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Quel manque de classe ! Vraiment ! Mais qu’est-ce qui a pu bien passer dans la tête de ce vieil homme pour agir aussi mal ? Oh, je ne vous parle pas de son partage de fortune, c’est son argent, il fait ce qu’il veut après tout ! Non, franchement, ce qui me déçoit le plus chez ce vieil homme, c’est son attitude au retour de son fils cadet : perdre son temps et son énergie à attendre celui qui vous a dépouillé, s’user les yeux à attendre un dévoyé, non mais sans blague… Ce n’est pas ce qu’on attend d’un patriarche ! Et puis, le pire, oui le pire, frères et sœurs, c’est que ce vieil homme se met à courir pour se jeter dans les bras de ce moins que rien !

Courir, est-ce une attitude respectable pour un père trahi et bafoué, est-ce une tenue pour un homme à qui on doit le respect, au moins pour ses cheveux blancs… C’est le monde à l’envers, et en plus il se met à courir… Qu’est-ce qui le fait courir, quel sentiment lui faire perdre le sens commun, au point de perdre toute dignité, toute respectabilité ? Courir, toujours courir, c’est bon pour la jeunesse, un peu folle, immédiate, ces gens qui courent vont toujours trop vite, ne prennent pas de recul, ne réfléchissent pas en marchant d’un pas lent et mesuré…

Oui, cet homme court en se moquant du qu’en dira-t-on ! Il se dépouille de toute sa noblesse pour un vaurien, pourquoi ? Que vont penser les gens de cette course effrénée, que vont dire ses serviteurs devant une telle familiarité, imaginez seulement ce qu’aurait dit le fils aîné, voyant son père soulever sa robe, dénuder ses mollets et laissant toute la respectabilité se précipiter vers un gardien de cochons, sale comme un porc !

Vraiment, aucune classe… Et tout ça pour moi ! Oui, ce vaurien qui vit avec les porcs, c’est moi ! Malgré la fange de mon péché, Dieu m’attend, il guette comme un amoureux guette désespérément sa belle, comme on regarde toutes les 30 secondes si le sms tant attendu n’est pas arrivé ! Et lorsque je décide de m’avancer vers Dieu, lorsque mon regard sur Dieu change au point de voir en lui un Père et non un tyran, ou un distributeur automatique, Dieu accourt vers moi, il court sans retenue, sans fausse pudeur, se moquant éperdument du regard et des ragots des bien-pensants de tout poil ! Dieu court vers moi, pécheur !

Il m’a trop attendu, il est si pressé de me donner ma dignité de fils qu’il ne s’arrête pas de courir, alors que les pharisiens et autres fils aînés ne cessent de lui dire : « Un peu de tenue, Seigneur, c’est un pécheur ! » La miséricorde n’attend pas, il est urgent pour nous d’en faire l’expérience ! Dieu accourt vers nous, ses bras miséricordieux sont largement ouverts : écoutons saint Paul : « Nous vous en supplions au nom du Christ, laissez- vous réconcilier avec Dieu ! » Amen.

Références bibliques : Josué 5, 10-12 ; Ps. 33 ; 2Co 5, 17-21 ; Lc 15, 1-3. 11-32

Référence des chants : Liste des chants de la messe à La Réole le 6 mars 2016