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PREPAREZ

" Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route "

Quel silence dans ces murs qui ne sont faits que pour créer le silence ! Quelle noblesse, une impression de plénitude renforcée par l’extrême dépouillement de l’architecture. Un magnifique écrin pour célébrer la messe, nous avons beaucoup de chance. À l’extérieur, il y a un décor insolite. Vous, les habitués de cette église, vous le savez bien. Vous qui êtes devant votre télévision, avez-vous remarqué que, sous les arcatures du transept, sont suspendus des chaînes et des boulets. Pourquoi ? Ce sont en quelque sorte des ex-voto posés par des prisonniers libérés. En effet, Notre Dame d’Orcival, on l’a invoquée aussi, au cours des siècles, sous le vocable Notre Dame des Fers. On en appelait à son intercession en faveur des détenus.

Ce décor insolite va nous aider à accueillir les paroles d’Isaïe, de saint Paul et de Jean-Baptiste. Il n’est question, en effet, que de libération.
 Isaïe voit venir un libérateur, de la maison de David. "Il ne jugera pas selon les apparences. Il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du peuple". Et, sous son règne, le monde connaîtra enfin la paix. Saint Paul nous dit que tout cela a été écrit pour nous. Et Jean-Baptiste confirme la Promesse : "Il vient le libérateur. Mais, il faut préparer le chemin de sa venue."

Nous allons garder ce mot : PREPAREZ. C’est ce que nous avions convenu pour ce deuxième dimanche. Le temps de l’Avent n’est fait que pour préparer le chemin du Seigneur, aplanir sa route, enlever les obstacles à sa venue..

Préparer le chemin, quel chemin ? Commençons par le plus évident. Le chemin qu’il faut préparer, il passe d’abord par notre propre coeur. "Convertissez-vous" dit Jean-Baptiste. Se convertir, c’est se retourner vers Dieu et vers les autres. Reprendre le chemin ou bien changer de chemin, si l’on s’est égaré. Chacun sait bien ce à quoi cela lui fait penser dans sa vie. Se convertir, vous le savez, c’est sérieux. On est loin du gentil et innocent folklore de Noël. On est loin aussi de la fête infantile, une fête pour les enfants seulement, les petits enfants, le petit Jésus, la spiritualité mièvre et sans vigueur.

Se convertir, c’est beaucoup plus sérieux. C’est se décider à redonner à sa relation avec Dieu et avec les autres plus de force et de chaleur, enlever les obstacles à sa venue dans notre vie.

Ne nous rassurons pas trop vite. Certains diraient : "Vous ne nous apprenez rien. Nous sommes de fidèles pratiquants depuis toujours". Vous savez, Jean-Baptiste s’adressait aussi à d’honnêtes pratiquants, des Pharisiens et des Sadducéens, et pourtant, il les mettait sérieusement en garde.
  "N’allez pas dire en vous-mêmes, nous avons Abraham pour père . Car, je vous le dis, avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham". N’allons pas dire en nous-mêmes : "notre pratique religieuse est bien enracinée", car si elle ne germe pas, si elle ne porte pas de fruit… Notre conversion doit porter du fruit. Ceux qui accueillent le Christ sont voués à changer leur vie et à changer le monde.

C’était le chemin qui passe par notre coeur. Élargissons maintenant notre regard. Préparer le chemin du Seigneur, c’est peut-être aussi inventer des chemins nouveaux pour l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Y a-t-il des chemins nouveaux que notre Église devrait emprunter, en 2004, pour préparer la venue du Seigneur ? Les évêques de France et beaucoup de chrétiens y ont réfléchi. Ils ont publié un document : "Proposer la foi à la société d’aujourd’hui". J’emprunte à ce document et à des écrits de chrétiens éclairés, pour vous suggérer deux chemins.

Le premier. Il ne suffit pas que l’Église d’aujourd’hui se contente d’un renouveau piétiste, d’un spirituel planant. Il faut trouver l’équilibre entre la nécessaire recherche spirituelle et la nécessité pour les chrétiens de s’engager dans le monde. Prière et action. Et comme l’exprime ce penseur d’aujourd’hui : "Intériorité et engagement, lutte et contemplation, voilà mon credo au XXIe siècle".

Le Royaume n’est pas la définition de l’au-delà, dit Mgr Albert Rouet, c’est la définition de ce monde-ci, quand nous l’aurons rendu autre. Donc, l’engagement n’est pas facultatif. Le salut annoncé par le Christ n’est pas uniquement la libération par rapport au péché et à la mort. Il est aussi libération de toutes les injustices, de toutes les aliénations qui interdisent à des milliers et des milliers d’hommes et de femmes de vivre une humanité digne de ce nom. C’est cela aplanir la route, combler les ravins.

Le deuxième chemin. Il faut une Église en conversation avec le monde Il ne faut pas être en face du monde mais dans le monde et partager les richesses qu’il porte. Dans une conversation, si on est deux, les deux donnent et reçoivent, écoutent et disent. Il faut écouter le monde et dire le message, écouter avant de dire, pour savoir comment dire.

Une Église en conversation avec la culture des jeunes, déroutante ou pas.
 Une Église en conversation avec ceux qui ne croient pas comme nous, les autres religions. Savoir trouver où les autres cachent leur trésor spirituel.
 Une Église en conversation avec ceux qui n’arrivent pas à croire. Ils nous aident parfois à trouver les mots pour dire l’Évangile et nous dictent sûrement la manière de le dire.

Il est temps de conclure. Avons-nous mieux compris les paroles de Jean-Baptiste : "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route, convertissez-vous". La conversion d’abord, car nous ne transmettons pas notre foi comme on transmet un livre, un bagage de connaissances, des mots. Nous transmettons ce que nous vivons.

Je crois que c’est le Frère Roger de Taizé qui a prononcé ces trois phrases, retenez-les. Elles nous serviront de conclusion : "Tu dois témoigner de ta foi au Christ, tous les jours. Au besoin, sers-toi de mots. Ne parle du Christ qu’à ceux qui t’interrogent, mais vis de telle façon qu’on t’interroge !".

Références bibliques :

Référence des chants :