Je fais un don

Chaque année, un dimanche nous est donné pour prier pour les vocations dans l’Église et ce dimanche est toujours celui du Bon Pasteur. Le pasteur qui connaît ses brebis, les appelle par leurs noms, veille sur chacune d’elles. Je voudrais relever dans cette page d’Évangile quelques éléments pour réfléchir à cet appel du Berger et essayer de comprendre la réponse ou l’absence de réponse apparemment que nous constatons dans nos communautés.

Il y a en effet une manière peu attrayante d’entendre cet appel " Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis " quand nous comprenons spontanément " donner sa mort ". Or, le Bon Pasteur a d’abord donné sa vie, c’est-à-dire la durée de sa vie, avant de donner sa mort. À quoi servirait d’ailleurs un berger mort, pour son troupeau ? L’appel de l’Évangile résonne dans certains endroits de notre planète et dans certains coeurs comme un appel au don plénier de sa vie jusque dans le martyre – c’est le sens de cette impressionnante célébration au Colisée de Rome dimanche dernier – mais l’appel premier, audible par tous, est un appel à donner sa vie, sa vie dans la durée.
 Deux époux se donnent leurs vies.
 Une religieuse, un religieux donne sa vie, la consacre au Seigneur, un prêtre aussi.
 C’est précisément là que nous ressentons la crise que traverse notre génération : peu de mariages et peu d’entrées dans les séminaires et maisons religieuses… des échecs dans le mariage ou le sacerdoce… Comment comprendre cela si le Bon Pasteur soutient ses brebis, les connaît et les aime ?
 Le don de sa vie renvoie à trois attitudes vécues aujourd’hui comme trois difficultés, trois épreuves qui coûtent cher à notre temps : durer, faire confiance et suffisamment connaître le partenaire de son alliance.

Durer fait peur parce que les réalités sociales et économiques qui nous entourent sont souvent instables et précaires. Se marier pour cinquante ou soixante ans peut faire peur parce que ce qui compte tant aujourd’hui, le travail, la stabilité professionnelle est très fragilisé : penser sa vie, stable d’un côté et instable de l’autre, n’est pas évident. Inscrire de la durée dans du précaire est perçu comme un véritable obstacle. Mais c’est justement là que réside l’une des forces du Bon Pasteur qui guide son Église. Dans le sacrement du mariage ou celui de l’ordre, Jésus se révèle comme Celui qui est fidèle parce qu’il vient rendre fiable ce qui est friable : l’engagement humain. Il inscrit de la force dans de la faiblesse, du divin dans de l’humain, de la grâce dans notre péché. En d’autres termes, il nous donne sa vie, il nous la communique. " Il donne sa vie " pour la durée de la nôtre. C’est précisément cela un sacrement.

La crise de confiance est encore plus facilement identifiable. Crise de confiance en soi qui remplit les cabinets de psychothérapie. Crise de confiance en l’autre qui grossit les idées politiques ou économiques qui misent sur la méfiance de l’autre. Crise de confiance en Dieu qui vide peu à peu de toute consistance la vie spirituelle des personnes ou la remplace par de l’eau incolore et inodore. En contrepoint, l’Évangile nous redit aujourd’hui : " Je connais mes brebis ". Le Bon Pasteur sait qui nous sommes, il nous connaît et malgré cela, il nous fait confiance parce qu’il nous aime. Ces trois degrés de confiance donnent la hauteur, la largeur et la profondeur de la vie sans lesquels nous ne pouvons nous engager. Le Bon Pasteur en nous appelant par notre nom nous dit à chacun : " Vas-y, engage-toi, n’aie pas peur, je suis avec toi " ou pour reprendre les termes du psaume d’aujourd’hui : " Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ". Par la confiance qu’il nous fait, le Bon Pasteur guérit nos manques de confiance.

Enfin, connaître le partenaire de son alliance : la connaissance que les personnes ont de Jésus Christ s’est largement appauvrie. Or, on ne peut pas suivre quelqu’un qu’on ne connaît pas, de la même manière qu’on ne peut pas épouser quelqu’un qu’on ne connaît pas assez. Si aujourd’hui, peu de jeunes répondent à un appel au mariage, au sacerdoce ou à la vie religieuse, cela vient aussi de ce vide-là. Nous sommes amnésiques d’une bonne partie de notre culture et de notre histoire chrétiennes. Et là encore, nous entendons l’Évangile : " mes brebis me connaissent ".

Donne-nous Seigneur de te connaître pour pouvoir te suivre. Permets que ce que nous découvrons de toi crée cet amour pour toi qui donne envie de te suivre.
 Donne aux couples chrétiens la joie de ne pas se lasser l’un de l’autre, de savoir renouveler leur vie ensemble et de savoir se pardonner leurs torts, leurs incompréhensions. Donne-leur de s’aimer en s’acceptant tels qu’ils sont, en Te découvrant tel que Tu es.
 Donne aux religieux et religieuses d’aimer simplement leur vie communautaire, d’y déposer au quotidien ces petits gestes d’amour qui font aimer la vie ou supporter la journée. Donne-leur de prier secrètement pour leurs frères ou leurs soeurs de communauté.
 Donne-nous, Seigneur, toi qui as eu l’audace de nous choisir comme prêtres, de vivre sans prétention humaine notre ministère, d’aimer ceux que tu nous confies, de les respecter quand nous leur parlons, de les écouter quand nous entendons leurs détresses, d’être des pasteurs… bons.

Donne-nous surtout, Seigneur, d’être simplement heureux d’être de ton Église, heureux de ce que nous vivons avec toi. Je le crois, Seigneur, tu as d’autres brebis dans cette assemblée et parmi ceux qui te prient aujourd’hui et celles-là aussi tu les conduis. Nous te rendons grâce, Seigneur, parce que le monde nous appelle, parce que l’Église nous appelle, parce que le Père nous a appelés et nos noms sont inscrits dans le coeur de Dieu. Merci, Seigneur, pour notre vocation.

Références bibliques :

Référence des chants :