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Aujourd’hui, le monde entier se presse à la crèche. Le prophète Isaïe l’avait annoncé : « Les nations marcheront vers ta lumière » ; « tous, ils se rassemblent, ils arrivent » ; « tous les gens viendront… » Cette diversité de l’humanité s’approchant de Jésus se reconnaît bien dans les crèches provençales : les santons, nombreux, représentent la foule des hommes et des femmes de notre temps, dans leur diversité d’âge et de métier. Tous différents, mais unis, marchant côte à côte, aimantés par ce qui se passe à la crèche. Une sorte de mondialisation avant l’heure ! Même le santon traditionnel du bohémien est là. Comme lui, nous devenons des gens du voyage, d’un voyage universel qui conduit à Jésus. La solennité de l’Épiphanie nous invite à être solidaires d’une mondialisation divine.

 

Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, fait comme la théorie de cette mondialisation. Il ose écrire qu’elle est voulue par Dieu : « Les païens – autrement dit ceux qui estiment ne pas être concernés par la naissance du « Roi des juifs » – sont associés au même héritage, au partage de la même promesse, par l’annonce de l’Évangile ». Voilà la mondialisation made in Dieu : chaque être humain, famille, peuple, les croyants comme les athées, tous bénéficient de la même promesse. Mais encore faut-il qu’ils le sachent ! Qui ira dire à ceux qui s’estiment être loin de Dieu qu’ils sont attendus à la crèche ? La solennité de l’Épiphanie nous invite à devenir des messagers de l’Évangile. Si nous n’allons pas rencontrer les païens de notre temps : un voisin, un membre de la famille, un collègue de travail, un pauvre dans la rue… alors la mondialisation divine restera lettre morte.

 

Dans l’évangile selon saint Matthieu, la mondialisation prend l’étrange visage de « Mages venus d’Orient ». L’évangile ne dit pas qu’ils sont rois, ni qu’ils sont trois, mais qu’ils sont guidés par une étoile depuis leur lointain pays, Babylone, une ville située dans l’Irak actuel. Une terre où la violence contredit le rêve d’une mondialisation apaisée. Ces « Mages-Astrologues » viennent se prosterner devant le « Roi des juifs qui vient de naître ». Et leur venue va révéler le bouleversement apporté par la mondialisation voulue par Dieu. Voyez son premier effet chez Hérode et les habitants de Jérusalem : en entendant la question des Mages, ils sont troublés, pris d’inquiétude. Ils pressentent l’imminence d’un chamboulement, comme un renversement d’ordre de grandeur : entre le roi Hérode, le Grand, et le Roi des juifs, Jésus le tout-petit, qui, en réalité, sera grand ?

 

Si nous ne sentons pas en nous ce frémissement qu’un autre monde devient possible avec la venue de Jésus, laissons-nous évangéliser par le comportement des Mages. Ils ne sont pas inquiets. Au contraire, ils éprouvent « une très grande joie » lorsqu’ils voient de nouveau l’étoile les guider vers la crèche. Arrivés sur place, ils se prosternent, offrent à l’enfant leurs trésors. Eux, des Mages, des autorités dans leur pays, à genoux devant un bébé ! N’est-ce pas le monde à l’envers ? La mondialisation voulue par Dieu passe justement par des gestes d’ouverture et d’offrande simples qui remettent le monde à l’endroit. Par exemple, quand nous offrons du temps à une personne que tout le monde ignore, un autre monde devient possible. Quand nous reconnaissons nos torts et demandons pardon, un autre monde devient possible. Quand nous acceptons qu’un autre vienne nous aider, un autre monde devient possible.

Allez, en route ! Le plus beau des santons, le plus majestueux, c’est chacun de nous dès qu’il s’offre. Alors oui, un autre monde devient possible !

Références bibliques : Is 60, 1-6 ; Ps. 71 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12

Référence des chants :