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« Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Marie venait de confier à Jésus l’embarras des nouveaux époux qui les avaient invités à leur repas de noces : « Ils n’ont plus de vin. » La réponse de Jésus à dû lui sembler bien déroutante ! De quelle heure parlait-il donc? Et pourquoi ne pouvait-il pas leur venir en aide, alors qu’il aimait tant d’habitude rendre service aux personnes en difficulté ?

 

Il est vrai qu’il venait d’entamer une toute nouvelle phase de sa vie. Durant 30 années, il avait vécu dans la plus grande discrétion à Nazareth. Il avait aimé partager très simplement la vie des  habitants de la petite bourgade. Tout au long de ces années, il n’est rien dans le quotidien des hommes qui n’avait trouvé écho dans son cœur !

 

Mais le moment était venu d’inaugurer maintenant sa mission, de faire son entrée sur la scène publique. Il avait tenu à poser d’abord un acte de profonde humilité : recevoir le baptême de conversion proposé par Jean. Au moment où il sortait des eaux du Jourdain, la voix du Père avait retenti et on avait vu l’Esprit demeurer sur lui. Désormais, accompagné de ses disciples, il allait trois années durant parcourir toute la Palestine pour révéler à chacun le visage de tendresse de son Père.

 

Alors seulement, viendrait, comme le couronnement de toute sa mission, l’Heure de sa Pâque, cette heure à la fois redoutée et tellement désirée. L’heure d’aimer les siens jusqu’à l’extrême, en se chargeant de toutes leurs détresses. L’heure de l’affrontement décisif avec le pouvoir des ténèbres pour y faire briller la lumière. L’heure de manifester l’incroyable folie de l’amour de Dieu qui est plus puissant que la folie meurtrière des hommes. « Ma vie, nul ne me la prend, c’est moi qui la donne. » En se dessaisissant de sa propre vie pour la partager à ceux qu’il aime, le Christ mènera à son achèvement l’œuvre de son Père : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle. » (Jean 3, 16)

 

La vie du Christ présente donc comme une prodigieuse concentration : 30 années, 3 ans, 3 jours ! Trente années vécues humblement à Nazareth pour partager ce qui fait le quotidien de nos vies et manifester que tout ce qui est authentiquement humain peut être sanctifié en étant transfiguré par l’amour de Dieu et du prochain. Trois années pour annoncer à tous, et spécialement aux plus petits, aux blessés de la vie, cette Bonne Nouvelle de Dieu, dont il voulait passionnément révéler la proximité et l’incroyable tendresse. Et enfin les 3 jours, l’heure de sa Pâque, l’heure de son total abandon entre les mains des hommes et les bras de son Père, pour devenir victorieux du pouvoir des ténèbres et faire à tous le don de sa propre vie : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jean 10, 10)

 

Oui, le Christ a épousé à tout jamais notre humanité ; il veut que tous les invités de la noce ne forment plus en lui qu’un seul corps, dans la diversité et la richesse des dons de l’Esprit Saint. L’Apocalypse confirme solennellement que nous sommes tous invités à ce banquet des noces éternelles : « Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse, car voici les noces de l’Agneau. Que celui qui a soif vienne, que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. » (Apocalypse 19,7 ; 22, 17) Alors, l’eau et le vin ne feront plus qu’un : celui qui recevra l’eau vive de l’Esprit Saint, source jaillissante de la vie éternelle, pourra boire éternellement à la coupe du Royaume. Ainsi s’accomplira la parole prononcée par Jésus durant la dernière Cène lorsqu’il présentait la coupe de vin à ses amis : « Buvez en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude… Je vous le déclare : je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père. »  ( Mt 26, 27-29).

 

Mais auparavant, répondons joyeusement à l’appel de Marie, car c’est à nous qu’elle dit aujourd’hui : « Faites tout ce que mon Fils vous dira ! »  A la demande du Christ, remplissons nos jarres jusqu’au bord, et faisons-lui confiance. Par sa grâce, il accomplira en nous ce qui nous semble si souvent impossible : il nous manifestera sa gloire et nous aussi nous deviendrons les témoins des merveilles que son amour réalise dans nos vies.

Références bibliques : Isaïe 62, 1-5 ; Ps. 95 ; 1ère lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens 12, 4-11 ; Evangile selon saint Jean 2, 1-11

Référence des chants :