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Décidément, ces deux frères ne manquent pas d’air ! Les voici en train de revendiquer des places d’honneur auprès de leur ami Jésus. Et une telle demande indispose fortement leurs autres compagnons de route, qui font part de leur indignation, peut-être justement, parce-qu’au plus profond d’eux-mêmes, ils sont habités eux-aussi par ce désir tellement humain de reconnaissance.

Mais, aussi étonnant que cela puisse paraitre de prime abord, Jésus ne rabroue pas les deux fils de Zébédée, car je crois sincèrement qu’il aime les audacieux. Il accueille avec bienveillance cette demande de Jacques et de Jean : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Il n’est pas rare, dans l’évangile, que cette question soit la première posée par Jésus à ses interlocuteurs. Évangéliser, - on a trop tendance bien souvent à l’oublier, - c’est d’abord permettre à l’autre d’exprimer la profondeur de son désir. « Maître, nous voudrions … » Tel est le souhait de Jacques et de Jean, ses vrais amis dont il connaît l’attachement. Et Jésus l’entend, comme il sait entendre le désir de toute personne qui s’adresse à lui, pour peu qu’elle ose l’exprimer.

Et Jésus vient alors les aider à y voir clair, tant ils n’ont peut-être pas compris le sens de sa montée vers Jérusalem. En fait, ils ne savent pas vraiment ce qu’ils demandent, car il va être question d’acceptation de la souffrance (l’évocation de la coupe) et de plongée dans la mort (le sens du baptême) … ce qu’Isaïe annonçait déjà dans la première lecture.

Et les deux frères ont tendance, sans doute de manière inconsciente, à présumer de leurs forces « Nous le pouvons ». La réponse de Jésus se fait alors plus mystérieuse. Le pouvoir de siéger, ce n’est pas lui qui peut l’accorder, mais seulement son Père « Il y a ceux pour qui cela est préparé. »

La suite de sa réponse, Jésus ne l’offre pas seulement aux deux qui l’ont interrogé, mais à l’ensemble du groupe qui l’accompagne dans sa marche. Il invite chacun à être au clair par rapport au désir de pouvoir et de reconnaissance qui habite son cœur. Car ne sommes-nous pas souvent travaillés, même dans nos actions apparemment les plus généreuses, par cette question de reconnaissance, de pouvoir, d’aura médiatique ? Pour Jésus, il n’est de pouvoir que celui de servir ! Puissent, en cette année électorale qui s’ouvre devant nous, tous les candidats à la présidentielle s’interroger en profondeur : leur vrai désir consiste-t-il à se mettre en avant ou à servir le peuple ! Rappelons que le mot « ministère » signifie étymologiquement « fonction de service ». Ceci vaut aussi dans l’Église, lorsque l’on parle de ministère diaconal, presbytéral ou épiscopal. Il ne doit être question que de service ! Combien d’abus auraient pu être évités si certains clercs, exerçant une fonction d’autorité auprès d’enfants, n’avaient pas trahi cet enseignement : pour Jésus, le sens de l’autorité réside dans le service.

Comme le dit si bien le pape François, « Servir, plus que tout autre chose nous rend semblables à Jésus, qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. » La qualité première du disciple du Christ consiste à être serviteur. Comme Jésus, il est appelé à donner sa vie. Oh ! il ne s’agit pas de vouloir jouer les héros, mais plus simplement peut-être d’apprendre à donner gratuitement de son temps. N’oublions pas qu’il est toujours plus difficile de donner de son temps, plutôt que d’offrir un cadeau car, lorsque je consacre dix minutes à l’autre, je lui offre dix minutes de ma propre vie. Aimer, - et c’est particulièrement vrai dans le couple et la famille, comme dans toute communauté -, c’est d’abord accepter de donner de son temps…

Pour Jésus, il n’est de grandeur que dans le service. Et s’il est un homme qui l’a parfaitement compris, n’est-ce pas Joseph, le patron de cette paroisse, cet homme si discret à qui Dieu a confié l’éducation de son propre Fils ?

               Puisse ce repas eucharistique, partagé en mémoire de Jésus qui s’est fait le serviteur de tous, nous donner la force de revêtir la tenue de service là où nous sommes en responsabilité, sans attendre d’autre récompense, comme le chantent tous les scouts et guides au terme de chacune de leurs veillées, que celle de savoir que nous faisons sa sainte volonté !