la faim, la guerre… Il y a ceux qui veillent parce qu’ils sont sur les chemins de l’Amour. Nous pensons au Cantique des cantiques : « Je dors mais mon cœur veille ! »

 

 Et puis je pense à ceux qui prient. Les moines, les moniales et beaucoup d’autres peut-être.

 

 Ils reprennent les psaumes :

 

« Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi. Dans la nuit, je me souviens de toi, je reste des heures à te parler. » (Ps 1)

 

« Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. » (Ps 129)

 

« Du jour à la nuit tu m’achèves, j’ai crié jusqu’au matin. » (Is 38)

 

 Jésus a prié ces psaumes. Parmi tous les veilleurs, le premier ce fut le Christ. Au commencement était le Verbe. Depuis toujours en éveil. Éveillé. Dans l’intimité du Père. Dans la communion habituelle avec le Père. Levé bien avant le jour, il allait dans un lieu désert. Et là, il priait. (Mc 1,35) Il veillait. Il a vraiment rejoint tous ceux qui veillent. Il est passé par l’agonie. La sueur, comme des gouttes de sang. Il a connu ces veilles de tristesse et d’angoisse.

 

Éveillé auprès du Père, il était éveillé dans sa relation aux autres. Auprès des plus petits en particulier. Les exclus, les pécheurs, les malades, ceux que tout le monde méprisait. Par sa parole, il éveillait tous ceux qu’il rencontrait à la proximité du Royaume.

 

Nous commençons le temps de l’Avent. Je pense aussi à Marie, la mère de Jésus et notre mère, elle qui nous rassemble tous dans sa tendresse et qui va nous conduire jusqu’à Noël. Elle aussi avait le cœur en éveil. On l’imagine bien au jour de l’Annonciation. Accueillant la Parole. Le Verbe fait chair. Et puis nous la voyons aussi partir rapidement vers Élisabeth sa cousine. C’est un cœur éveillé qui va en éveiller d’autres. Celui de Jean-Baptiste en particulier.

 

« Veillez et Priez ». C’est la vigilance du cœur. Nous avons remarqué cela dans nos propres vies. Lorsque nous savons prendre le temps de la prière, de la relation intime et personnelle avec le Seigneur, cela transforme la qualité de notre relation aux autres. Cela nous ouvre à l’accueil, à l’écoute, au pardon peut-être. Veillant avec le Christ, il nous éveille à nous-mêmes. Il nous rend vigilants. Priants, veilleurs, nous devenons éveilleurs pour un monde de justice et de paix.

 

Ici, dans cette abbatiale, beaucoup de moines ont veillé et prié depuis le XIIe siècle. Mais ces derniers temps d’autres veilleurs sont apparus. Des hommes se sont allongés sur ces dalles. Ils ont été ordonnés prêtres ou diacres. Certains sont là autour de cet autel. Venus de toute la France, ils ont été envoyés en mission. Au cœur de leur vie professionnelle ils sont partis annoncer l’Évangile. Ils ont rejoint l’appel des tout premiers envoyés dans les années Quarante : prêtres de la Mission de France, prêtres de la Mission de Paris, prêtres-ouvriers. Avant de venir se former ici, à Pontigny, ils avaient commencé la route auprès de la petite Thérèse, patronne des missions, à Lisieux.

 

Ils sont présents auprès de ceux et celles qu’ils rencontrent sur leur lieu de travail. Avec un infini respect de tous, ils constatent que beaucoup de ceux qu’ils côtoient, et de plus en plus, sont bien loin de toutes nos réalités d’Église. Beaucoup ne connaissent pas Jésus ni l’Évangile. Ces prêtres, et avec eux des diacres, des religieux et des religieuses, des laïcs aussi, toute une Église, essaient d’être témoins de l’Évangile dans l’ordinaire des jours, avec « ces gens des rues » que côtoyait Madeleine Delbrêl. Ils croient que l’Esprit de Jésus est toujours à l’œuvre dans le cœur des femmes et des hommes, des jeunes et des enfants d’aujourd’hui. Ils écoutent plus qu’ils ne parlent. Ils essaient de rejoindre le cœur pour parler au cœur. Pour essayer d’exprimer la foi de toujours dans les mots d’aujourd’hui. C’est le temps de la veille et de la patience.

 

Jésus, le Christ, est lumière. Depuis Marie et les Apôtres, Marie-Madeleine, Paul et tous les autres, la lumière poursuit sa course. Veilleurs d’aujourd’hui, prenez la lumière. Portez-là. Transmettez là. Que personne ne soit pris à l’improviste lorsque le Seigneur viendra. Et il a beaucoup de façons de venir. Tout événement ou toute rencontre peut être occasion de sa venue. Que ce soit le soir, ou à minuit, au chant du coq ou le matin.

Références bibliques : Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7 ; PS79 ; 1Co1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

Référence des chants :