Frères et sœurs, amis en Christ, imaginez ce soir la une du 20 heures : « Après une tournée triomphale à l’extérieur, Jésus, l’enfant du pays, est de retour. La foule en liesse se presse pour le voir et l’écouter. »

Mais « nul n’est prophète en son pays ». Cette parole de Jésus est entrée dans le langage populaire et signifie que personne n’est apprécié à sa juste valeur, à commencer par ceux qui nous sont le plus proche. Ce refus des prophètes est de tous les temps. Jésus n’a pas fait exception à la règle. En allant en priorité vers les exclus, les estropiés, les aveugles, les boiteux, les malades en tout genre, en négligeant quelques convenances religieuses, il sera un jour conduit hors de la ville et mis à mort sur une croix.

Aujourd’hui, à Nazareth, de nombreux compatriotes de Jésus attendaient de l’extraordinaire, du spectaculaire. Ils sont déçus : il ne correspond pas au profil du Messie qu’ils attendaient. En effet, Jésus, le prophète de l’Amour, ne se laisse, ni enfermer, ni museler, par qui que ce soit. Il leur annonce que sa mission n’est pas réservée aux seuls juifs, mais aussi aux étrangers, souvent regardés avec méfiance et stigmatisés. Jésus vient pour l’humanité toute entière.

Dieu n’a pas de frontière, il est plus vaste que nos horizons et plus large que nos étroitesses d’esprit. Aucune définition ne peut l’enfermer.

De tels propos sont insupportables pour les habitants de Nazareth. À partir de cet épisode, la croix se dresse déjà dans l’ombre. Le prophète « a dit la vérité, il sera exécuté ».

Aujourd’hui, comme hier, on peut chasser les prophètes, on peut les réduire au silence derrière les barreaux d’une prison, mais « on n’enchaîne pas la Parole de Dieu » et la liberté de l’Esprit se moque de nos bâillons. Et ça continue. Les prophètes, empêcheurs de ronronner, aujourd’hui encore, ne manquent pas. Dans la violence de leurs paroles, comme dans la pureté de leur témoignage de vie, ils sont les réveils d’une Église et d’une société, toujours tentées par les conforts de la passivité, de la richesse et du pouvoir.

Au milieu de nous, lorsque nous nous bouchons les oreilles, lorsque nous fermons notre cœur à double tour, désespérés par le monde, ils font sauter les serrures les plus sophistiquées.

Frères et sœurs, que ferions-nous sans ces prophètes de l’Amour ? Que deviendrions-nous sans ces exemples stimulants ? Mais au fait, qui sont-ils ces prophètes de l’Évangile ? Leur seule arme, c’est l’Amour.

Ami, regarde autour de toi, c’est ton voisin qui est engagé pour un monde plus solidaire et plus fraternel au sein d’une association, c’est ton aide-soignant qui, ce matin, avec beaucoup de délicatesse, a fait ta toilette, c’est la puéricultrice qui a veillé tendrement cette nuit sur l’enfant malade et sa maman…

Ils sont ces hommes et ces femmes, qui acceptent d’être bousculés par la provocation et la contestation ancrées dans l’Évangile. Ils instillent ce « goutte-à-goutte » d’amour, dont nous a parlé saint Paul aujourd’hui dans la deuxième lecture.

Amis, on peut être prophète de l’Amour à tous les âges de la vie, à l’école, au travail, au sein de la paroisse ou du Mouvement des chrétiens retraités qui célèbre son cinquantième anniversaire… Il n’y a pas de limite. Pour cela, il suffit d’aimer. Notre Père saint Augustin considérait trois catégories de gens : ceux qui aiment être aimés, ceux qui aiment aimer et enfin ceux qui aiment tout simplement. Frères et sœurs, aimez simplement ! Amen.

Références bibliques : Jr 1, 4-5.17-19 ; Ps70 ; 1 Co 12, 31-13, 13 ; Lc 4, 21-30

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Flexbourg 03022013