Je fais un don

Imaginez la scène : une petite maison de Capharnaüm avec son toit en terrasse. Un minuscule escalier extérieur qui permet d’y accéder. La maison est pleine à craquer, ce jour-là, autour de Jésus. La foule s’est même agglutinée autour de la porte. Comment faire entrer un homme paralysé sur un brancard et les quatre gaillards qui le transportent ? Rien ne les arrête. Les voilà qui hissent le malheureux sur la terrasse et crèvent le toit. Il devait être en torchis et en feuillage. Ils descendent le brancard et le malade à travers le toit. Les gens se bousculent, reçoivent les gravats sur la tête et dans le cou. Ils sont bien obligés de lui faire la place.
 Et Jésus, que fait-il ? Eh bien ! Jésus voit leur foi. Une foi qui ne s’exprime pas en paroles, ils n’ont pas dit un mot, mais en actes. Leur foi, c’est crever le toit. Gérard Bessière, dans un de ses remarquables commentaires, propose cette expression :  "Croire au Christ, c’est crever le toit, c’est lui faire tellement confiance qu’on le provoque à l’impossible."
 En réponse, Jésus lui aussi crève un toit plus épais que celui de la maison. Il va pénétrer dans le corps de cet homme muré dans son infirmité :  "Lève-toi et marche" et dans le coeur de cet homme paralysé par son péché :  "Tes péchés sont pardonnés."
 Dans la foule, il y a des hommes qui épient Jésus. Ils ne disent rien mais ils n’en pensent pas moins : "Cet homme blasphème, qui donc peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ?" Jésus pénètre aussi leur pensée, il va crever le toit de leurs préjugés : "Quel est le plus facile de dire : ‘Tes péchés sont pardonnés’ ou bien de dire: ‘Lève-toi, prends ta civière et marche’ ?"
 Crever le toit, crever la muraille qui paralyse le corps et le coeur d’un homme, crever le toit des préjugés, voilà ce qui s’est passé autour de Jésus, il y a 2000 ans.

Et aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe autour de Jésus ? Après avoir entendu l’évangile de ce dimanche, la question est toute simple. Je me la pose : " Est-ce que ma foi au Christ ressemble à la foi des quatre gaillards qui ont osé crever le toit pour provoquer Jésus à l’impossible " ? Acceptez, vous aussi, de vous poser cette question. Acceptons de la poser plus largement à nos communautés chrétiennes. Nos contemporains attendent que nous leur montrions la vigueur intacte de l’évangile. Que leur donnons-nous à voir ?
 Tenez, ce matin, des millions de chrétiens sont entrés dans une église, parce que c’est dimanche. Ont-ils poussé mollement la porte pour entrer, par habitude… routine… pire, par convention et non par conviction ?
 Ou, au contraire, combien ont, en quelque sorte, forcé la porte, comme on crève un toit, pour se tourner résolument vers le Christ dans la confiance ?
 Et puis – je continue de lire l’évangile de ce dimanche – les quatre hommes ont porté leur ami malade aux pieds de Jésus, et nous, qui avons-nous transporté avec nous dans l’église, ce matin, qui portons-nous dans notre prière ? Ceux que nous avons laissés à la maison : un conjoint qui ne partage pas votre foi ?… votre fille qui, le jour de ses quinze ans, vous a dit qu’elle ne vous accompagnerait plus à la messe ?… vos amis écrasés par un deuil ?… que sais-je ?
 Chers amis de Châteaubriant, plus d’un million et demi de personnes prient avec nous, ce matin, et nous voient prier dans cette église. Que leur donnons-nous à voir ?
 Guy Aurenche, vous le connaissez, c’est le fondateur de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). Il raconte volontiers l’histoire suivante que je trouve très suggestive. Un jour, au cours de ses vacances, il est passé par la Bretagne avec son épouse et ses enfants. En fin d’après-midi, ils sont entrés dans une abbaye. Et, le soir, ils ont participé à la prière des moines. Au cours de l’office, un de ses enfants, un garçon de neuf ans, s’est penché vers sa maman et lui a dit à l’oreille : " Ils font çà si sérieusement, j’ai l’impression qu’ils veulent réussir ! " On peut souhaiter que, dans cette église, nous fassions cela si sérieusement que quelqu’un puisse nous dire : " J’ai l’impression que vous voulez réussir. "

Oui, qu’est-ce que les chrétiens donnent à voir dans les églises, le dimanche ? Mais aussi en dehors des églises, les autres jours de la semaine ? Impossible, en effet, d’enfermer le Christ dans les églises de pierre. Il habite la ville, les fermes, les marchés, les usines, les tribunaux. Qu’est-ce que les chrétiens donnent à voir de leur foi au Christ et à l’évangile sur tous les terrains de la vie quotidienne ?
 Nous avons tous entendu ces phrases terribles : " À quoi bon être chrétien ? Ça sert à quoi ? Ça ne change rien ! "
 C’est vrai, ça ne change rien, si on rapetisse la foi en la confondant avec des formules récitées. Ça ne change rien si on rapetisse la foi en une religion " décorative ". Ça ne change rien si les chrétiens n’essayent pas, " par la porte ou par la fenêtre ou en crevant le toit ", de changer la vie, de dénoncer l’inacceptable et de contribuer à ce que le monde soit plus juste, plus humain, plus fraternel.
 Soyons positifs. Y a-t-il un seul jour, depuis 20 siècles, qui n’ait vu des hommes, des femmes, changer leur vie, changer la vie, à cause de Jésus ?
 À cause de Jésus ou sans prononcer son nom, sans même le connaître. Nous connaissons tous des amis qui savent aimer, se dévouer jusqu’au sacrifice, sans être chrétiens. C’est que – et cela aussi c’est une bonne nouvelle – le Christ nous a appris que le coeur de l’homme est fait de ce " goût de l’impossible ", et que c’est Dieu qui a déposé cet amour-là dans le coeur de tout homme, un amour qui peut " crever les toits ", faire sauter les murailles et les frontières.

Voilà ! Nous avons essayé de découvrir quelque chose de la richesse de cette page d’évangile. Quel bonheur de se mettre à l’école de ce paralytique et de ses porteurs.
 Mais dites-moi, que sont-ils devenus ? L’évangile n’en dit rien. Ils sont repartis sans doute illuminés par cette rencontre. On ne sait pas leur nom. Mais ne cherchez pas. Le paralysé qui veut guérir et les quatre porteurs, ils n’ont cessé de marcher depuis 20 siècles : c’est vous, c’est moi, c’est nous, si nous le voulons !

Références bibliques :

Référence des chants :