Quel contraste, frères et sœurs, entre la simplicité de l’événement que nous venons de célébrer à Noël, et la façon bien souvent tapageuse, à coup de guirlandes illuminées, de cadeaux empaquetés, de champagne coulant à flot, avec lesquels nous fêtons, vingt siècles après, son anniversaire… au point que certains vont même jusqu’à vouloir gommer l’origine chrétienne de cette fête en effaçant la moindre trace de crèche dans l’espace public.
    L’événement original n’a eu pour seuls témoins que Marie, Joseph, ainsi que quelques bergers, qui, aussitôt arrivés, repartent. Car ce sont des nomades, des sans domicile fixe, au point que l’empereur Auguste ne jugeait même pas utile de les recenser. Et c’est à eux, ces petits qui étaient marginalisés dans la société d’alors, qu’il revient annoncer la naissance de Celui qui est venu apporter la paix, comme le prophétisait déjà l’auteur du livre des Nombres.
    La paix … je crois qu’il s’agit de l’aspiration la plus profonde des enfants, des femmes et des hommes de ce temps … Comment ne pas la sentir vibrer au cœur de tous ces enfants maltraités et de tous ces adolescents harcelés, qu’il m’arrive si souvent de rencontrer ?… Comment ne pas la sentir monter chez ce peuple ukrainien qui souffre de cette guerre qui s’enlise dans le froid de l’hiver ?
    Le signe dont les bergers témoignent, c’est celui d’un nouveau-né couché dans une mangeoire. Dieu vient au monde comme un enfant qui naît.
    Un enfant qui naît, c’est le fruit d’une attente.
    Un enfant qui naît, c’est un être à la fois beau et fragile. Voici que Dieu a besoin de l’homme pour la survie de son Fils dans la froidure de ce monde.
    Un enfant qui naît, c’est un avenir qui s’ouvre ! Noel n’est pas un rêve de jadis qui viendrait nous visiter une fois l’an, un souvenir du passé qu’il nous faudrait ranimer chaque année, avec une ferveur affadie par le temps qui passe… Non, Noël, c’est une lumière d’avenir, un amour qui appelle, un ferment qui travaille. En cette nuit, voici que l’amour prend racine dans le monde !
    Enfin, un nouveau-né couché dans une mangeoire, c’est un signe qui ne trompe pas. Il ne peut faire sens que pour celui qui a faim. Noël n’a de sens que pour ceux qui sont affamés de justice et de paix. Si tu n’as faim d’aucun changement dans ta vie, d’aucune transformation de ce monde, Noel risque d’être vide de sens pour toi !
     À côté de cette mangeoire où repose le petit, Marie reste silencieuse. Elle médite, sans bien comprendre la portée de l’événement. Celle, à qui Dieu a confié l’éducation de son Fils, ne fait qu’enregistrer dans sa mémoire ce qui se passe, même si le véritable sens lui échappe encore. N’est-ce pas là d’ailleurs la mission de tout éducateur de retenir les faits et gestes de l’enfant qu’il accompagne, même s’il n’en saisit pas encore entièrement le sens, qui peut être lui sera révélé plus tard, lorsque celui-ci deviendra adulte. Ainsi Marie apprendra de l’Esprit de son Fils, à qui est donné le nom de Jésus, c’est-à-dire « le Seigneur sauve », qu’elle est appelée comme Paul le rappelle à nous tous dans sa lettre, à donner à Dieu le nom d’Abba, c’est-à-dire « Père ».
    Et voici donc qu’en ce Dimanche, dans la simplicité de ce monastère, l’enfant de la mangeoire va, une nouvelle fois, venir sur cet autel nous donner à manger son Corps, pour qu’ensemble, en Église, malgré la crise qu’elle traverse aujourd’hui, au cœur de ce monde où tant de nos frères connaissent de graves difficultés, nous puissions devenir des bâtisseurs d’amour et de vérité, de justice et de paix. Puisse Marie, que nous fêtons aujourd’hui, nous accompagner dans cette tâche que nous confie son Fils, comme elle a su l’accompagner tout au long de sa vie.
    Alors, puisqu’il est de tradition, en ce premier jour de l’an neuf, d’échanger nos vœux, permettez-moi, au nom de l’enfant de Noël, de souhaiter à chacune et chacun d’entre vous, que vous soyez dans ce monastère ou que vous soyez devant votre écran : « Que la paix soit avec toi tout au long de cette nouvelle année ! »
 

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