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Frère Frédéric Ozanne

Président

Père Paul-Antoine Drouin, Curé de la paroisse Sainte-Anne-en-Presqu'Ile-Guérandaise

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Pour faire à tous miséricorde

En cyclisme sur piste, au dernier tour, il y a une cloche qui retentit. Il y a une cloche qui retentit pour annoncer le dernier sprint, comme pour dire qu’il y a quelque chose de décisif qui arrive, un peu comme ça en moins discret. [cloche]
Et aujourd’hui dans l’Evangile, on vient de l’entendre : aujourd’hui, Jésus se laisse véritablement dérouter. Sans doute, pour faire à tous miséricorde comme dit le vieux Paul dans sa lettre aux Romains. Ce matin, il y a aussi quelque chose d’absolument nouveau et décisif qui va tout changer pour nos vies de disciples. [cloche]

Sur une page un peu avant le passage d’aujourd’hui, en les envoyant en mission, Jésus avait dit à ses disciples : « ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Et puis dans ce passage d’aujourd’hui, Jésus envoie poliment balader la Cananéenne : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.

Et c’est là, après un dialogue avec la Cananéenne [cloche] – elle l’étrangère, elle la païenne, elle qui cumule les « redflag » – c’est là que d’un seul coup Jésus se laisse dérouter : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Etonnant renversement de situation où la grandeur de Dieu est révélée par une soi-disant incroyante qui est censée ne rien pouvoir dire de Dieu.

Avec la Cananéenne, Jésus expérimente concrètement jusqu’où va l’Amour de son Père, c’est-à-dire à l’infini. Cet Amour va tellement loin que même Jésus se laisse encore surprendre ce matin.
Pour faire à tous miséricorde.

Dès lors, Jésus ne cessera d’abolir les frontières dressées par les hommes. Il ne cessera de décrire l’impasse des discriminations de tous ordres qui peuvent laisser croire qu’on est soi-disant meilleur ou soi-disant plus légitime. Il ne cessera de dire et de redire la dignité infinie de tout être : qu’on soit fatigué ou en pleine forme, qu’on soit né ici ou ailleurs, qu’on soit victime ou grand pécheur ayant fait souffrir, qu’on soit dans une minorité malmenée ou dans l’apparente norme de la majorité… dès lors, Jésus ne cessera de dire à quel point toute vie est toujours belle parce que tellement aimée. Également aimée. Infiniment aimée par le Père.

Comme aimait nous le rabâcher le bon pape François : « le Seigneur ne sait pas faire cela [montrer du doigt], épingler les faiblesses ou les péchés, il ne sait faire que cela [étreindre], il ne sait que nous étreindre tous […].
Il y a donc de la place pour tout le monde dans le monde et l’Eglise ! Personne n’est inutile, personne n’est superflu, il y a de la place pour tout le monde ». Et s’il n’y en a pas, il va falloir jouer des coudes pour en faire. 
Pour faire à tous miséricorde.

Ceux qui jugent, ceux qui excluent, ceux qui s’enferment dans un bunker comme pour se défendre… de quel Dieu sont-ils donc les disciples ? De fait, « Dieu est le plus désarmé de tous les êtres face à ses créatures ». Les disciples du Christ sont appelés à ne pas répondre au mal par le mal, ils sont appelés à se laisser désarmer de la haine et de l’indifférence – notre cher pape Léon le répète assez souvent – les disciples sont appelés à se laisser désarmer comme Jésus lui-même s’est laissé désarmer par la Cananéenne… jusqu’à l’être complètement sur la Croix.
C’était le chemin de Jésus. C’est le chemin des disciples. C’est le nôtre.

L’essentiel, ce n’est donc pas de faire l’œuvre de Dieu. L’essentiel, c’est de devenir nous-même l’œuvre de Dieu : amoureux tous azimuts. Le chemin proposé est de devenir nous-même l’œuvre de Dieu : l’amour même. Rien que ça. Dès que c’est possible.
Pour faire à tous miséricorde.

La miséricorde, c’est un chemin possible, toujours offert aux pécheurs. Aucun endroit, absolument aucun, aucun endroit dans la bassesse de nos vies n’est inaccessible à la main de Dieu pour nous relever. 
La miséricorde, c’est aussi la tendresse de Dieu qui vient nous étreindre alors même que nous sommes fragilisés ou embourbés. La miséricorde, c’est la tendresse de Dieu qui vient nous empêcher de sombrer. 

Parce que, comme l’avait découvert le bienheureux Père Lataste, un frère dominicain du XIXème siècle, « la main qui relève les uns est la même que celle qui empêche les autres de tomber ». C’est la même main qui nous relève et qui nous fait tenir. Le fait que ce soit la même main, c’est cela qui nous établit fondamentalement dans une « fraternité de grâce ».
Pour faire à tous miséricorde.

Ce n’est donc pas d’abord de la guérison de la fille de la Cananéenne que parle l’Evangile ce matin. S’il y a une guérison, c’est celle de toujours nous guérir de nos étroitesses. Comme Jésus, nous serons alors porteurs de vie et de sérénité, pour nous-même et pour les autres, nous serons alors porteurs de vie et de sérénité à hauteur de notre capacité à nous laisser surprendre par cet Amour du Père pour tous. Si nous savons écouter les Cananéennes d’aujourd’hui là où nous sommes, au boulot, en famille ou avec les amis, en vacances, à l’hôpital ou en prison… si nous savons écouter ceux qui ne sont pourtant pas censés pouvoir dire quelque chose de Dieu, alors nous nous convertirons de plus en plus à cet Amour sans mesure – Celui-là même que nous célébrons à chaque Eucharistie, comme maintenant. Et il nous déroutera encore : cet Amour va tellement loin. Il y a décidément quelque chose d’absolument nouveau et décisif aujourd’hui pour nos vies de disciples : [cloche].
Pour faire à tous miséricorde.


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