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Nous sommes au cœur de l’Évangile. Tout bascule. Le héros des foules se révèle comme le Christ de notre foi. Oui, frères et sœurs, la question est centrale : « Qui dites-vous que je suis ? » Si nous regardons cette messe à la télé, si nous sommes venus dans cette église de Bertrix, ce n’est pas pour suivre un cours de philosophie sur les grandes valeurs de la vie, mais pour écouter sa Parole, celle de Jésus, donc. Pour refaire le geste de la dernière Cène – il prit le pain et se donna – et, si possible pour communier (certains le feront chez eux, grâce aux visiteurs de malade). Alors, qui est-il pour nous ?
Cela fait deux mille ans que la question retentit. Qui est-il donc ? Vaut-il la peine que je risque ma vie dans ses pas ? Pierre a osé déclarer : Tu es celui que nous attendions, celui dont la venue change tout pour notre peuple, puisque c’est toi que nous attendions. Tu es le Messie ! On ne pouvait dire plus. Dix-neuf siècles plus tard, le grand écrivain russe Dostoïevski écrira : « Croire qu’il n’y a rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, de plus raisonnable, de plus courageux et de plus parfait que le Christ. »
Mais qui est-il donc pour qu’aujourd’hui encore des hommes et des femmes misent tout en lui ? Ainsi Mère Teresa. Lorsqu’elle est entrée au couvent, sa mère lui avait dit : « Mets ta main dans sa main et marche seule avec lui. Va de l’avant, car si tu regardes en arrière, tu reviendras. » Et elle n’est pas revenue ! Il ne s’agit donc pas d’un Jésus archéologique. Il prend aujourd’hui encore la main qu’on lui tend. Un grand théologien (Karl Rahner) n’hésitait pas à inviter ses lecteurs à sauter au cou de Jésus ! Or 2000 ans semblent nous séparer de lui. Quel saut ! Oui, tu peux rejoindre Jésus dans les profondeurs de ton intimité, là où Dieu lui-même se donne à rencontrer.

Le Fils de l’homme souffrira
« Tu es le Messie ! » Pierre aurait-il donc tout compris ? Non, hélas. Ce titre est bien ambigu dans sa bouche. Ses pensées sont encore loin d’être celles de Dieu. Ah ! si Jésus pouvait être un Messie triomphant ! Sa gloire rejaillirait sur Pierre et ses compagnons. Il y a dans cette proclamation un rêve de puissance à peine déguisé. Or, dès que Jésus est reconnu comme Messie, il parle du rejet qui l’attend. Il s’offrira les mains nues, avec pour seule arme l’amour jusqu’au bout. Il ne sera pas le ministre plénipotentiaire d’un Dieu de puissance, mais l’envoyé du Père qui veut entretenir avec nous une relation de liberté. Et la liberté ne se force jamais…
Mettre nos pas dans ceux de Jésus est donc un choix bien risqué. Nous voudrions tant être des croyants bien vus, à qui on finit toujours par donner raison. Mais ce ne fut pas le cas pour notre Maître. Pourquoi serait-ce le nôtre ? Nos plus beaux arguments, nos discours les mieux charpentés, nos stratégies apostoliques parfaitement orchestrées se heurteront toujours à la contradiction. Mystère de la liberté humaine qui peine à se ranger dans le camp de Dieu et à épouser la logique de l’amour.
L’Évangile ne sera jamais au service de notre grandeur personnelle, parfois dissimulée sous des vêtements d’humilité. Il nous faut renoncer à nous-mêmes, « se mourir », me disait un jour une jeune fille. L’Évangile est un signe de contradiction. Il ne caresse pas le monde dans le sens du poil et il nous prend nous-mêmes à rebrousse-poil. L’annoncer à la suite de Jésus nous fera rencontrer la croix, sous quelque forme que ce soit. Que ces contrariétés ne fassent pas naître en nous une once de haine ou de mépris. C’est l’amour du Christ jusque sur la croix qui nous a tous sauvés. La passion est chemin de vie ! Tel est le cœur de notre foi.

Jésus aujourd’hui

 Qui donc est Jésus ? Un « Messie crucifié », dira un jour saint Paul. Et où donc le rencontrer, aujourd’hui, lui qui est ressuscité ? Un jour, un catéchiste proposa à ses enfants un petit exercice. Si on vous annonçait que, cet après-midi, Jésus arrive au train de 14h21, comment le reconnaîtriez-vous à la gare ? Chacun y a été de sa réponse. Il aura une robe blanche, ou des bandages aux mains. Je le reconnaîtrai à son regard… L’un des enfants a été plus audacieux : on ne le reconnaîtra pas !Manque de foi ? Que nenni ! Tel est le paradoxe de notre foi. Jésus, le ressuscité, est bien le Fils unique, Dieu venu en notre chair, à un moment précis du temps, en un lieu de notre terre. Et en même temps, chacun peut le reconnaître en tout homme et, en priorité, dans les plus pauvres et les plus souffrants. Et c’est sans doute dans la mesure où nous le rencontrons davantage à l’intime de nous-mêmes que nous serons en mesure de le rencontrer dans les autres. Deux expériences qui ne sont pas en concurrence, mais qui se nourrissent mutuellement. C’est très bien de parler de foi, dirait saint Jacques. Mais montre-la dans tes actes ! Merci au père Damien et à Jeanne Jugan, bientôt canonisés, de nous y inviter.Si tu pries et qu’un pauvre frappe à ta porte, tu quittes Jésus pour Jésus !

Référence des chants

Dieu nous a tous appelés (Text : D. Rimaud/ Musique : J. Berthier)
Alléluia de Lourdes ou irlandais (J.P. Lécot)
O Christe Domine Jesu : J. Berthier
La coupe que nous bénisson : D. Rimaud
Exultons de sa joie : (Text : D. Rimaud/ Musique : J. Berthier)
Messe de Beauraing (La vierge au coeur d’or) :
Kyrie – Gloria – Sanctus – Anamnèse – Agnus : Etienne Mottoul

Références bibliques : Is 50, 5-9a;Ps. 114; Jc 2, 14-18; Mc 8, 27-35

Référence des chants :