Quel bonheur d’entendre la musique de Molière, savoureuse et mastiquée, par les délicieuses mâchoires flamandes des tg STAN ! La carrière de Boulbon se transforme en amphithéâtre de fortune, où tous sont réunis autour de deux types de tréteaux : ceux de la scène, en bois, au milieu du public, et ceux des échalas de ces grands Belges, qui sont si haut sur pattes ! La vision a déjà quelque chose de comique, et ces comédiens le savent très bien : les hardes décalées qu’ils portent soulignent à merveille leurs drôles de corps.
Et du corps, ils en donnent, mais surtout de la langue ! Quitte à buter sur les mots, mais toujours avec plaisir et humour. Plusieurs pièces de Molière-Poquelin se succèdent, de manière primesautière, traitées selon la plus pure commedia dell’arte. C’est-à-dire que les gags sont flagrants, l’illusion nulle part, et le rire partout. C’était si bon d’entendre autant de rires des spectateurs, tantôt collectifs, tantôt plus individuels ! On a même ri des rires, certains valaient à eux seuls le détour par cette campagne avignonnaise…
Au fond, c’est avec un sentiment de grande générosité que l’on repart de la Carrière. Générosité de s’entendre et se voir offrir un tel patrimoine, par des allophones, avec autant de liberté. Générosité de ces acteurs qui, et c’est à leur honneur, ne sont pas de prime jeunesse, mais incarnent à merveille les adolescents du Grand Siècle… Générosité de Poquelin-Molière enfin, qui sait traverser les siècles pour nous dire : moquez-vous, des vieux barbons et des jeunes Parisiennes, et d’abord de vous-mêmes !
Il semble que les tg STAN aient contracté le virus de la Poquelin-123. La suite numérique pourrait continuer indéfiniment, ou à l’inverse s’arrêter plus tôt : en effet, achever le spectacle à l’entracte après le morceau de bravoure de la pièce posthume Les Égotistes aurait été tout à fait suffisant et honorable ! Mais ces grands Belges sont gourmands, et nous le comprenons. Toujours est-il que, réunis autour de leurs chairs pleines de rires, nous public avons vécu un moment de joie et de complicité avec eux, de ceux qui font du bien à l’âme… Alors un grand MERCI de nous avoir ainsi tous “embarqués dans les mêmes tréteaux” !
frères Charles, Thierry, Thomas et Rémy
1, 2, 3 Poquelin, tous les soirs jusqu’au 25 juillet inclus, à 21h à la Carrière de Boulbon (venir en avance, en navette ou voiture)
