Combien de temps Jean-Baptiste a-t-il persévéré ? Combien de jours passés à baptiser, sans relâche, dans les eaux du Jourdain, jusqu’à ce que se présente celui qui allait donner sens à toute sa mission, à toute sa vie même. Il a fallu plonger des milliers d’anonymes, pour finalement y retrouver Jésus, ou bien plutôt se laisser retrouver par Jésus… alors pour tous ceux parmi nous qui galèrent, qui patinent, qui s’impatientent en trouvant parfois que leur travail est répétitif, apprenons de Jean-Baptiste la patience ou plutôt l’espérance de voir un jour tout s’illuminer dans la grâce d’une rencontre.

A deux reprises, Jean-Baptiste vient de nous le dire : Jésus, « moi, je ne le connaissais pas ». C’est un peu étrange tout de même, vu que Jésus et Jean sont cousins. Souvenez-vous, le Baptiste est le fils d’Elisabeth à qui Marie a rendu visite dès avant sa naissance. Probablement que Jean et Jésus se sont fréquentés longtemps avant de comprendre vraiment qui ils étaient. Alors à tous ceux qui pensent encore connaître ceux avec qui ils vivent, et qui croient un peu vite avoir fait le tour de leurs amis, de leurs parents, de leurs enfants, de leur conjoint, apprenons de Jean-Baptiste la sagesse de vivre longtemps, très longtemps auprès de quelqu’un sans prétendre le connaître.
Et c’est sans doute la condition pour connaître quelqu’un. Admettre, tout d’abord, qu’on ne le connaît pas. Pour lui laisser la chance de se manifester, tel qu’il est, vraiment. Au fond… c’est au fond de l’eau que Jean offre à Jésus la possibilité de se dévoiler. Jésus disparaît, inconnu, dans les sombres eaux du Jourdain, il remonte, triomphant, dans la splendeur du ciel. Il s’enfonce, comme un homme, comme tous ces hommes et ces femmes anonymes qui avant lui furent plongées dans les mêmes eaux, et il remonte comme Dieu, couronné par l’Esprit Saint. C’est bien le même : il n’a pas changé, mais il est révélé. 

Jean, en accomplissant sa mission fidèlement, patiemment, a manifesté en Jésus l’homme plongé avec les pécheurs, et Dieu, triomphant du péché. Jean manifeste le mystère jusque-là tenu caché. En Jésus tout est humain et tout est divin. Un coup de maître… au sens propre.
Il y a sans doute parmi nous des professeurs, des maîtres, des maîtresses qui reconnaîtront en Jean-Baptiste un des leurs, et des parents, des grands-parents aussi ! Manifester ce qu’il y a de plus grand dans ceux qui nous sont confiés, ne serait-ce qu’un temps, n’est-ce pas là une des missions les plus belles qui soit ? Donner à l’autre l’occasion de dévoiler ce qu’il cache au plus intime de beau, de divin dans sa vie. Jusqu’à ce que l’on découvre en l’autre sa part de divinité, on ne l’a jamais vraiment connu. Connaître quelqu’un, c’est voir tout le bien qu’il peut faire. Il y a, en chaque baptisé, un Christ à faire remonter des eaux, un trésor de grâces et de lumières à faire émerger. Certes, c’est l’Esprit Saint qui, seul, fait descendre la grâce sur chacun d’entre nous, mais ce sont les hommes, toujours, qui la dévoileront au monde. Heureux sommes-nous lorsque nous manifesterons la splendeur de Dieu chez nos frères, sans se soucier de les voir nous dépasser en sainteté, en bonté. Heureux serons-nous, car bien souvent ce que nous dévoilerons de beau chez l’autre lui est à lui-même inconnu. Désigner la grâce, c’est souvent la libérer.

Frères et sœurs, on se demande parfois, avec raison, où se cache Dieu dans le monde. Mais sommes-nous conscients que notre mission est peut-être justement de dévoiler le mystère qui le tient sceller en nos frères ? Ce serait un beau projet pour chacun d’entre nous, alors que débute le temps ordinaire : faire surgir en l’ordinaire de nos frères l’extraordinaire de Dieu. Libérer les grâces cachées dans bien des cœurs. Oh certes, chez nous, ni l’humanité, ni encore moins la divinité ne sont parfaites. Mais puisque nous avons partagés avec Jésus les eaux du baptême, nous savons que nous partagerons aussi avec lui le ciel de la gloire. Nous ne sommes pas l’agneau, mais que d’humbles brebis, appelées à être saintes avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ.
 
Quelle est la différence entre le baptême de Jean-Baptiste et celui de Jésus ?

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