Dans une semaine, nous entrerons dans le temps de l’Avent et sur le chemin de Noël. Aujourd’hui, nous sommes au terme de l’année liturgique. Elle culmine dans la fête du Christ-Roi, Seigneur de l’univers. La famille de l’Assomption est d’ailleurs très liée à cette fête, puisque notre fondateur, Emmanuel d’Alzon, nous donna pour devise ces paroles-mêmes du Notre Père : « Que ton règne vienne ». La royauté du Christ, c’est celle même de Dieu, c’est la venue de son Royaume, que Jésus trace en paroles et en gestes de tendresse et d’une extrême humilité, comme pour nous les apprendre plus facilement.

Nous écoutons la Parole de Dieu, qui nous montre aujourd’hui d’abord David, qui reçoit l’onction royale au milieu de ses soldats. David ! Oui, le petit berger qui a reçu l’onction de Dieu par le prophète Samuel et la reçoit ainsi curieusement une seconde fois, des anciens d’Israël. Ils le veulent comme roi… Mais le Seigneur le voulait surtout comme berger de son peuple. Le Seigneur aime les figures humbles et il y trace les traits de lumière de son Royaume.

L’évangile le montre de façon bouleversante, puisqu’il nous place aujourd’hui devant Jésus au moment essentiel, au moment où sa vie est donnée sur la croix. Jésus a traversé les eaux du Jourdain où Jean baptisait, puis il est allé au désert, pour le temps de l’épreuve. Sur lui s’est manifesté l’Esprit de Dieu. Ce que Jésus dit, ce qu’il fait, porte le signe de la clarté totale de Dieu. « Il est, dit saint Paul dans la seconde lecture, l’image du Dieu invisible ». Or, en cette fête du Christ-Roi, tout se passe comme s’il nous était donné à contempler dans l’envers du décor : sur une croix, entre deux malfaiteurs. Le premier le nargue : « Si tu es fils de Dieu, vas-y, sauve-toi et sauve-nous surtout ! ». Et parfois peut-être l’idée aussi nous traverse, nous aimerions plus d’efficacité. Mais l’autre – et c’est nous aussi – est bouleversé. En regardant Jésus, le ciel lui est entré dans le cœur : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! ». Et Jésus lui répond : « Aujourd’hui, tu es avec moi dans le Paradis ! »

Ainsi, aujourd’hui s’ouvre, pour le bon larron et pour nous, la révélation totale de Dieu, et son règne à hauteur d’homme, d’homme crucifié, lui le « très-bas », comme le dit le poète Christian Bobin. Et il est à hauteur aussi de la soif de l’homme qui le regarde. Ainsi, le Règne de Dieu ne passe pas par les sommets, mais par les chemins creux des hommes, il prend dans la vie des hommes, comme le feu prend aux broussailles, ou comme une bouture prend en bonne terre. Le Royaume de Dieu prend dans nos propres vies, il se révèle dans nos paroles, il se dit dans nos attentes, dans nos affections, dans nos doutes, peut-être dans nos échecs et dans nos croix.
Le Règne, ou le Royaume, de Dieu traverse toutes les fêlures de nos vies, lumineusement et c’est ainsi qu’il prend à l’humanité, il prend racines en y inscrivant le printemps de Dieu. Non pas un règne de puissance, mais un règne étonnamment humble, dans lequel la vie est donnée : celle du Christ et aussi la nôtre. Et dans ce don, le ciel et la terre se rejoignent, la vie de Dieu se donne et nous emporte en résurrection, nous remet debout dès maintenant. La Royauté du Christ est cette brèche de Résurrection qui ouvre nos vies à la clarté totale de Dieu.

Ainsi, fonder sa vie sur Jésus, c’est entrer dans le Royaume, c’est vivre un présent ouvert, dès aujourd’hui, à l’éternité de Dieu, qui de proche en proche bouleverse notre vie, nos attitudes, nos choix, car l’éternité s’y est inscrite.

Dans quelques jours, nous entrerons dans le temps de l’Avent, en demeurant dans ce mystère de l’humanité que Dieu aime de passion, comme saint Jean aime le redire : « Il a établi sa demeure parmi nous ! » Paix aux hommes car il les aime.

Le Royaume de Dieu est à cette mesure, de la proximité infinie de Dieu, et de la fraternité qu’il instaure. Amen !

Références bibliques : 2 S 5, 1-3; Ps. 121; Col 1, 12-20; Lc 23, 35-43

Référence des chants :