L’apôtre saint Thomas, c’est un peu le mauvais élève du groupe. D’abord, il a séché le moment le plus important, le soir de Pâques, quand Jésus est apparu ressuscité à ses disciples. Mais il aggrave son cas, puisque, durant une semaine entière, il ne veut pas croire ses camarades qui lui disent, tout joyeux : « Nous avons vu le Seigneur ! » Lui, obstiné, buté, pose ses conditions : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non je ne croirai pas ! »

Une semaine plus tard, c’est comme une séance de rattrapage qui est organisée rien que pour Thomas. Et la même scène se reproduit quasi à l’identique : Jésus se tient au milieu de ses disciples, les salue avec la même formule : « Paix à vous ! » Mais cette fois Thomas est là et Jésus, avec une étonnante bienveillance, lui parle, se prête à toutes les exigences posées par ce dur à croire : « Avance ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté… » Alors enfin, après huit jours de résistance, Thomas se rend et prononce une profession de foi qui compense son incrédulité précédente. Saint Thomas aurait ainsi rattrapé son retard, corrigé ses mauvaises dispositions et rejoint finalement la moyenne de la classe.

Et si c’était plus que cela ? Et si saint Thomas, le mauvais élève, le dernier de la classe, avait permis aux autres disciples, et donc à nous aussi, d’aller plus loin, de progresser, de grandir dans la foi ? Car il n’est pas sûr que les autres disciples aient été d’aussi bons croyants, le soir de Pâques, qu’ils semblent le dire. Un détail important nous le prouve. Le soir de la Résurrection, les portes du lieu où se trouvaient les disciples, « étaient verrouillées », nous dit l’évangéliste, car les disciples avaient peur.

Mais, huit jours plus tard, alors même que Jésus leur est apparu vivant, alors même qu’ils ont été remplis de joie, huit jours plus tard, les portes de la maison où ils se trouvent de nouveau réunis, sont toujours « verrouillées ». Cela signifie que les disciples ont encore peur ! Ont-ils donc vraiment cru à ce qu’ils ont vu la semaine précédente ? Non ! Car alors, ils n’auraient plus aucune peur, plus aucun besoin de se barricader. Bien sûr, ils se sont réjouis de voir le Seigneur, mais c’était un peu comme on se réjouit parfois, non sans malaise ni incertitude, de revoir en rêve l’image incorporelle d’un être cher qu’on a perdu.

Thomas, lui, l’absentéiste du soir de Pâques, ne veut pas d’une joie factice, d’une vague consolation, d’une image incertaine ; il veut, de son corps à lui, de ses yeux, de son doigt, de sa main, voir et toucher le corps, le vrai Corps de Jésus. Mais Thomas n’aura même pas besoin de faire ce geste de vérification, car en voyant, en entendant Jésus, il le croit sur parole et il va jusqu’au bout de la foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Dans l’Homme Jésus, son maître et son ami, il reconnaît son Dieu. Sur le chemin de la foi, il est allé beaucoup plus loin que tous les bons élèves. Et pourtant, frères et sœurs, à nous qui arrivons bien après saint Thomas, à nous qui sommes vraiment les derniers de la classe, à nous qui n’avons pas vu Jésus, mais qui croyons en lui, à nous qui l’aimons sans le voir encore, un bonheur plus grand est promis et donné par le Christ ressuscité : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu, car par la foi en moi, Jésus, vous avez la Vie ! »

 

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