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Saint Jacques écrit : Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience ! Faut-il donc avoir encore tant de patience avant de voir Jésus dans la crèche, à Noël ? C’est dans dix jours : on y sera vite. Mais cette rencontre risque d’être éphémère. Ce sera aussi vite passé. Et peut-être se demandera-t-on : Que sommes-nous finalement allés voir ? Il nous arrive à tous de douter, d’hésiter. C’est une sorte de prison qui nous enferme, où la question surgit : Est-ce Jésus qui devait venir ? Est-il lui qui nous sauve ? Où donc est le salut, ce bonheur que Jésus a promis ?

Nous risquons vite de croire, dans le tourbillon de la vie qui reprend dès la saison des fêtes terminée, que notre espérance est vaine. Notre foi en un Dieu qui vient pour nous sauver est fragile. Elle a besoin d’être nourrie, soutenue, comme Jean avait besoin d’être soutenu dans sa prison. Comme à Jean, le Seigneur nous donne de comprendre un peu, déjà, qu’il est notre Sauveur, qu’il est à l’œuvre. Que nous dit-il ?

Jésus parle d’abord aux disciples de Jean : Allez rapporter ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent. Il y a des signes qui ne trompent pas. Encore faut-il les voir, là où ils se donnent à voir. La communauté de l’Arche est un de ces lieux. Ici, on ne compte plus les aveugles qui voient, les sourds qui entendent et même les morts, ceux qui ne vivent plus, qui ressuscitent ! Certes, le handicap ne disparait pas. Aux yeux des hommes, il demeure. La personne avec un handicap continue à ne pas passer inaperçue. Mais, désormais, pour elle et pour ses frères, le handicap n’est plus l’obstacle à la vie. Celui qui se voyait éteint, revient à la vie, parce que dans la communauté, on croit en lui, parce qu’on lui dit combien il est beau et digne d’être aimé. L’Arche est une école de présence et de patience, parfois bien coûteuses, de la part des assistants et des amis. Mais c’est surtout un lieu, parmi d’autres, où se manifeste une grande espérance : la confiance en un Dieu qui sauve l’homme.

Es-tu celui qui doit venir ? demande-t-on à Jésus. Lorsque la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, jour après jour, le salut est à l’œuvre, il se déploie, il devient même contagieux ! Ça se voit, ça s’entend…

Mais peut-être, malgré tout, restons-nous encore un peu sourds, un peu aveugles ? Alors, Jésus demande à ceux qui l’entourent : Qu’êtes-vous allés voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux-là vivent dans les palais des rois… La personne avec un handicap se promène rarement avec des vêtements luxueux et les foyers de l’Arche ne ressemblent guère à des palais de rois. Mais les apparences sont trompeuses. Au milieu du bric-à-brac de nos foyers, on rencontre de vrais messagers. À l’instar de Jean Baptiste, le prophète humble et un peu fou, la personne avec un handicap est souvent le messager envoyé pour préparer le chemin du Seigneur. Elle dérange, en cassant de vieilles barrières construites au fond de nos cœurs. Elle aplanit des montagnes de peurs. Elle rend droit des chemins si courbés d’hésitations ou d’égoïsme. Dieu sait combien de conversions se sont opérées à l’Arche par une parole, un regard, par cette simple question venant des personnes avec un handicap : Est-ce que tu m’aimes ? Je peux témoigner que la personne avec un handicap a une vocation de messager, une vocation prophétique. Encore faut-il qu’on lui donne la parole…

Es-tu celui qui doit venir ?, demande-t-on à Jésus. Lorsque la Bonne Nouvelle est annoncée par les pauvres, le salut se donne à entendre, à voir, à sentir dans la vie de ceux qui parfois n’osaient plus y croire.

Enfin, Jésus s’adresse à chacun de nous et nous invite à une découverte. Qui est ce plus petit dans le Royaume des cieux, pourtant si grand, plus grand que Jean Baptiste ? Il ne faut pas aller chercher très loin. Je le suis, sans honte, comme ce boiteux qui se met à bondir comme un cerf. Ma bouche muette crie enfin de joie. Quand j’accueille la puissance de guérison du Seigneur. Quand j’accepte qu’il se serve d’abord de l’heureuse compagnie des pauvres pour que son Royaume vienne. Drôle de venue jusqu’à nous. C’est vraiment le monde à l’envers. Mais c’est l’Évangile à l’endroit. Voilà ce que nous célébrons à Noël ; voilà aussi ce qui prend corps, jour après jour, quand l’Évangile est annoncé aux pauvres, par les pauvres, aux petits que nous sommes tous. Amen.

Références bibliques : Is 35, 1-6a.10 ; Ps 145 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Référence des chants :