Par Julia Itel – Publié le 22/01/2026

La famille franciscaine est composée de trois ordres religieux et laïcs qui se rattachent à l’expérience spirituelle initiée par François d’Assise au XIIIe siècle. Bien que rassemblée autour de l’emblème de la « croix franciscaine » (une croix en forme de T), la famille franciscaine est loin de constituer un ordre homogène. Elle se présente plutôt comme une constellation de formes de vie évangélique. Nous proposons d’en faire ici le portrait.

 

La naissance du mouvement franciscain

Qui est saint François d’Assise ? 

François d’Assise (1181-1226) naît au sein d’une famille bourgeoise aisée et connaît, dans sa jeunesse, une existence marquée par les mondanités et l’attrait pour l’idéal chevaleresque. Vers l’âge de vingt-quatre ans, une conversion progressive transforme radicalement son rapport au monde. À la suite de plusieurs expériences spirituelles décisives, notamment l’appel à « réparer » l’Église en ruines de Saint-Damien, il renonce publiquement à l’héritage paternel et choisit de vivre dans une pauvreté évangélique radicale dans le monde. Il veut, en effet, se faire « le plus petit ».

Autour de lui se rassemble bientôt une fraternité, dont la prédication repose sur la simplicité, l’amour de Dieu, la joie et la miséricorde envers les pauvres et les lépreux. 

 

La fraternité franciscaine : qui sont les franciscains et d’où viennent-ils ?

Le 24 février 1208, François vit l’une des expériences spirituelles les plus marquantes de son existence. À Portioncule, il entend un passage de l’Évangile relatant l’envoi en mission par Jésus, sans bourse ni sandales, de ses disciples pour annoncer le Royaume. Cette lecture agit en lui comme une révélation : il doit consacrer sa vie à l’annonce de l’Évangile selon le modèle apostolique.

Dans les mois qui suivent, son choix de vie attire d’autres hommes désireux de partager cette forme d’existence. Au printemps 1208, ses premiers compagnons, Bernard, Pierre et Gilles, le rejoignent puis partent à leur tour en mission. Le groupe s’élargit rapidement et, en l’espace d’une année seulement, la fraternité compte déjà douze membres. 

Conscient de la nécessité d’inscrire cette fraternité naissante dans la communion ecclésiale, François souhaite la mettre explicitement au service de l’Église. Il rédige alors une première règle très brève, centrée sur la vie évangélique. En 1209, il se rend à Rome pour la présenter au pape Innocent III, qui l’approuve. La fraternité franciscaine est née.

Les frères s’installent dans des chapelles pauvres, souvent à proximité des lépreux, et adoptent un mode de vie itinérant fondé sur la prédication, le travail manuel et surtout le témoignage par l’exemple. Leur mission s’étend rapidement bien au-delà de l’Italie : de la Syrie à l’Espagne, du Maroc à l’Allemagne, les frères mineurs parcourent la chrétienté et parfois même ses marges. Le charisme personnel de François joue un rôle déterminant dans l’expansion rapide du mouvement. En 1219, à la veille du chapitre des Nattes, la fraternité compte déjà près de 5 000 membres.

L’engouement suscité par la fraternité franciscaine déborde très rapidement le cadre strictement masculin. Des femmes, mais aussi des laïcs, des couples mariés et des personnes engagées dans la vie sociale et économique, expriment à leur tour le désir de partager cet idéal spirituel. En 1212, François accueille une jeune patricienne d’Assise, Claire Favarone di Offreduccio, qui choisit de renoncer à sa famille et à ses biens pour vivre selon l’idéal de pauvreté évangélique. Autour d’elle se constitue rapidement une communauté féminine, donnant naissance à ce qui deviendra le deuxième Ordre, celui des clarisses (initialement appelé « Pauvres Dames »). Parallèlement, des laïcs, souvent mariés, souhaitent adopter une vie de pénitence et de conversion inspirée de François, sans quitter le monde : cette aspiration conduit à la création de l’Ordre de la Pénitence, futur Tiers-Ordre.

L’expansion de la famille franciscaine illustre ainsi un vaste mouvement de renouveau évangélique au sein de la chrétienté médiévale, dans lequel clercs et laïcs, hommes et femmes, religieux et personnes engagées dans la vie ordinaire, participent d’un même idéal spirituel, centré sur l’universalité et préfigurant la société céleste. 

 

Le premier Ordre : les frères mineurs

La fraternité à l’heure des réformes

Alors que le mouvement se développe, des tensions apparaissent entre l’idéal initial de François et les exigences institutionnelles de l’Église. Lorsque François présente sa règle en 1209, le pape rappelle que des laïcs ne peuvent pas prêcher officiellement. François et ses compagnons reçoivent alors la tonsure du cardinal Jean de Saint-Paul, devenant clercs.

La fraternité attire de plus en plus de prêtres. Cette évolution entraîne une cléricalisation progressive du mouvement, accompagnée d’un affaiblissement du travail manuel (les clercs étant formés principalement à la lecture et à la prédication) et de la structuration juridique propre à la fraternité. En effet, le modèle initial de fraternité égalitaire, inspiré des associations civiles médiévales, entre en tension avec les normes ecclésiastiques : pour les clercs, la « fraternité » n’est pas assez estimée au sein de la curie. Sous la pression du cardinal protecteur Hugolin, la fraternité devient un Ordre. 

Le chapitre de Rome de 1239 marque un tournant : un clerc, Albert de Pise, est élu pour la première fois ministre général. Face à l’affirmation d’une majorité « conventuelle », acceptant l’existence de grandes communautés, des dissidents (comme les zelanti, condamnés en 1312) cherchent à revenir à une observance stricte de la pauvreté, plus proche de l’intention de François. En 1517, la bulle papale de Léon X entérine une division durable entre ces différentes branches, soit entre les conventuels et les observants (dont font partie notamment les capucins).

Aujourd'hui, on compte environ 28 000 frères mineurs dans le monde.

 

Les Frères mineurs

Les Frères mineurs se considèrent comme les héritiers les plus directs de l’intuition spirituelle originelle de François d’Assise. Ils se réfèrent explicitement au mode de vie évangélique des débuts, tout en assumant l’évolution institutionnelle progressive du mouvement. Historiquement, ils correspondent à la branche dite « observante », qui cherchait à maintenir un équilibre entre la fidélité à la pauvreté franciscaine et les nécessités d’organisation d’un ordre en pleine expansion.

Les Frères mineurs privilégient une vie fraternelle structurée, articulée autour de la prédication et de l’engagement missionnaire. Très tôt, ils s’investissent dans l’annonce de l’Évangile au sein des villes, mais aussi dans les missions ad gentes. Aujourd’hui, les Frères mineurs sont présents sur tous les continents.

 

Les Frères mineurs conventuels

Les Frères mineurs conventuels se distinguent par l’adoption d’un mode de vie communautaire stable. Installés principalement dans les centres urbains, ils acceptent dès le Moyen Âge la possession collective de biens, considérée comme nécessaire à la vie communautaire, à l’accueil des fidèles et à l’exercice de leurs missions.

 

Les Frères mineurs capucins

Les Frères mineurs capucins naissent au XVIᵉ siècle dans le contexte des grandes réformes religieuses qui traversent l’Église. Ils se présentent comme un mouvement de retour aux sources, cherchant à réactualiser la radicalité évangélique des premiers compagnons de François. Leur nom provient du capuce pointu de leur habit, signe visible de leur identité distincte.

Les capucins insistent sur une vie simple et austère, marquée par la pauvreté matérielle et une forte proximité avec les populations les plus démunies. 

Très engagés dans l’accompagnement spirituel, les soins aux malades et l’aide aux pauvres, les capucins acquièrent une forte popularité auprès du peuple chrétien. Leur réforme illustre une tension récurrente au sein de la famille franciscaine, ou monastique de manière plus générale (on pense notamment à la famille cistercienne), entre institutionnalisation et retour à l’idéal de pauvreté radicale. 

 

Le deuxième Ordre : les sœurs clarisses

Comme saint François, Claire d’Assise (1193–1253) est issue d’une famille aisée de la bourgeoisie assisiate. Promise à une riche alliance, Claire rêve pourtant d’autre chose. Profondément marquée par la prédication et l’exemple de François, dans la nuit du 18 mars 1212, elle quitte secrètement la maison familiale pour rejoindre le « petit pauvre » à Portioncule, où elle reçoit l’habit de pénitence. 

François confie à Claire l’église de Saint-Damien en 1212, qu’il avait lui-même restaurée, et dans laquelle elle va vivre 42 ans. Très rapidement, d’autres femmes, dont Agnès, la sœur de Claire, rejoignent la communauté. Contrairement aux frères mineurs, ces femmes ne vivent pas dans l’itinérance, mais choisissent une vie cloîtrée et contemplative, correspondant à la fois aux aspirations spirituelles de Claire et aux cadres imposés aux femmes religieuses par l’Église médiévale.

L’un des traits les plus remarquables de la spiritualité clarisse réside dans la radicalité de la pauvreté revendiquée par Claire. Refusant toute forme de propriété, individuelle ou collective, elle lutte toute sa vie pour obtenir ce que l’on appelle le privilège de la pauvreté, c’est-à-dire le droit de ne posséder aucun bien stable. Cette revendication suscite de nombreuses résistances de la part de la papauté, soucieuse d’assurer la sécurité matérielle des communautés. Claire persévère néanmoins, considérant la pauvreté comme un élément constitutif de sa vocation et comme une imitation directe du Christ pauvre.

Après plusieurs décennies de négociations, la règle rédigée par Claire elle-même est finalement approuvée par le pape Innocent IV en 1253. Claire est la première femme de l’histoire de l’Église à faire approuver une règle monastique écrite de sa propre main. 

Après la mort de Claire, l’ordre des clarisses se diversifie. En 1263, le pape Urbain IV propose une règle plus modérée, autorisant la possession collective de biens. Ce courant donne naissance aux clarisses urbanistes. D’autres réformes voient le jour par la suite avec l’intention de renouer avec l’austérité originelle de Claire. Ainsi, au XVe siècle, sainte Colette de Corbie fonde la branche des clarisses colettines. Puis, au XVIᵉ siècle, sous l’impulsion de l’italienne Marie Laurence Longo, apparaissent des clarisses capucines.

Les clarisses seraient aujourd'hui au nombre de 16 000.

 

Le troisième Ordre : le Tiers-Ordre séculier et régulier

Le troisième Ordre franciscain est fondé en 1222 à Bologne, à la demande d’un homme marié, Luchèse de Caggiano, qui souhaitait vivre l’idéal évangélique tout en ayant une vie familiale. En effet, de nombreux laïcs souhaitent alors vivre selon l’esprit de François d’Assise sans pour autant entrer dans la vie religieuse itinérante des frères mineurs ni dans la clôture monastique des clarisses. Dès lors, contrairement aux ordres religieux traditionnels, les membres du Tiers-Ordre continuent à vivre dans le monde, à exercer leur profession et à assumer leurs responsabilités familiales, tout en intégrant des pratiques spirituelles et éthiques inspirées du modèle de vie franciscain.

Au fil du temps, le troisième Ordre (initialement nommé « Ordre de la pénitence ») se structure et se diversifie. Deux formes principales se distinguent : le Tiers-Ordre séculier et le Tiers-Ordre régulier.

Le Tiers-Ordre régulier regroupe des hommes et des femmes qui choisissent une vie communautaire selon la règle de saint François, tout en se consacrant à des activités apostoliques. Ces congrégations se développent à partir du XVe siècle et, plus particulièrement, au cours du XIXe siècle. Aujourd'hui, on peut citer l’exemple des Franciscaines Missionnaires de Marie, fondée par sœur Marie de la Passion en 1877, les Sœurs de saint François d’Assise ou encore les Frères de saint François.

Le Tiers-Ordre séculier (aujourd’hui appelé Ordre franciscain séculier) rassemble, quant à lui, des hommes et des femmes de tous âges et milieux sociaux, engagés à vivre l’Évangile au cœur de la société, selon les valeurs franciscaines de simplicité, de fraternité et de service. Les mouvements de la Jeunesse franciscaine, des Compagnons de saint François et de l’Institut séculier en sont aujourd'hui les principaux représentants. 

 

 

À la rencontre des Saints - Saint François et Sainte Claire d'Assise

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