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Frères et soeurs,

Voici le Seigneur parti au ciel : nous ne le voyons plus. Il a regagné le lieu d’où Il était sorti – le sein du Père – pour y être heureux pour toujours dans la joie éternelle de la Sainte Trinité. Non, nous ne Le voyons plus. Mais comme aux apôtres, Il nous dit de ne pas rester là à regarder le ciel. Non ! Pour trouver Jésus, il faut désormais regarder autour de nous. Car le Seigneur est ici parmi nous, invisible mais infiniment présent.

Mais où donc le trouver ? " Je ne vous laisserai pas orphelins ", nous avait-Il dit avant de souffrir le soir du Jeudi Saint (Jean XIV, 18). Oui, le Seigneur reste : Il est parmi nous dans l’Église, qui est son Corps vivant, son Corps pascal qui mystérieusement souffre, meurt et ressuscite chaque jour.

L’Église, c’est vous, frères et soeurs. Nous venons de l’entendre de la bouche de Paul : " le temple de Dieu est saint et ce temple, c’est vous " (1 Corinthiens III, 17). Le Christ sur terre, c’est vous tous qui avez été baptisés en son nom pour devenir enfants du Père, frères et soeurs du Christ et temples de l’Esprit Saint. Le Christ actuel, c’est en effet ce peuple de Dieu en pèlerinage, qui dresse ses tentes sur la terre et dont l’année jubilaire avec ces innombrables pèlerinages vers les sanctuaires comme celui-ci, est un symbole éloquent. C’est pourquoi la cathédrale des saints Michel et Gudule à Bruxelles a mis sa plus belle robe et tous ses joyaux – ses colliers et ses bagues – pour nous accueillir ce matin. Après treize ans de préparation, la voici éblouissante dans sa robe de mariée.

La cathédrale est en effet le lieu de prière du peuple de Dieu ; elle visualise dans la matière, le Corps glorieux de son Seigneur. Elle est l’habit que Dieu donne à son peuple pour se recouvrir du Christ. Car Dieu n’a pas besoin de maison, fut-ce une cathédrale. Il possède tout l’univers, toutes les montagnes, toutes les forêts et la lumière de toutes les étoiles et des galaxies. S’il y a des cathédrales, c’est à cause de nous : elles ne révèlent pas un manque en Dieu, elles ne sont que les preuves de sa miséricorde et de sa compassion envers nous tous.

Regardons donc un moment cette cathédrale. Que voyons-nous ?

Voici d’abord le Christ : ce Corps, c’est vous, mes frères et soeurs, qui êtes venus ici ce matin, vous et tous les spectateurs qui sont entrés avec vous en ce lieu saint pour s’unir à vous dans la prière. Comme le dit le prophète Isaïe, l’Eurovision a permis à cette cathédrale " d’élargir l’espace de sa tente et de distendre les toiles de ses demeures " (Isaïe LIV, 2) à l’échelle même d’un continent. Le Corps visible du Christ, c’est vous, mes frères et soeurs, d’ici et d’ailleurs. Ces beaux murs en pierre dorée et ces piliers sont l’armature de votre corps de peuple de Dieu, ces tapisseries sont vos vêtements. Ces vitraux, ce sont vos yeux et leurs couleurs, ce sont celles de l’iris de votre oeil regardant le monde. Tout ce que nous voyons ici autour de nous, c’est indissolublement le Christ et vous, son Corps et le vôtre, toutes formes et couleurs confondues.

La cathédrale a aussi une voix : c’est celle du Christ qui parle à partir du livre grand ouvert. Du haut de ce lutrin, le Christ parle. Vous Lui répondez par vos chants et aujourd’hui aussi pour la première fois par les milliers de gorges des orgues, qui se tiennent discrètement et harmonieusement le long des arcades et des ogives, comme pour vous dire : nous voulons être là comme d’humbles serviteurs pour vous aider à exprimer les joies et les plaintes qui dépassent l’ampleur du registre de votre voix humaine. En même temps, nous – les humbles tuyaux de l’orgue – nous voulons servir Dieu, vers qui nous pointons nos flèches sonores et argentées. Cher peuple de Dieu, permettez-nous, s’il vous plaît, d’être les poumons de vos hymnes, de vos psaumes et de vos cantiques.

Il y a aussi l’autel, haut lieu de la visualisation du Christ. Il est beaucoup plus qu’un simple symbole, parce que le lieu de sa présence réelle au milieu de son peuple. Il est la table de sacrifice, le lieu dont le peuple chrétien peut dire en vérité à la suite du patriarche Jacob : " Que ce lieu est redoutable… " (Genèse XXVIII, 17). Ce bloc immuable, à peine échappé du flanc de la montagne sous la main du sculpteur, c’est la pierre de Jacob, dont il avait fait son chevet la nuit de son combat avec Dieu et qu’il érigea en stèle : c’est Bétel. Mais c’est aussi la table dressée dans la chambre haute par le Christ, la veille de sa passion, où Il s’est donné jusqu’à ce jour en nourriture de vie éternelle à ses disciples.

Ce roc du sacrifice et cette table de la Cène se confondent si étroitement avec la personne du Christ que, dans quelques instants, nous allons leur rendre les mêmes honneurs et les mêmes services que les femmes ont rendus au Christ, le soir du Vendredi Saint. Oui, nous allons oindre cet autel comme les femmes ont voulu embaumer leur Seigneur, nous allons le vêtir d’un beau linceul blanc ; nous allons le fleurir et parfumer comme Nicodème l’a fait qui " apportait un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres " (Jean XIX, 39). Puis nous allons l’illuminer, car ce que ne savaient pas encore ni les femmes, ni Nicodème, nous le savons : " Il est ressuscité ! Alléluia ! " Son Corps est désormais lumineux et ses vêtements si " éblouissants, si blancs qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi " (cf. Marc IX, 3).

Bonne chance et longue vie, chère et belle cathédrale, pierres dorées et vitraux lumineux, orgues à la fois humbles et puissantes, saint et bel autel. Bonne chance et longue vie, surtout pour vous, cher et beau peuple de Dieu. Amen.

Références bibliques :

Référence des chants :