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« Prenez sur vous mon joug. » Nos campagnes savent encore bien ce qu’est un joug : cet instrument que l’on fixait jadis sur la nuque des bœufs pour les faire travailler. Quand on y réfléchit, un instrument pas forcément très sympathique, surtout lorsqu’il s’agit de le prendre sur nous… Il est à l’origine d’une certaine forme de souffrance, de contrainte aussi. C’est pourquoi la Parole du Christ mérite que nous la comprenions bien : comment Celui qui appelle ceux qui peinent sous le poids du fardeau peut-il, en même temps, les inviter à prendre à nouveau un joug. Car enfin, notre nature humaine pourrait avoir tendance à faire deux objections au Seigneur.
D’une part, et je pense ici à bien des membres de nos familles, à tant de personnes aussi qui sont ce matin devant leur téléviseur, la vie nous réserve déjà bien des jougs difficiles à porter. Songeons à tous ceux qui doivent faire face à des difficultés professionnelles, à des tensions familiales, à la maladie, au deuil. Quel est-il donc ce joug qu’il faudrait ajouter à la liste de ceux que nous portons déjà ? C’est une question dans laquelle nous pouvons tous nous retrouver, parce que nous faisons tous, un jour ou l’autre, l’expérience de l’épreuve.
Et puis, il y a une deuxième objection. Le joug est aussi lié à la contrainte. Or, l’évolution de notre société depuis quelques décennies, a engendré des mentalités nouvelles qui ont souvent du mal à accepter ce qui est contraignant. Peut-être parce que nous comprenons difficilement que nous puissions accomplir en toute liberté ce qui nous oblige ? Quoi qu’il en soit, la vie de l’Église est directement touchée par cette question : la pratique régulière de l’Eucharistie, l’engagement à donner une éducation chrétienne aux enfants, la préparation aux différents sacrements sont fréquemment considérés comme des contraintes. Si nous avons tendance à envisager les choses sous cet angle, nous risquons de nous dire : « Sommes-nous donc invités à prendre le joug du Seigneur comme une contrainte supplémentaire ? » Je crois que beaucoup de jeunes familles peuvent trouver là un écho à ce qu’elles ressentent.
Alors, que veut-donc dire Jésus ? De nous-mêmes, nous pouvons avoir quelques difficultés à répondre, mais saint Paul nous met sur la voie : « Le joug du Christ c’est… l’emprise de l’Esprit. » Et cette emprise, loin d’être un poids contraignant, consiste à nous faire entrer dans une intimité grandissante avec le Seigneur. Par l’Esprit qui nous est donné, Dieu se révèle à nous. Ou, si vous préférez, l’Esprit est un don qui nous est fait pour que de notre côté, comme en réponse, nous puissions faire l’expérience concrète de Dieu dans notre vie. Et cela ne demande pas de grandes considérations théoriques, j’allais même dire au contraire, cela demande une forme de « petitesse » qui accepte que Dieu « se dise » à nous, qui le laisse faire alliance avec chacun d’entre nous.
Il en va comme d’un vitrail. On peut le regarder de l’extérieur. On voit de vagues dessins ou des couleurs, mais ils n’ont pas vraiment d’intensité. De l’extérieur, les vitraux ne révèlent pas grand-chose. Et cela ne sert à rien de les éclairer plus intensément. Eh bien avec Dieu, c’est pareil : si nous cherchons à le comprendre en restant à l’extérieur, nous n’en saisirons que peu de choses. En revanche, si nous acceptons d’entrer dans l’expérience de Dieu, nous goûterons son Mystère.
C’est comme avec le vitrail : acceptez d’entrer, contemplez-le de l’intérieur et le soleil vous révèlera ce que vous ne soupçonniez absolument pas jusque-là. De la même manière, l’Esprit Saint, lorsque nous l’accueillons, nous révèle ce que nous ne soupçonnerions vraiment pas de Dieu. Le joug facile à porter, c’est l’entrée dans cette intimité.

Références bibliques : Za 9, 9-10 ; Ps. 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30

Référence des chants :