Loué sois-tu ! Nous qui souvent ne savons pas remercier et qui nous sentons victimes, prenant le don pour un droit, comme cela arrive toujours aux égocentriques, nous unissons notre voix à la voix douce et forte de saint François et de ses nombreux, innombrables enfants, pour dire toujours, même dans l’adversité, et plus encore au terme de ce centenaire : Loué sois-tu ! – (Laudato si’) Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère François, image vivante du Christ, ton Fils, qui continue à nous montrer le visage du Père éternel, qui nous aide à voir sa présence et à faire sa volonté, afin que rien de notre pauvre vie ne soit perdu et que personne ne soit perdu, pas même l’ennemi, notre frère le loup, qui a besoin de paix et de pain. Et nous pouvons les lui donner et, si nous les lui donnons, nous trouvons la paix, pour lui et pour nous. Loué sois-tu, parce que frère François est rempli de joie et que nous la cherchons tous. Il l’a trouvée et il nous enseigne à la trouver, il la rend possible, accessible à tous. Frère François continue à parler à notre cœur, non par de savantes leçons ou des jugements précis et impitoyables, mais par sa vie, ses gestes et ses nombreuses paroles.
Loué sois-tu, parce que frère François continue à nous donner la paix et à nous apprendre à être des artisans de paix, pour la porter là où il y a la violence, la haine, l’incompréhension. Il s’est dépouillé de tout pour être désarmé. Cela ne signifie nullement être faible, accommodant ou insignifiant. Bien au contraire ! Frère François désarme le loup en l’appelant frère et, étant pour lui un frère, il négocie avec lui, pour Gubbio et aussi pour le loup ; il le rend à lui-même et à la communauté, afin qu’elle prenne soin de lui. En cette période, nous sommes tentés et séduits par la culture de la puissance, vulgaire et envahissante, trompeuse, fruit également d’exaltations mal placées et d’intérêts économiques éhontés et démesurés, de nationalismes qui ruinent les nations, de campagnes qui créent l’ennemi au lieu de chercher ce qui unit. Loué sois-tu parce que c’est justement lui, l’humble, qui fait dégonfler, toujours avec beaucoup de courtoisie et sans aucune arrogance, la prétention des puissants ; il parle avec tous parce que sa foi n’est pas ‘contre quelqu’un’, mais ‘amour pour tous’, parce qu’il voit tout avec les yeux de Dieu, ceux qui font chanter la vie. Loué sois-tu pour sa simplicité, qui est tout sauf superficialité ou esclavage des apparences, parce qu’elle consiste plutôt à trouver l’essentiel, qui est invisible aux yeux mais qui rend tout visible, vrai, précieux, lumineux, même dans la maladie et dans l’obscurité accablante et terrible de la mort.
Frère François est véritablement un poète de la vie et il enseigne à tous à la chanter. Il ne joue pas avec les mots, il n’exagère pas les tons en pensant ainsi être profond et convaincant, il ne court pas après une rhétorique vide ou après son intérêt personnel. Frère François chante en toute circonstance la beauté toute humaine et toute divine de la création, comme celle du monde qu’est chaque personne, chaque créature, toutes, sans qualifications ni étiquettes. Son monde, comme le nôtre, est marqué par des guerres terribles, une folie qui rend fou, où la seule raison à rechercher est celle de la paix et de la justice, car elles seules permettent de trouver et de défendre toutes les raisons. Loué sois-tu (pour) frère François, parce qu’il nous rappelle que la guerre n’est pas une fatalité et que la paix commence par nous et constitue le seul avenir possible. Il écrit aux dirigeants des nations pour qu’ils choisissent la paix. Il n’y a pas de temps à perdre, car la souffrance est immense ; le diviseur complique les solutions, embrouille les esprits, fait croire — quel trompeur ! — que nous trouvons la paix avec les armes et non avec le dialogue et le droit. Loué sois-tu parce que frère François, pauvre, rend les autres riches ; il ne possède rien parce qu’il aime tout : nous ne serons jamais heureux si nous possédons, mais seulement si nous offrons, car tout est à nous si nous aimons ; aimer, c’est donner, et il n’y a pas de joie sans rendre heureux son prochain, à commencer par le pauvre que nous aimons pour ce qu’il est, et non pour ce que nous pensons qu’il devrait être.
Se lier au pauvre, non comme à un objet d’intérêt, mais comme à notre frère, n’est pas un sacrifice, mais une expérience d’amour, qui donne et fait découvrir la douceur et l’amitié. C’est ainsi seulement que nous vivons ce qui ne s’achète ni ne se vend : l’amour. Voilà que frère François nous fait découvrir et redécouvrir les racines les plus profondes et les plus communes de notre pays, celles qui nous rendent humains et riches d’une culture qui vient du Christ et conduit au Christ, que nous devons nourrir par la prière et le service, accessibles à tous. Frère François, petit frère universel, allait partout, voulait rejoindre tout le monde et se sentait chez lui partout ; et tous, avec lui, se sentaient chez eux, même les hommes semblables à des bêtes sauvages, qu’il apprivoisait par l’amour des origines, celui d’Adam, qui est celui de Jésus. Ne réduisons pas saint François à nous-mêmes, mais suivons-le pour que le monde et chaque peuple deviennent nôtres.
À frère François, au terme de ce huitième centenaire extraordinaire, nous allumons la lampe de notre cœur et celle de tout notre pays avec la lampe votive des communes d’Italie. Saint François, avec sainte Catherine de Sienne, est notre saint patron. Permettez-moi d’avoir une pensée particulière pour les communes des territoires de l’intérieur, qui conservent tant de racines et souhaitent seulement que celles-ci puissent donner de nouvelles pousses, c’est-à-dire de la vie et un avenir.
Mais saint François, précisément parce qu’il savait clairement qui il était et en quoi il croyait, ne craignait pas de rencontrer chacun et de se faire proche de quiconque, non pas avec l’épée, mais avec le dialogue, en frère, sans arrogance ni distance. Il nous aide, en ces temps menaçants, à comprendre que c’est seulement ensemble que nous trouvons la réponse et que la paix n’est véritablement la paix que si elle est avec tous. Il demande seulement des artisans humbles et des architectes humbles de la paix qui, avec courage, aident à vivre ensemble, forts du droit et non en imposant le droit de la force. Saint François n’indique pas un amour réduit à une idée vague, ineffable, qui n’exige rien, faussement rassurante pour celui qui cherche à se sauver lui-même, mais un amour tel qu’est l’amour véritable : total, pour tous, enraciné dans la véritable sécurité qu’est le Christ.
Au terme de cette année jubilaire franciscaine, ou plutôt de ces années, prenons le joug libérateur et sûr de Jésus, qui libère parce qu’il aime, en construisant la maison de Dieu et la cité des hommes, en aimant l’unité autour de ‘Messire’ le Pape, qui préside à la communion. Ainsi, comme l’a dit le pape Léon, l’Europe et le monde entier trouveront de nouveaux saints qui croient en la parole de l’Évangile, des hommes libres dans la liberté du Christ, joyeux de l’amour reçu et donné. « Non pas un monde à défendre, mais à embrasser. » Loué sois-tu, mon Seigneur, sois toujours loué.
