Regarder plus haut et vivre en présence de Dieu
Cet évangile est une histoire de casseroles.
Que Lazare sorte du tombeau debout, c’est étonnant. Mais en fait, la scène préfigure la foi de Marthe : je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour Jn 11, 24.
Ce qui est tout aussi étonnant, c’est la réponse de Jésus : je suis la résurrection et la vie, quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais Jn 11, 25. Jésus nous apporte une nouvelle question ce matin : sommes-nous vivants ? Pas demain, maintenant.
Parce que la résurrection n’est pas un moment, c’est une personne : Jésus est la résurrection. Notre résurrection est ainsi une vie en présence de Dieu. Pas le « dieu en général », une vie en présence de Dieu qu’on appelle Jésus, c’est-à-dire Dieu-sauve Mt 1, 21, une vie en présence de Dieu qu’on appelle Emmanuel, c’est-à-dire Dieu-avec-nous Mt 1 23. Je suis la résurrection et la vie.
Et si Dieu est avec-nous dans notre quotidien, il y a donc une manière originale de faire la cuisine puisque d’après Sainte Thérèse d’Avila, Dieu est parmi les casseroles . Il y a donc une manière originale de rencontrer quelqu’un. Si Dieu est avec-nous dans notre quotidien, il y a donc une manière originale de piloter l’activité d’une grande entreprise, une manière originale de veiller à la sécurité informatique d’un système, de réviser un examen ou un concours, il y a donc une manière originale d’attendre derrière une porte de prison… parce qu’il y a une manière originale de vivre en présence de Dieu. Pas demain. Maintenant.
Comment donc « vivre en présence de Dieu » ? Peut-être que le premier moyen pour vivre en présence de Dieu est la pureté de vie .
- Sais-tu, frère, ce qu’est la pureté de vie ? demande François d’Assise à son frère Léon.
- C’est de ne pas avoir de faute à se reprocher, répond Léon sans hésiter.
- Alors je comprends ta tristesse, dit François. Car on a toujours quelque chose à se reprocher. Ne te préoccupe par tant de la pureté de ta vie. Tourne ton regard vers Dieu. Ne te demande même pas où tu en es avec Dieu. Elève juste ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a plus grand que l’homme en l’homme : il y a Dieu, l’immensité de Dieu et son inaltérable miséricorde .
Je suis la résurrection et la vie. Il y aurait ainsi un moyen pour vivre en présence de Dieu : regarder plus haut. Ou se fixer vers la lumière comme le slame Antoine, un séminariste de la Mission de France :
Que tu sois au chaud bien confort ou dans le froid guettant la mort, fixe-toi vers la lumière.
Que tu sois en joie ou trainant le pas, en pleine bourre ou à la ramasse,
Que tu sois libre et léger, ou au fond du trou coulant sous les démarches, bref emmerdé, fixe-toi vers la lumière.
Que tu sois primé ou travailleur ordinaire, que tu sois à l’équilibre ou criblé sous les dettes, au chômage, en étude ou bien en fin de carrière, que tu cherches un réconfort, une main tendue, une canne, un peu d’apaisement, que tout roule pour toi ou que tu recherches comment le monde et ton monde tourne, que tu aies mal, vraiment très mal, et que beaucoup trouve ça banal, fixe-toi vers la lumière .
Il y aurait ainsi un moyen pour vivre en présence de Dieu : regarder plus haut, se fixer vers la lumière. Même si ça décentre de nous-mêmes et de nos problèmes, regarder plus haut, ce n’est pas pour nous extraire de la réalité du présent, c’est juste pour le vivre paisiblement, avec Lui : je suis la résurrection et la vie.
Regarder plus haut est en réalité une pratique de carême :
Peut-être en priant, mais ça ne suffit pas toujours pour être continuellement en présence de Dieu.
Peut-être en lisant des écrits spirituels, mais ça ne suffit pas toujours.
Peut-être en se mettant au service des autres, mais ça ne suffit pas toujours.
Peut-être en s’abandonnant régulièrement avec cette simple phrase : Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime Jn 21, 17, mais ça ne suffit pas toujours.
En définitive, vivre en présence de Dieu, c’est peut-être simplement n’être jamais rassasié de le désirer . Regarder plus haut, désirer vivre avec Dieu, c’est donc une pratique sérieuse pour que toutes nos actions soient faites avec lui, jusque dans l’ordinaire des casseroles d’une cuisine ou des écrans d’un open-space – Dieu-avec-nous. Se fixer vers la lumière, c’est une pratique sérieuse pour lui tenir la main, cette main qui relève les uns tout en empêchant les autres de tomber – Dieu-sauve.
Regarder plus haut, se fixer vers la lumière, et s’habituer ainsi à la présence de Dieu au quotidien. S’habituer à regarder toujours plus haut parce qu’en réalité, Dieu n’est pas un point d’arrivée, Dieu restera toujours pour nous un point de départ vers un toujours plus de vie. S’habituer à la présence de Dieu au quotidien nous déshabituera peut-être encore de la détresse des autres et de la folie de la guerre, même au loin.
Avec Marthe et Marie, nous crierons alors nous aussi vers Dieu notre incompréhension face à l’absurde : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort Jn 11, 21.
Avec Jésus qui se mit à pleurer Jn 11, 35 face à la mort de son ami Lazare, nous pleurerons nous aussi sur tant de souffrances, les nôtres et celles des autres.
Anna, Diane et Zacharie, vous vivez aujourd’hui votre troisième scrutin. Et c’est ce à quoi va vous ouvrir encore votre baptême à Paques : vivre en ressuscité, vivre en présence de Dieu.
Vivre. Pas que demain. Maintenant aussi !
Je suis la résurrection et la vie. Crois-tu cela ? Jn 11, 26 demande Jésus à Marthe.
Je suis la résurrection et la vie. Crois-tu cela ? nous demande Jésus ce matin.
Avec Lui à nos côtés, nous vivrons !
Vivre en ressuscité, c’est ce que nous célébrons déjà dans cette Eucharistie, ici dans cette église ou devant une télévision. En présence de Dieu.
Je suis la résurrection et la vie.