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Sont-ils tous devenus fous ? Les vignerons tout d’abord. Ils sont complètement fous ! Quelle folie d’agir avec cette violence démesurée face aux serviteurs ! Quelle folie de les frapper, de les tuer, de les lapider ! Quelle folie surtout de s’en prendre au Fils même du propriétaire, de le jeter hors de la vigne et de le tuer à son tour.

Le propriétaire ensuite. Devant cette folie meurtrière, son attitude est plus folle encore. Comment peut-il raisonnablement envoyer son propre fils ? Il avait vu la manière dont les serviteurs avaient été traités. Il connait la violence des vignerons. Et pourtant, il prend un risque inconsidéré, celui de lâcher son bienaimé aux mains de meurtriers.

Vous le constatez avec moi, la folie décrite dans la parabole est trop excessive pour être vraisemblable. Fallait-il que Jésus exagère autant pour se faire comprendre. Une telle violence gratuite n’est pas de ce monde ! Une telle naïveté de propriétaire est impossible.

Et pourtant…
 
Voyez-vous, jamais une parabole n’a été aussi limpide pour décrire ce qui est vraiment arrivé. Qui d’entre nous n’a immédiatement perçu le sens du propos de Jésus ? Qui n’a pas reconnu Dieu le père dans la figure du propriétaire ? Jésus sous les traits de son fils ? Les prophètes sous la figure des serviteurs ? L’humanité entière dans les vignerons ? L’ensemble est tellement explicite que, pour la première fois à propos d’une parabole, les interlocuteurs de Jésus sont capables d’en donner immédiatement le sens. 

La double folie décrite par Jésus n’est donc pas si invraisemblable.

Ouvrons d’abord les yeux sur la folie humaine : elle est tellement présente à l’échelle de notre monde. Oui, l’homme est fou lorsqu’il déchaine la haine. Oui, l’homme est vraiment fou lorsqu’il déploie toute son ingéniosité à détruire son semblable. Oui, l’homme est fou quand il perd ou en biaise la référence au créateur, perdant du même coup le sens de la créature. Combien de frustrations, de persécutions, de massacres sont commis au nom d’un dieu que l’on déforme pour mieux l’invoquer. Sans parler aujourd’hui des idéologies qui s’en prennent à la dignité de la famille ou au respect de la vie. Il y a folie de l’humanité lorsqu’elle s’oppose à Dieu.
 
Cette folie est aussi celle de chacun de nos cœurs. Chers frères et sœurs, nous sommes tellement capables de vivre à l’envers ! Nous commençons par établir notre confort, notre point de vue, notre autonomie puis seulement, et éventuellement, nous nous référons à Dieu. Il ne manquerait plus qu’il vienne réclamer le produit de sa vigne ! Mettre la main sur l’héritage, nous savons faire. Reconnaître le propriétaire, c’est plus compliqué. Ô, que je sais la folie de mon cœur et combien elle m’attriste.

L’impasse de la folie des hommes et celle de mon propre cœur devrait me désespérer. Mais voilà, Dieu ne se résout pas à l’idée de laisser les choses à l’envers. A la folie des hommes, il répond par la folie de l’amour. Oui, Dieu est fou !

Dieu est fou lorsqu’il envoie son Fils au milieu de la folie humaine. Dieu est fou lorsqu’il patiente inlassablement. Dieu est fou lorsqu’il appelle sans cesse des hommes, prophètes pour notre monde, pour  annoncer le message de l’Évangile. Folie de l’amour qui renverse la folie des hommes

N’est-ce pas cette folie qu’a démontrée par toute sa vie la petite Thérèse, patronne de cette église que nous avons célébrée cette semaine. Quelle folie de Dieu quand la vie cloitrée d’une jeune fille porte un fruit d’amour jusqu’aux extrémités du monde. 

« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs » dit Jésus « est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! »

Références bibliques : Is 5, 1-7 ; Ps. 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Chatou du 5 octobre 2014