Abraham a accueilli les anges du Seigneur et les a nourris devant sa tente. Dans Haribo Kimchi, c’est deux spectateurs que Jaha Koo invite sous la tente de son échoppe de rue, pour leur proposer le boire et le manger. Le geste n’est pas anodin ! Il fait du théâtre un lieu d’hospitalité, de “restauration” au sens plein du terme. Devenir “hôtes” les uns des autres, comme le moyen de recouvrer une dignité abîmée par l’exil, et de recréer une patrie de fortune, le temps d’un rituel culinaire.
Qu’est-ce qui relie un escargot, une anguille, Jaha Koo et un ours en gélatine allemand Haribo ? Le déracinement, une asphyxie du quotidien aux ramifications politiques et économiques, et la quête de l’exilé, à la fois légère et profonde, pour retrouver de l’air. Le bonheur serait-il dans l’assiette ? Et l’ours Haribo, une madeleine de Proust version 2026 ?
Osons voir en tout cas une vertu eucharistique dans ce spectacle, où la table partagée, le repas préparé avec un soin liturgique, la confession du passé et la recherche d’un avenir meilleur créent les conditions d’une communion retrouvée. Avec Haribo Kimchi nous touchons du doigt (et surtout des papilles) la condition du chrétien, chez lui nulle part mais charriant partout avec lui sa patrie là où il s’attable pour manger le pain et boire le vin.
Avec humour et délicatesse, contre l’oubli du passé et la brutalisation contemporaine des sens, Jaha Koo éduque nos langues et redonne le goût du voyage, tant du départ que du retour !
Haribo Kimchi, du 11 au 15 juillet au Gymnase de Lycée Mistral
Les frères Charles, Rémy, Thierry et Thomas
Illustration : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
