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Dans quelques jours, l’Enfant va naître. Il semble que tout le monde a quelque chose à dire. Isaïe crie : " Dans le désert, ouvrez la route, préparez le chemin ". Marie a dit : " Qu’il en soit pour moi selon ta parole " ; puis " Le Puissant fit pour moi des merveilles ". Les anges vont chanter le " Gloria ". Jean, au Jourdain, va le désigner : " C’est Lui ". Un seul ne parle pas, ne dit rien… et pourtant : c’est Joseph l’homme du silence, le veilleur aux songes.

Dans quel silence de plomb paraît baigner ce qui est pour nous le point-clé de toute l’histoire humaine : le Mystère de Dieu dans le corps d’une jeune femme juive. Pauvre Joseph ; désemparé il va répudier son épouse. Pauvre Marie, honteusement chassée. Qu’ont-ils bien pu se dire ? Fallait-iI s’expliquer ? On peut penser qu’ils ont dû " se taire ensemble " d’un tas de choses essentielles. Dans ce silence énorme, Joseph, selon saint Luc n’a dit que ceci : " Son nom est Jésus (Dieu sauve) ".

Nous allons célébrer Noël, une fête païenne que les chrétiens ont eu – et ont – bien du mal à baptiser. Les sapins, les petits enfants, le petit Jésus, les anges, la lumière, la " grande bouffe ", la folie marchande, sans mesure. La fête, c’est bien ; l’excès en fait partie; mais dans un monde de détresses, de drames, de violences, trop c’est trop. Et surtout sous ces délires se cache une spiritualité de carton pâte et de papier rocher, mièvre et sans vigueur.

Or, on célèbre quoi, à Noël ? Un scandale et une folie, dit saint Paul. Pour nos frères juifs, musulmans, bouddhistes, quelle folie, en effet, d’annoncer Dieu dans notre histoire, Dieu-avec-nous, Emmanuel. J’ai eu la joie, naguère, d’assurer l’un des derniers entretiens radios de Jean Rostand. " Bien sûr, me disait-il, il faut laisser ouverte la question de Dieu ; mais jamais vous ne me ferez croire à un Dieu qui parle " (1975).

Comme chrétiens, nous croyons au contraire que Dieu a parlé. Il a même donné sa Parole; son Verbe. Une ancienne oraison liturgique de entecôte demandait audacieusement : " Que l’Esprit Saint nousféconde par l’aspersion intime de sa rosée ". Comme Marie, nous sommes des " engendreurs " de Dieu. " Peut-être, comme l’écrit Marguerite Yourcenar, sommes-nous la pointe la plus avancée à laquelle Dieu parvienne…, et c’est à nous de l’engendrer et de le sauver dans les créatures ".

Étincelle du divin en nous ? Non pas ! Écoutez Jésus : " Si quelqu’un entend ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure ".

" Bien-aimés de Dieu ", " peuple saint ", dit saint Paul aux Romains. " Il a fait de nous un Royaume et des prêtres " (Apocalypse IV). Jésus ne fut pas pape, ni évêque, ni prêtre, ni diacre, ni serviteur du Temple. Un homme parmi les hommes sans mitre ni col blanc, qui a la fabuleuse audace de dire à Philippe : " Qui m’a vu a vu le Père ". Et saint Paul de s’indigner : " Si quelqu’un détruit le Temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous " (1 Corinthiens III). (Cf. Dom Camara).

Oui, " bien-aimés de Dieu, peuple saint ", c’est vous, c’est nous. Saint Basile. au IVe siècle, disait : " L’homme est un animal qui a reçu vocation de devenir Dieu ". Habitation des personnes divines, divinisation progressive du chrétien, thèmes si traditionnels et trop oubliés. Tous les ministères, dans l’Église, évoqués au long de l’Avent, sont au service de cette Bonne Nouvelle : Dieu avec nous, Dieu plus intime à moi-même que moi-même. Si cette Bonne Nouvelle n’est pas annoncée dans nos assemblées, les hommes de ce temps iront la chercher ailleurs. Vienne l’Emmanuel.

Références bibliques :

Référence des chants :