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C’est assez rare pour qu’on puisse le remarquer, aujourd’hui Jésus se fâche Mc 10, 14. Et pour qu’il se mette en colère comme ça, ce doit être du sérieux. Plus sérieux qu’un été sans soleil ou qu’une nuit sans sommeil. En fait vous l’avez entendu, il se fâche parce que les disciples empêchent les enfants de venir à lui.

Il se fâche parce que les disciples empêchent des petits et des fragiles de venir à lui. Et pour lui, on vient de l’entendre, l’accueil du Royaume de Dieu ne peut se faire qu’en étant petit et dépendant, il ne peut se faire qu’en étant humble, en ressemblant aux enfants Mc 10, 14 justement.

Jésus ne dit pas ce qu’est le Royaume mais pour lui, ça semble vraiment important de pouvoir l’accueillir. Mais comment alors ressembler aux enfants ?

Vous reconnaissez peut-être cette chouette ? Dans une certaine littérature, elle s’appelle Edwige. C’est une Harfang des neiges, elle a 3 caractéristiques :

Premièrement les chouettes ont la capacité de tourner la tête à 180°. Elles ont du coup une vue panoramique sur le monde. Ça permet d’accueillir largement, le regard tous azimuts. Deuxièmement les Harfangs vivent au-dessus du cercle polaire, là où il fait jour 6 mois de l’année et nuit les 6 autres mois. Du coup avec la sélection naturelle, les harfangs ont la capacité de voir aussi bien le jour que la nuit. Ça permet d’accueillir largement, le regard attentif.

Et troisièmement les Harfangs sont des migratrices partielles, itinérantes on pourrait dire : elles sortent de chez elles, vers « les périphéries ». Ça permet d’accueillir largement, le regard déplacé.

Ces Harfangs des neiges ont décidément toutes les caractéristiques pour accueillir ce qui est autour d’elles. A leur manière, elles ressemblent aux enfants.

En devenant de plus en plus chouettes, nous pourrions élargir nous-aussi notre regard, curieux de tout, disponibles à tous les possibles, dépossédés de nos idées toutes faites sur les autres, ou sur nous-mêmes. Dépossédés de nos idées préfabriquées sur le monde et son avenir, dépossédés aussi de nos certitudes sur Dieu... Les talents de cette chouette nous permettraient d’accueillir ce qui est autour de nous comme un cadeau : que ce soit la nature, les autres ou nous-mêmes. C’est d’ailleurs le chemin que François d’Assise a emprunté il y a 800 ans. Il sera fêté demain un peu comme un envoi pour cette clôture du Temps de la Création : un envoi pour devenir de plus en plus chouettes !

J’ai eu la chance cet été de participer à la promesse des compagnons des Scouts et Guides de France du groupe de Dourdan, dans l’Essonne, de là où je viens. Je leur avais proposé d’écrire une béatitude. Et Pablo, un compa de l’équipe, a écrit celle-ci : « Heureux ceux qui savent écouter, ils n’ont pas fini de grandir ». Pablo est chouette ! Parce qu’en vrai, écouter comme nous y invite Pablo ou voir comme nous y invite la chouette, c’est un peu la même chose. Et c’est là le plus difficile de nos existences, écouter et voir, comme des humbles qui ont tout à recevoir.

Mais à quoi bon écouter et voir pour accueillir le Royaume puisqu’on ne sait pas ce que c’est ? Je n’ai pas vraiment de réponse. Simplement ce que je pressens, c’est qu’en écoutant et en voyant, nous accueillerons l’insoupçonnable. Nous découvrirons alors à quel point nous sommes aimés... et nous pourrons sans doute aimer à notre tour.

Parce que cet accueil de l’inouï nous révèlera sans doute l’appel de Dieu, loin de toute communication directe. Et du coup, il provoquera sans doute en nous une réponse. Peut-être comme Xavier, toujours de la même équipe compagnons, qui a écrit cette Béatitudes pour sa promesse : « Heureux ceux qui savent partager, ils trouveront le bonheur ». A force de voir et d’écouter comme Pablo, partager en réponse devient un chemin de joie pour Xavier. Cet appel nous provoquera peut-être aussi à répondre d’une autre manière : par exemple en étant attentif et actif quant aux émissions de gaz à effet de serre et à la biodiversité comme le sont de plus en plus les agriculteurs et ceux qui travaillent avec eux.

Voir et entendre pourrait donc être une manière d’être accueillants au Royaume de Dieu. Et recevoir ainsi ce qui est là, donné, provoquera sans doute de notre part une réponse qui construira le Royaume. On en est là ce matin : accueillir le Royaume pour le construire encore.

Notre réponse à cet appel participera sans doute à construire un monde qui ressemblerait à un grand banquet où chacun a sa place : tous ceux qui cherchent encore le beau dans leurs vies... un monde où chacun a sa place !
Après tout, c’est peut-être ça le Royaume dont Jésus ne parle qu’en paraboles : un immense banquet où même Assurancetourix a sa place.

On comprend alors au final que Jésus se soit fâché : le plus difficile est d’écouter et de voir pour accueillir le Royaume. Tout repose là-dessus. Sur le fait de ressembler aux enfants, sur le fait de devenir de plus en plus chouettes.
La réponse, elle, se dessinera toute seule, sans s’en préoccuper. Et elle fera encore advenir le Royaume, dès aujourd’hui !

Soyons chouettes !