Chercher comme saint Thomas

C’est une joie d’entendre l’apôtre Thomas déclarer à Jésus ressuscité : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Car il transmet ainsi des mots qui animent la prière et la confession de foi de beaucoup de croyants !  Ne reprenez-vous jamais cette déclaration quand vous parlez au Christ ?

Hélas, voyant l’apôtre dans sa lenteur à croire, les chrétiens ont également contribué à répandre sans nuance la célèbre expression : « douter comme saint Thomas ». Mais on pourrait dire aussi qu’avec ses amis apôtres, Thomas n’a pas eu le langage d’un homme qui refuse de croire, mais d’un homme qui veut être enseigné. Et c’est bien ce que fera le Christ ressuscité. Il expliquera à Thomas, et surtout à nous qui sommes historiquement à distance de la résurrection de Jésus, en quoi consiste l’acte de croire : « Heureux ceux qui n’ayant pas vu auront cru ».

L’Evangile évoque le temps de la recherche. C’est au huitième jour qu’il nous conduit et conduit Thomas devant Jésus. Ce huitième jour laisse penser qu’au moment où l’Evangile de saint Jean fut écrit, les communautés chrétiennes avaient commencé à se réunir une fois par semaine pour faire mémoire de la passion et de la résurrection du Christ. En somme, notre messe du dimanche.

Mais je vois aussi dans ces huit jours le temps qu’il faut pour mûrir dans notre recherche. Chercher est une réalité de l’homme qui veut grandir dans son intelligence et dans sa foi. Sans doute aussi un besoin. C’est néanmoins une source de tension intérieure. Or le Christ se montre comme celui qui peut calmer en notre âme une telle agitation car elle nous empêcherait tout progrès et tout témoignage. Et il nous dit : « Paix à vous ». Paix aux esprits qui cherchent !

Les huit jours dont Thomas eut besoin décomplexent nos passages à vide, nos inquiétudes à prendre des décisions d’avenir, nos questionnements sur Dieu, sur le sens de la vie, sur le grand mystère du mal, de la mort ou de la souffrance. Huit jours bien symboliques qui rappellent qu’il nous faut du temps pour passer du refus au consentement. Si nous sommes lents, Dieu est patient.

Au fond, il faut bien reconnaître à Thomas que sa demande éclaire tous les hommes. Et Jésus ne s’en exaspéra point. Il lui propose d’avancer dans sa recherche. Qu’est-ce que Jésus lui apprend ? Que l’acte de foi précède tout signe concret. Pendant huit jours, Thomas a voulu toucher les plaies de Jésus qui fut crucifié. Jésus ressuscité permet cela à Thomas, mais il lui précise immédiatement : « Ne sois pas incrédule, sois croyant ». Et pour finir, le récit ne dit pas si Thomas aura touché ou s’il se sera abstenu, comprenant que même s’il touchait, tout commencerait par la nécessité de faire confiance.

Jésus ne discrédite pas les apparitions que raconte l’Evangile, et notez qu’il n’apparaît qu’à ceux qui l’ont connu, exception faite de saint Paul qui a fait une expérience de conversion particulière. Ainsi, pour nous, il nous servirait encore moins qu’il nous apparût, car nous ne l’avons pas connu. Jésus déclarera simplement bienheureux les croyants de toutes les générations, parce qu’ils auront su faire grandir leur foi à partir du témoignage reçu.

Thomas a eu besoin de temps pour croire que Jésus était ressuscité, pour reconnaître que son ami blessé et mort en sa passion n’était pas le spectre de l’échec mais l’icône de la vie victorieuse. Comme pour chacun de nous, il lui a fallu le temps de la croissance pour dire à son ami qu’il était bien son Seigneur et son Dieu. Mais son cœur était resté prêt à découvrir, à apprendre, à croire. Et le nôtre ?

Saurons-nous changer notre formule pour dire à présent : « Chercher comme saint Thomas » ? Et je me réjouis de pouvoir m’appuyer sur lui, dans une école, car chercher est le ressort de la vie intellectuelle ainsi que de la quête de toute vocation. Et c’est le fondement pour tous ceux qui veulent apprendre la vie.