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Il y a quelques jours, un ami médecin, après la mort de son père, me fait part de son désarroi : Paul, tu me parles d’espérance, pour moi, je suis écœuré par la méchanceté des hommes, notre monde est malade, je suis pessimiste sur l’avenir : à quoi bon se fatiguer ? Nous ne pouvons rien changer… Ces réactions désabusées et résignées sont monnaie courante, surtout après les journaux télévisés.
 

Mes amis qui vous êtes déplacés dans l’église Saint-Vital et vous qui êtes en communion avec nous grâce à la télévision, vous partagez parfois ce découragement face aux épreuves qui nous assaillent : c’est trop, Seigneur, qu’ai-je fait pour mériter de telles souffrances ? Déjà dans la foule des Galiléens qui s’agglutinaient autour de Jésus, des hommes et des femmes s’interrogeaient : que faisons-nous sur terre ? Comment réussir notre vie ? Le bonheur est-il possible ?
 

Comme Pierre, même – surtout – si nous sommes fatigués de ramer et de pêcher, invitons Jésus à monter dans la barque de notre vie et prenons le temps d’écouter sa Parole. Jésus ne livre pas un enseignement abstrait, il touche notre cœur, il nous adresse un appel et attend une réponse. Laissons-nous, ce matin, étonner par la Parole de Jésus "Va au large et jette tes filets" : pour un pêcheur aguerri, comme Pierre, c’est absurde de pêcher en plein midi ; Jésus est un terrien, il ignore les lois de la pêche. Pierre obéit pourtant comme disciple écoutant la parole du Maître. Même si, comme Pierre, nous sommes sceptiques, Jésus nous demande de bouger et de ne pas rester dormir sur la plage. Heureux celui qui écoute la parole de Dieu et la met en pratique. Il nous révèle l’amour fou de son Père pour nous, ses enfants. Pierre l’a compris : il se sait aimé, il a une confiance, il va au large et jette ses filets, le don de Dieu dépasse tout ce qu’il avait imaginé. Bouleversé, Pierre saisit que Dieu est entré dans sa vie, il n’est pas digne de le garder près de lui : "éloigne-toi de moi pauvre pécheur". Devant cette attitude humble et vraie, Jésus lui ouvre un avenir nouveau : "Demain tu pêcheras des hommes".
 

En ce temps de grisaille, je vous fais part d’un petit soleil d’espérance entrevu dans un pays pauvre ravagé par une guerre civile récente. Après trois ans de travail avec le comité Tiers-monde sourd, nous allions pouvoir aider l’école des jeunes sourds du Congo. Avant Noël, un peu inquiet, je m’envolais à 6 000 km de Paris pour atterrir à l’aéroport de Brazzaville ; là, un jeune Congolais, la tête rasée, court vers moi et me presse dans ses bras : je suis Xavier, l’aumônier des sourds du Congo, nous vous attendons depuis des années. Le dimanche 28 décembre à 10 h 30, l’église de Jésus-Ressuscité est bondée : des chants rythmés par le tam-tam d’un jeune garçon sont lancés par un groupe de jeunes et de femmes à la voix harmonieuse. Xavier, en aube blanche, ordonne le silence ; il parle et signe en même temps : "Merci Seigneur pour la joie de recevoir des sourds de Paris avec leur aumônier ; aujourd’hui c’est une grande fête pour la communauté chrétienne des sourds : 19 recevront le baptême et 21 communieront pour la première fois." Face une assemblée africaine, j’annonce la Bonne Nouvelle de Dieu qui vient habiter parmi nous. Sur ma gauche, plus de cent sourds regardent deux interprètes signer la Bonne Nouvelle. Merci Seigneur pour ces 200 mains qui chantaient leur joie pendant cette eucharistie qui avait un petit goût de paradis.
 

Amis sourds et entendants, vous avez reçu la Bonne Nouvelle et vous y restés attachés : comme à Pierre, Jésus vous propose une vie nouvelle : porter cette Bonne Nouvelle autour de vous ; soyez des pêcheurs d’hommes. Il est tentant de se replier entre gens connus ; si au 19e siècle, des prêtres passionnés de l’Évangile n’avaient pas traversé les mers et le désert, Xavier ne serait pas aujourd’hui témoin du Christ auprès de ses frères sourds du Congo.
 

Ces filets jetés devant l’autel nous rappellent ces diffuseurs de la Bonne Nouvelle à travers le monde ; chaque chrétien est concerné par l’évangélisation : personne ne peut se dire sauvé sans annoncer la Parole de Vie. Je me souviens d’une séance de catéchisme avec de jeunes enfants sourds : au mur est affichée en grands caractères la prière du Je vous salue Marie ; tous signent les phrases avec application ; nous arrivons à "priez pour nous pauvres pécheurs", tous font le signe du pêcheur de poissons. Aussitôt j’interviens et corrige par le signe du péché. Aujourd’hui, je serai plus circonspect : comme Pierre, ne sommes-nous pas conscients de nos faiblesses, mais aussi appelés à pêcher, c’est-à-dire rassembler des hommes et des femmes pour les faire vivre. Ce matin, Jésus nous dit : pêcheurs pécheurs, allez au large et surtout n’ayez pas peur.

Références bibliques :

Référence des chants :