Jésus propose le tri sélectif et la décantation
Nous sommes sensibilisés à réduire le plus possible les déchets que nous générons par notre mode de vie. C’est de l’écologie et du respect de l’environnement. Aujourd’hui, dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus propose le tri sélectif.
Le tri sélectif des problèmes relationnels auxquels nous sommes parfois confrontés ou pire des fautes graves commises par ceux que nous aimons. Pour cela, le Christ s’adresse à ses disciples et les aide à faire la distinction entre ce qui est le plus grave et ce qui est de moindre importance, pour les encourager à trouver une solution au niveau de ce qui est vraiment en jeu.
Il est difficile de subir une critique injuste, de souffrir de la méchanceté, voire d’être victime de violence ou de médisance. On ne peut rester inactif contre le péché et les fautes commises envers nous ou envers d’autres.
La première étape est d’oser se confronter à celui ou à celle qui a mal agi…
Entre parenthèse, en disant frère, Jésus n’omet pas de penser aussi à toute sœur. En effet, hommes et femmes nous sommes tous capables de pécher et de pardonner !
Donc si quelqu’un a péché, il faut oser le lui signaler non pour le rabaisser mais pour lui faire prendre conscience de ce qui est mal dans son comportement, dans ses paroles ou ses sentiments. Ce vis-à-vis témoigne de la considération qu’on éprouve pour ce frère mais aussi de la liberté intérieure qui nous rend capable de chercher le dialogue afin de guérir tout ce que le mal engendre et pour ne pas laisser s’envenimer ce qui serait bénin.
Mais cela n’est pas toujours aussi simple !
Quand nos arguments ne suffisent pas ou que l’interlocuteur garde un ton péremptoire dans le dialogue, l’aide d’un tiers se révèle indispensable : Jésus conseille d’ailleurs de prendre « une ou deux personnes…afin de régler l’affaire »…. Autre étape qui nous laisse envisager que malgré la résistance du pécheur, du fautif, le sujet de discorde ou le mal lui-même pourra se dissoudre dans le dialogue, dans un cercle plus large.
Pourtant, avec sa bonne connaissance de l’âme humaine, Jésus évoque un degré supplémentaire de résistance qui exige d’élargir le cadre de la confrontation à l’assemblée de toute l’Eglise afin de mesurer jusqu’où le mal s’enracine en nous et nous enserre.
Après toutes ces étapes, il arrive malheureusement de constater que l’obstination se montre plus forte qu’une conscience éclairée. Il advient aussi qu’un aveuglement spirituel empêche de réaliser la portée de nos actes et notre responsabilité morale : « je ne vois pas où est le mal… Cela me fait du bien de dire ce que je pense et de faire ce que je veux… sans me soucier d’autrui… »
Ma liberté personnelle aurait-elle une valeur absolue, la primauté sur tout ?
Il est nécessaire de prêter attention afin qu’à chaque étape de notre vie, nous puissions discerner comment trier nos péchés et apprécier les conséquences de nos actes et de nos paroles.
Il est possible de contribuer à la transformation de nos péchés comme de nos déchets.
Certains demandent plus de temps pour se décomposer. Par leur tri et leur mise à l’écart, l’apprentissage du pardon est aussi puissant que la transformation en compost. Ce qui était nuisible devient fertile. Le fait de pardonner les péchés après leur aveu est un puissant remède pour tout chrétien. C’est ce chemin de conversion que propose Jésus, pas à pas. Ainsi, la correction fraternelle positive éloigne le pécheur du péché à le recentrant sur la logique du pardon.
Deux méthodes se complètent : l’une volontariste, le tri sélectif, l’autre apparemment plus passive, la décantation.
Pour rester dans un même registre écologique et biologique, vous savez que pour purifier les eaux usées, dans de nombreuses communes on a instauré le système naturel des bassins de décantation qui vont progressivement filtrer et épurer.
En ralentissant le cours de l’eau, les éléments polluants, plus lourds, se déposent et l’eau plus claire demeure en surface. Ce qui polluait et encombrait les eaux s’en sépare.
Du point de vue moral et spirituel, il est possible d’instaurer cette œuvre salutaire. A l’échelle du continent européen cela a permis de retrouver la paix malgré des siècles de conflits, à l’échelle d’une nation comme l’Afrique du Sud, cela a permis de dépasser l’horrible système de l’apartheid. Sommes-nous prêts à faire de même dans nos communautés humaines et dans nos familles, pour ne pas nous embourber dans nos conflits humains, sociaux et politiques ?
Dans quelques semaines le Pape Léon XIV viendra dans plusieurs villes et sanctuaires de France. Ses multiples rencontres vont nous aider à nous recentrer sur l’essentiel. Nous sommes une Eglise unie et plurielle, à l’égal de cette communauté paroissiale de Créteil.
Cherchons toujours le dialogue pour nous départir de ce qui pèse et qui pollue la relation pour ne garder que la pureté, la limpidité, la légèreté.
Eloignons-nous des eaux troubles et confortons-nous dans la paix des cœurs, alors le Seigneur sera au milieu de nous comme il nous l’a promis.
