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Le riche propriétaire terrien pensait avoir bien planifié la suite de son existence sur plusieurs années. Il se réjouissait de pouvoir profiter longuement des biens qu’il avait acquis. Mais il avait oublié de faire entrer la possibilité de sa mort dans son appréhension du futur. Et, comme le dit une expression populaire suffisamment explicite : il n’allait pas emporter son argent dans la tombe, et encore moins au paradis !

Si Jésus a raconté cette parabole du riche insensé, ce n’est pas pour nous faire vivre en permanence dans la pensée et dans la hantise de la mort. Cette histoire vient après qu’un homme en conflit avec son frère aîné soit venu lui demander une sorte de sentence juridique en sa faveur. Jésus, à ce moment-là, refuse ce rôle de " docteur de la loi " qu’on veut lui faire jouer, et il relativise l’inquiétude de son interlocuteur : " Ton problème d’héritage, lui signifie-t-il, est bien peu de choses au regard de l’essentiel ! Ce n’est pas en t’attachant à ce type de contrariétés que tu vas pouvoir hériter de la vraie vie, c’est-à-dire de la vie éternelle ! "

Jésus est un libérateur, un " ressusciteur " et non un persécuteur de consciences. Il est venu libérer en nous les forces de l’amour, et non point nous enfermer dans des frayeurs : frayeurs de la mort, frayeurs du jugement et du feu éternel, même si, quelquefois, il évoque ces dangers pour nous conduire à des prises de conscience et à des conversions salutaires. Sa préoccupation est de nous faire découvrir l’essentiel. Pas un essentiel qui nous serait complètement extérieur : un essentiel qui est déjà en nous, qui rejoint justement " notre essence ". Car en l’homme coexistent du périssable et de l’éternel, et il y a surtout la possibilité de choisir entre ce qui est éphémère et ce qui est durable. Si nous mettons notre énergie, notre coeur, notre âme, nos forces… dans ce qui est périssable ou n’a pas de vie, alors nous mourrons. Mais si, au contraire, nous faisons choix de ce qui est éternel ; si nous cultivons en nous ce qui nous relie au Vivant, à l’Éternel, alors oui nous vivrons ! Maintenant déjà nous pouvons nous positionner comme des morts spirituels ou comme des vivants pour toujours ! " Là où est ton coeur, là est ton trésor " a dit une autre fois Jésus. Si ton coeur est tout tourné vers la recherche d’argent, la préoccupation de sécurités matérielles… alors toutes ces choses mortes t’assècheront et te tueront. Car ce n’est pas l’argent qui peut nourrir ton âme et lui permettre de s’élever. Mais si ton coeur est tourné vers Dieu et vers tes frères, alors tu trouveras la vie en abondance car tu es déjà enraciné dans l’Amour !

Nous avons le bonheur de célébrer aujourd’hui notre messe du " Jour du Seigneur " dans cette chapelle de la rue du Bac à Paris. C’est là qu’en 1830, une petite paysanne de Bourgogne devenue servante du Seigneur selon les charismes de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Morillac, Catherine Labouré, eut des révélations particulières concernant la présence aimante du Christ dans l’Eucharistie, et la présence au Ciel de Marie, Mère du Christ-Jésus élevée auprès de son Fils : Marie, fidèle compagne, par la prière, de notre humanité.

Sainte Catherine Labouré s’inscrit dans un long cortège de témoins qui ont su se rendre sensibles à ce que l’on peut appeler selon le langage de Saint Paul " les réalités d’En-Haut ". Comme beaucoup d’autres avant elle et de beaucoup d’autres après, elle a su voir " avec les yeux de l’âme ", selon l’expression de la grande Sainte Thérèse d’Avila qui a eu elle aussi la vision de Marie en gloire. Son expérience, c’est l’accueil d’une Réalité qui est bien au-delà de notre expérience quotidienne de la réalité : l’existence du Royaume de Dieu dans lequel nous avons une place qui nous a été préparée par le Crucifié-Ressuscité. Elle, la petite Bourguignonne à peine alphabétisée, sans même beaucoup d’expérience des exercices spirituels, s’est montrée capable de se laisser toucher par la radiance submergeante mais délicate de la Madone qui partage la gloire de Dieu. Elle a su voir au-delà du visible, rentrer dans un échange intime avec le Christ-Eucharistie puis avec Marie, justement parce qu’elle n’était encombrée d’aucun désir de possession, d’aucune prétention à parvenir à quoique ce soit par ses seuls mérites… Comme de nombreux voyants de son siècle et des siècles précédents, Catherine Labouré appartenait au peuple des pauvres, des " petits ", des " sans grade ", et c’est cette qualité-là qui lui a donné accès à une rencontre immédiate avec les réalités du Royaume, l’espace de quelques instants. Pauvre, elle pouvait devenir riche de Dieu ! Disponible, elle était capable d’être touchée par la Grâce ! N’ayant pas le regard encombré par des désirs futiles, elle était en mesure de voir l’invisible !

Catherine Labouré a reçu dans sa vision une image qui donne à voir à ceux qui n’ont pas un coeur aussi pur qu’était le sien, un peu de la lumière dans laquelle baigne celle que la tradition chrétienne appelle depuis longtemps " la Reine du Ciel ". Devenue médaille, cette image, depuis cent soixante-dix ans, a bouleversé la vie de beaucoup, comme l’ont fait bien d’autres icônes vénérées par les populations chrétiennes, en Occident comme en Orient. La médaille n’est pas la vision, mais elle est un reflet de la vision. Elle n’est pas la Présence, mais elle rappelle la Présence. Elle n’a pas en elle-même " des pouvoirs ", mais elle désigne Celui qui a tous les pouvoirs. Elle n’est pas le Paradis, mais elle peut en donner le goût…

En ce dimanche nous sont ainsi données à voir deux réalités : celle des hommes qui se perdent dans la recherche et l’accumulation de biens périssables, et celle d’êtres capables de choisir sans attendre les " réalités d’En-Haut ". Tous, nous ne pouvons prétendre arriver aux mêmes expériences sensibles que celles qu’a vécues Catherine Labouré. Mais chacun peut, en faisant dans son coeur et dans sa vie de la place à Dieu et aux plus pauvres, vivre déjà dans l’Amour du Christ. Or qui choisit l’Amour du Christ a déjà la Vie éternelle.

Pour tout ce qui concerne la liturgie et les chants, veuillez vous adresser à :
 Compagnie des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul
 Mère Marie-Bernard WARGNIES
 140 rue du Bac
 75007 PARIS
 

Références bibliques :

Référence des chants :