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Imaginez la situation : un bon père de famille se prépare pour aller à la messe. Il déteste être en retard. Mais les enfants trainent à se préparer. Au moment de partir, la voiture ne veut pas démarrer. Son épouse lui dit : « Je t’avais bien dit qu’il fallait changer la batterie. » Au même moment, les enfants se disputent à l’arrière. Le bon père de famille craque et se met en colère.

Vingt minutes plus tard, il entend l’Évangile d’aujourd’hui : « Eh bien moi je vous dis : tout homme qui se met en colère en répondra au tribunal. » Il ne peut s’empêcher de penser intérieurement : « On voit bien que Jésus n’avait ni enfants, ni voiture ! » Certains enseignements de Jésus nous paraissent très éloignés de la réalité de notre vie quotidienne. Ne pas tuer, soit, c’est évident. Mais ne pas se mettre en colère, ça nous semble impossible. Les exigences de Jésus sont-elles réalistes ? Nous allons tenter de répondre à cette question en analysant tout d’abord ce que nos colères peuvent nous révéler sur nous-mêmes. Puis nous examinerons quelques moyens spirituels qui peuvent nous aider à vivre cette exigence de Jésus.

I. Commençons par analyser ce que la colère peut nous révéler sur nous-même.
Nous avons tous un rapport différent à la colère suivant notre tempérament et suivant les périodes de nos vies. Un jeune couple qui ne dort pas la nuit depuis la naissance du 4e enfant sera plus facilement irritable qu’un couple de retraités installé paisiblement à la campagne. Une chose est sure, personne n’est épargné et nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre à « cette moutarde qui nous monte au nez ». Il y a bien entendu des colères justes et proportionnées comme celle de Jésus au temple, et même des colères nécessaires au processus de l’éducation. Mais reconnaissons que la plupart du temps, nos colères proviennent plutôt de notre manque de conversion. Ce n’est pas pour rien si Jésus relie la colère au meurtre, car la colère peut tuer quelque chose dans notre relation à l’autre. Notre colère peut aussi révéler notre manque de maturité. Chez les Inuits, peuple du Pôle nord, c’est très mal vu de se mettre en colère. Lorsqu’un adulte se met en colère, on dit de lui qu’il est resté quelque part à l’état d’enfance. Notre colère peut encore révéler notre difficulté à communiquer : on se sent incompris ou méprisé par son patron, on n’arrive pas à en parler, on rumine et un jour, ça explose. Notre colère peut également révéler notre attachement excessif à des choses matérielles. Celui qui tient à sa voiture plus que tout va se mettre dans une colère énorme au moindre petit accrochage. Vous pourrez compléter cette courte analyse chez vous en vous posant cette question : qu’est-ce que mes dernières colères me révèlent sur moi-même ?

II. Venons-en à notre second point en examinant quelques moyens spirituels qui peuvent nous aider à vivre cette exigence de Jésus.
Dans l’Épître aux galates, saint Paul nous dit que la paix, la joie et la maitrise de soi sont des fruits du Saint-Esprit. (Gal 5) La maitrise de la colère provient donc globalement d’un cheminement spirituel. Saint Jacques nous donne une indication concrète : savoir écouter et retenir sa langue. « Sachez-le, mes frères bien aimés, chacun doit être prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère, car la colère de l’homme ne réalise pas ce qui est juste devant Dieu. » (Jc 1,19-21)

Mais le meilleur moyen, c’est Jésus qui nous le donne lorsqu’il nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11,29) Cultiver la douceur et l’humilité en répétant : « Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien », voilà un excellent moyen pour progresser contre toute forme de colère !

Et pour conclure, permettez-moi de rajouter un moyen qui n’est pas présent dans la Bible : pensez à réparer ou changer les choses matérielles qui fonctionnent mal. C’est plus facile de changer la batterie de votre voiture que de changer ceux qui vivent avec vous !

Références bibliques : Si 15, 15-20 ; Ps. 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Hennebont le 16 février 2014