« Écoutez ! »
C’est la seule chose que Jésus nous demande ; c’est la seule chose que, depuis toujours, Dieu demande à son peuple. « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » Oui, dans ton cœur. Car, pour écouter, il ne faut pas seulement des oreilles qui entendent – on peut même s’en passer, quand elles ne fonctionnent plus trop bien –, pour écouter vraiment, il faut surtout un cœur. C’est le cœur qui écoute, qui accueille la Parole de Dieu, c’est-à-dire la vie de Dieu, comme une bonne terre reçoit le grain semé en elle, le garde au plus profond d’elle-même, le laisse germer, pousser, se développer, porter du fruit. Voilà ce que signifie « entendre la Parole et la comprendre ».

Le problème, c’est que nous la connaissons trop bien, la parabole du semeur, et que toutes ces images agricoles, ces métaphores, ces comparaisons nous sont devenues tellement familières que nous n’y faisons presque plus attention. Savons-nous vraiment ce que nous disons quand, dans l’Église, nous reprenons à satiété et répétons mécaniquement des expressions comme : « semer la Parole » ou « être semé » ou encore « porter du fruit » ? Et lorsque nous entendons ces expressions dans l’Évangile, comme ce matin, sommes-nous encore capables d’écouter ce qu’elles nous disent ?

Serions-nous donc devenus, à notre tour, comme ces gens dont parle Jésus, qui « écoutent sans écouter ni comprendre » ? N’est-ce pas aussi sur nous qu’Isaïe a prophétisé : « Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. […] Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, qu’ils ne se convertissent » ?

Alors c’est le moment, frères et sœurs, d’écouter pour de bon, c’est le moment de tourner nos oreilles, nos yeux et notre cœur vers la Parole de Dieu, de nous retourner vers ce que le Seigneur cherche à nous dire, bref, de nous convertir à sa Parole. « Vous donc, dit Jésus, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. » Or notre premier réflexe consiste à l’écouter sans l’écouter, c’est-à-dire à ramener aussitôt la parabole à nous-mêmes, à nos situations actuelles, à nos difficultés spirituelles et morales, à notre misère humaine. Ne suis-je pas ce bord de chemin où le Mauvais est venu s’emparer de ce que le Bon Dieu m’avait donné de meilleur, de plus prometteur ? Ne suis-je pas ce sol pierreux, sans terre assez profonde pour enraciner dans la durée et dans l’épreuve mes élans spirituels, si éphémères et si fragiles ? Ma générosité pour le Seigneur n’a-t-elle pas été étouffée par la ronce des soucis qui m’envahissent ou des avidités qui m’enserrent ? Et pourquoi d’autres que moi ont-ils eu la chance, le privilège d’être, eux, de la bonne terre et d’avoir eu un tel rendement ? N’est-ce pas injuste de la part du Semeur de là-haut ? N’ai-je pas raison, au fond, de lui en vouloir ?

Mais c’est justement lui, le Semeur, que la parabole nous invite à regarder, à contempler, pour nous délivrer de la considération exclusive de nous-mêmes. Ce Semeur, c’est notre Créateur et c’est notre Sauveur. Lui, il sème à foison, sans se préoccuper apparemment de la qualité des terrains. C’est comme s’il ne voyait pas que des grains sont tombés sur le plat du chemin, comme s’il ne voyait pas que le sol est jonché de cailloux, comme s’il ne voyait pas que les ronces et la broussaille sont toujours prêtes à repousser. Oh ! Il le voit très bien, en vérité, il voit tout, et il connaît notre cœur infiniment mieux que nous-mêmes, mais ce cœur, il ne l’accuse pas, car Dieu est plus grand que notre cœur. Regardez, frères et sœurs, regardez la Bonté de Dieu. Pour lui, tous les terrains sont de la bonne terre, ou plutôt, tous les terrains de nos cœurs, même les plus cabossés ou les plus ingrats, sont appelés à devenir une bonne terre. Il sème, ce Dieu bon, il sème comme à la création du monde, donnant à la terre « l’herbe, la plante qui porte sa semence ». Et, malgré notre péché, malgré nos pierres et nos ronces, il continue de voir en nous ce que nous ne savons plus voir : il voit, comme à la création du monde, que cela est « très bon ».

Dieu ne nous a pas créés pour être des sols arides, il nous a créés et nous recrée comme une terre généreuse, capable de répondre à son amour débordant. Il suffit pour cela d’écouter, en tournant notre cœur non plus sur nous-mêmes, mais vers lui, Jésus, la Parole du Père qui se donne à nous comme le Pain de la vie : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. » Amen.

 

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Le prophète Isaïe
 

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