Avec Che dolore terribile è l’amore, inspiré du roman de Han Kang, Impossible adieux, Daria Deflorian nous conduit à pas lent dans les méandres d’un rêve éveillé aux confins d’un cauchemar d’humanité.

Dans un demi sommeil où les souvenirs épars se perdent dans une quête fantomatique, Gyeongha est appelée à rejoindre son amie Inseon sur l’île de Jeju en Corée. Gravement blessée, suite au maniement d’une scie à bois dans son atelier de menuiserie, Inseon subit dans l’inconscience même de son être une blessure plus profonde encore, celle d’un peuple martyrisé sur l’île de Jeju en avril 1948, lorsqu’au lendemain du retrait des troupes d’occupation japonaise, les autorités militaires coréennes, avec la quasi approbation des USA, répriment un soulèvement communiste en massacrant 30000 hommes, femmes et enfants abattus par balle, fusils et pistolets sur la tempe.

Au rythme lent d’un récit fragmenté où chaque mot devient lourd et palpable, Geongha, Inseon et la mère d’Inseon, elle-même rescapée du massacre, évoluent dans  espace dépouillé et rigoureusement ordonné selon l’esprit du zen où, de lourdes poutres calcinées - vestiges d’une maison incendiée - sont autant d’échardes dans la chair.

Dans les replis du perpétuel cauchemar de la mère d’Inseon et dans la conscience dévastée d’Inseon elle-même, ces lourdes échardes de bois calciné sont toutes destinées à dresser un monument en mémoire des 200000 hommes, femmes et enfants, tous victimes des exécutions sommaires et systématiques sur l’ensemble des territoires de Corée dans les jours et les mois qui ont suivi le massacre de l’île de Jeju.

Dans le cloître des Carmes, sous un ciel privé d’étoiles, avec une retenue à fleur de peau, comme suspendue par l’esprit même de la tradition du zen, Anna Coppola, Daria Deflorian et Monica Piseddu accomplissent la traversée d’un charnier qui, des entrailles d’une plage enneigée, se poursuit jusque dans les abysses de la mer, à l’image des charniers d’Auschwitz Birkenau, voire ceux des forêts d’Ukraine où les nazis pratiquent, dès août 1941, la shoah par balle.

Cependant, loin de se résorber sur la mémoire de l’horreur, cette traversée n’a d’autre fin que l’amour de compassion quand au coeur des sentiments difficiles et douloureux qu’Inseon nourrit à l’égard de sa mère meurtrie au plus profond de son être, la jeune femme elle-même blessée dans sa propre chair, suite à son propre accident, découvre combien l’amour est une terrible douleur : “Che dolore terribile è l’amore”.

C’est alors profondément troublé qu’on quitte le cloître des Carmes, comme blessé par l’empreinte d’une écharde dans la chair.


Che dolore terribile è l’amore, de Daria Deflorian d’après Impossibles adieux de Han Kang, du 13 au 18 juillet, au Cloître des Carmes

Les frères Charles, Rémy, Thierry et Thomas

 

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