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Frères et sœurs, « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Que signifie cette exclamation de Jean-Baptiste que nous reprenons à chacune de nos eucharisties ?

Permettez-moi de vous partager une histoire, que racontaient déjà les premiers ermites de notre ère. Deux moines en voyage arrivent au bord d’une rivière en crue. Sur la berge, une femme s’adresse au plus jeune pour lui demander de l’aide, afin de traverser. Ce dernier refuse : « Ne voyez-vous pas que je suis moine et que j’ai fait vœu de chasteté ? Je ne peux pas vous prendre dans mes bras et vous porter. » Peu importe, rétorque le moine plus âgé : « Montez sur mon dos et nous traverserons ensemble. » Il s’exécute et dépose la jeune femme de l’autre côté de la rivière. Leurs routes se séparent et les moines poursuivent ensemble leur chemin. À l’approche du monastère, le jeune moine, toujours tracassé, dit au plus âgé : « Tu n’aurais jamais dû porter cette femme, cela va à l’encontre de toutes nos règles. » Et l’autre moine lui répond : « Elle avait besoin d’aide et je l’ai déposée sur l’autre rive. Moi, cela fait longtemps que je ne la porte plus. Toi, par contre, tu ne l’as pas portée, mais elle t’encombre toujours l’esprit. »

Au cours de nos existences, il peut nous arriver d’hésiter, voire de trébucher. Des choix ou des erreurs de destinée viennent souvent nous confronter à notre propre fragilité. Le désespoir, la colère, ou la culpabilité, peuvent nous envahir, alourdir notre cœur, rendre difficile notre marche. Pourquoi dois-je porter cela ? C’est dans ces moments-là que peut résonner en nous le cri de Jean-Baptiste : « Voici celui qui vient porter notre inachèvement. » Dans notre chemin d’accomplissement, nous ne sommes plus seuls face à nous-mêmes. Nous valons plus que nos erreurs ou nos errances. Nous avons du « prix aux yeux de Dieu » nous rappelle le prophète Isaïe. Voici que l’Esprit nous invite à la démaîtrise, à nous désencombrer, à oser nous laisser porter. Pour se désencombrer, il ne s’agit pas d’oublier ou d’effacer ce qui a été vécu. Désencombrer son cœur est une démarche personnelle, un acte de souvenir qui consiste à poser un regard apaisé sur son histoire et l’offrir à la tendresse de Dieu dans la confession. Lorsque cette histoire est blessée, la force du pardon pourra même nous aider à jeter un regard non douloureux sur notre vie, afin de voir ce qui peut encore renaître. Désencombrer son cœur, c’est bien relire sa vie avec les yeux de Dieu, qui ne condamnent pas car Dieu est toujours plus grand que notre cœur.

Nous osons ainsi croire que nos chemins s’inscrivent à jamais dans la tendresse divine qui nous précède. Mettre sa confiance en ce Dieu-là, c’est reconnaître que Dieu n’est jamais la cause de nos épreuves ou du mal, mais que tout au contraire, il en fait sa cause. Sa miséricorde consiste à porter en son cœur nos misères. Il vient nous offrir du courage et du sens lorsque nous nous sentons désajustés, lorsque l’écart entre ce nous sommes et ce que nous désirons être est trop lourd à porter. Si Dieu prend le chemin des humains pour nous révéler qui il est, l’Évangile nous propose de prendre le chemin de Dieu pour découvrir qui nous sommes : des fils et des filles en qui il met tout son amour, des êtres portés par Dieu, mais aussi porteurs de Dieu. Car si Dieu porte en lui les manques d’amour de notre humanité, c’est aussi pour que nous soyons porteurs de la surabondance de l’amour de Dieu.

« Que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu. » Voilà la salutation de Paul à toutes les Églises ! Voici le salut de Dieu à porter jusqu’aux extrémités du monde ! Ce salut devient ainsi salutation de Celui en qui nous aurons pour toujours notre refuge, notre demeure éternelle. Amen.

Références bibliques : Is 49, 3.5-6 ; Ps. 39 ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Créteil le 19 janvier 2014