Quel vent les a pris ? Un jour où j’étais en pèlerinage en Israël, cette question m’est venue presque par surprise. C’était à Césarée, là où se trouve quelques vestiges du port d’où sont partis Paul et bien d’autres pour quitter leur terre connue et affronter la méditerranée. Ils sont allés porter au loin l’Evangile pour que nous puissions nous aussi le recevoir et le transmettre
Oui, quel vent les a pris ? Les Ecritures témoignent pourtant de la crainte de cette petite Eglise naissante dont les membres restaient entre eux après la mort de Jésus.  Depuis qu’il s’était manifesté à eux, Ressuscité, leur cœur était toutefois troublé, cherchant à comprendre autrement la présence de leur Seigneur à leurs coté. Jésus avait certes réveillé en eux l’espérance, le désir de faire le bien comme Lui mais ils auraient pu faire tellement en Galilée déjà, dans ces villages qu’ils connaissaient, au bord du lac de Tibériade ! D’où vient qu’ils soient ainsi venus nous rejoindre ? Quelle force les a saisis pour un jour décider de sortir, enseigner dans les temples, quitter leur terre, traverser la mer et tous ses dangers et annoncer l’Evangile à la terre entière, dont nous sommes ? 
Assurément, cette force n’était pas en eux :  Les Ecritures témoignent suffisamment de leur fragilité pour comprendre qu'ils ne sont pas des super-héros. On dit même qu'ils sont quelconques, et sans instruction particulière. Le livre des Actes des apôtres, quasiment inauguré par ce récit de Pentecôte, nous raconte comment cette petite communauté s’est laissée saisir par un souffle puissant qui porte le monde depuis la création : le souffle de Dieu, Dieu lui-même faisant entrer le monde dans sa vie ! 

Jésus l’avait confirmé à ses disciples quelques temps auparavant :  “vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” Les prophètes l’avaient bien annoncé, que cet Esprit viendrait sur toute chair, que les jeunes auront des visions et les anciens des rêves, comme il se passe aujourd'hui dans notre Eglise convoquée en synode par le pape François pour se laisser transformer par ce souffle créateur et missionnaire. 
Au cénacle, nous entendons que tous étaient remplis de l’Esprit saint et que chacun se trouvait concerné personnellement.  Aujourd’hui encore, l'Esprit saint nous transforme nous aussi patiemment, chacun, si nous le voulons, du plus petit au plus grand, et nous relie à la communauté ecclésiale missionnaire, insérant harmonieusement notre témoignage personnel dans la prédication de l’Eglise depuis son origine.
Tel d’entre nous saura parler de Jésus en touchant les cœurs, tel autre saura éveiller à la prière ; tel autre sera inspiré pour poser les gestes et la parole qui conviennent face aux situations de détresse.

Ainsi pouvons-nous contempler avec profondeur ce papa, cette maman qui explique à son enfant qui est Jésus et comment Il compte pour lui, pour elle.  Nous nous étonnons des ressources de solidarité dans nos quartiers et du don d’elles-mêmes des personnes qui s'y engagent. Nous nous laissons toucher par ces trésors de créativité qui ont permis à ceux qui le désiraient de dépasser leur handicap ou les limites de leur budget venir à familles, à Lourdes lors de notre récent pèlerinage diocésain. Chacune, chacun peut proclamer les merveilles de Dieu non comme une histoire passée, mais comme une réalité toujours actuelle. 

Par l’Esprit saint, Dieu fait sa demeure en nous et nous fait aujourd’hui porter l’Evangile à la terre entière. Non pas à l’autre bout du monde, mais par contagion, auprès de ceux qui nous sont proches et vers qui nous ouvrons une relation nouvelle. Si nous sommes Fils comme le dit saint Paul, une fraternité spécifique a été inaugurée et dont il nous faut témoigner. C’est ainsi que la bonne nouvelle s’est transmise jusqu’à nous et qu’elle continuera de se faire par nous. De plus en plus, des hommes et des femmes découvrent Dieu comme leur Père qui leur donne vie.

Ici, dans le diocèse de Créteil, nous sommes très attachés à Madeleine Delbrel :  Quelques temps après sa conversion en 1924, elle a choisi de vivre à Ivry/ seine comme assistante sociale et s’est engagée toute entière dans ce souffle d’amitié de Dieu avec le monde, qui l’avait elle-même saisie. Elle priait ainsi son Père du Ciel : “ Seigneur, faites-nous vivre notre vie (…) comme une fête, comme un bal, comme une danse entre les bras de votre grâce” 
Par la grâce de Dieu en Jésus Ressuscité, par le don de son Esprit, l’humanité est entrée dans une danse où chacun de nous est sollicité invitant tous les peuples à la joie et à la liberté des fils. Voilà ce qui a fait sortir les apôtres : le vent qui les a pris a donné le premier pas de danse, une danse que Dieu habite avec nous et qui nous rejoint aujourd’hui.  Frères et sœurs, entrons dans cette danse, animée par le souffle de Dieu !  Invitons nos amis. Amen