Dans les Écritures, le vêtement ne couvre pas seulement le corps : il raconte une histoire. De la Genèse à l’Apocalypse, tuniques, manteaux et robes blanches accompagnent les grandes étapes de l’histoire du Salut et deviennent un langage spirituel.

 

Dans la Bible, le vêtement ne sert pas d’abord à couvrir, mais à révéler. Le vêtement intervient en effet à des moments fondateurs des Écritures et, par là même, de l’histoire du Salut. On peut distinguer au moins trois moments où le vêtement n’est plus un simple élément du récit, mais porte un sens religieux.

Le premier se situe en Genèse 3, 21, après le récit de la chute. Adam et Ève prennent conscience de leur nudité et tentent de la couvrir par des feuilles de figuier, scène largement reprise dans l’iconographie chrétienne. Mais à ce premier habillement de fortune répond une intervention divine : Dieu lui-même se fait tailleur et « leur fit des tuniques de peau ». Peau animale ou, selon un jeu de mots possible en hébreu, vêtement de lumière, cette tunique marque une transformation : la chute se manifeste par la découverte de la nudité, mais elle appelle aussi une réparation. Dès lors, toute la Bible est traversée par une tension entre nudité et vêtement.

Le troisième moment se situe à l’autre extrémité du Texte, dans l’Apocalypse. La figure de la « robe des élus » y revient avec insistance : les fidèles sont « en blanc » (Ap 3, 4-5) ; ils « ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau » (Ap 7, 13-14) ; « heureux ceux qui lavent leurs robes » (Ap 22, 14). L’Épouse des noces de l’Agneau elle-même reçoit ce don : « on lui a donné de se vêtir d’une blancheur éclatante » (Ap 19, 7-8). Ainsi, le vêtement qui, dans la Genèse, répondait à la chute, devient ici signe d’accomplissement : il n’est plus seulement protection, mais manifestation d’une vie transfigurée.

Entre ces deux pôles, le Christ lui-même constitue le lieu d’une révélation par le vêtement. Dès sa naissance, il est « emmailloté » (Lc 2, 12), signe d’un Dieu qui assume la condition humaine jusque dans sa matérialité la plus ordinaire. Le Fils de Dieu, en se faisant homme, entre dans la nécessité du vêtement. Les Évangiles ne le montrent jamais nu, sauf peut-être au moment de la crucifixion, dont les pratiques exactes restent discutées, tandis que l’iconographie chrétienne a souvent choisi de voiler sa nudité par un simple pagne.

Avant d’être dépouillé de ses vêtements, le Christ est aussi revêtu d’un manteau de pourpre par les soldats, une chlamyde romaine, pour se moquer de lui en tant que « roi des Juifs ». Mais le détail le plus saisissant demeure celui rapporté en Jn 19, 23-24 : les soldats tirent au sort sa tunique, « sans couture, tissée d’une seule pièce à partir du haut ». Cette tunique sans couture a suscité de nombreuses interprétations — vêtement royal, sacerdotal, ou simple habit d’une seule pièce — avant de se stabiliser dans la tradition comme signe de l’unité des chrétiens. Le texte ne tranche pas explicitement, mais il souligne avec force cette dimension.

Cette tunique n’est pas sans évoquer une autre, au début de la Bible : celle que Jacob donne à son fils bien-aimé Joseph. Cette tunique, signe d’élection, suscite la jalousie de ses frères, qui dépouillent Joseph, trempent son vêtement dans le sang d’un bouc et le présentent à leur père pour lui faire croire à sa mort (Gn 37, 31-33). Le don de la tunique se trouve ainsi perverti par la haine des frères : le vêtement lui-même devient porteur d’un mensonge.

À côté de la tunique, une autre figure vestimentaire traverse les Écritures : le manteau. Dans l’histoire de Jacob et Ésaü, le vêtement joue un rôle décisif dans la tromperie d’Isaac. Jacob est revêtu des habits de son frère pour obtenir la bénédiction du père (Gn 27, 1-40). Le vêtement apparaît ici comme un médiateur de transmission, jusque dans la bénédiction elle-même.

Plus tard, le manteau du prophète Élie devient signe de transmission : Élisée le ramasse et, avec lui, accomplit les mêmes gestes prophétiques (2 R 2, 13-14).

Ainsi, manteaux, tuniques, linges et lin — sans même évoquer encore la richesse des vêtements du grand prêtre (Ex 28) — témoignent de l’importance du vêtement dans l’Écriture. Loin d’être un simple ornement, il devient trame de la révélation : tantôt il trompe, tantôt il transmet, tantôt il manifeste. Il accompagne l’homme de la chute à la gloire, de la nudité originelle à la robe blanche des élus. Et l’injonction de saint Paul et des lettres néotestamentaires (Ga 3, 27 ; Rm 13, 14 ; Ep 4, 24 ; Col 3, 10-12) à « se revêtir du Christ » scelle à jamais l’importance du porter un habit (habitus), celui du Christ fait de ses vertus, de sa passion et de son amour.

 

Frère Alberto Fabio Ambrosio, o.p.

 

Encadré : Entre les lignes – dimanche 28 juin à 10h. Une émission Le Jour du Seigneur / Présence Protestante.

 

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