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Fr. Benoît Dubigeon

Président

Père Michel Desplanches, Recteur du Sanctuaire Notre-Dame du Laus

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Le Rocher de la Confiance

Il est étonnant de voir Jésus commencer par ce qui ressemble à un sondage d’opinion : « D’après les gens, le Fils de l’Homme, qui est-il ? »
En fait, Jésus regarde la rumeur du monde à son sujet. 
Les disciples répondent :
« Pour les uns, Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie… »
Bref, chacun y va de son avis.
Mais un sondage n’est jamais la vérité, mais un reflet mouvant des pensées humaines, souvent très superficielles…
Or Jésus se méfie des apparences trompeuses.
Il connaît ceux qui parlent de Dieu sans pour autant lui ouvrir leur vie.
Ceux qui disent aimer sans se donner.
Ceux qui croient, mais en gardant une porte de sortie.
« Et pour vous, qui suis-je ? »
Voilà la seule question qui traverse les siècles. 
Pour moi, Benoît, qui est le Christ ? Pour chacun de vous, qui est-il ?
Quelqu’un que j’admire de loin ?
Une belle parole que j’écoute le dimanche ?
Ou quelqu’un entre les mains de qui je remets ma vie ?
La foi au Christ n’est pas une opinion religieuse. Elle est l’expérience de sa rencontre personnelle, le roc sur lequel j’appuie toute mon existence.
Quand un alpiniste plante son piton dans la roche, il y suspend toute sa personne.
S’il ne fait pas confiance dans cette roche, il tombe.
Croire au Christ, c’est suspendre son existence à lui.
C’est pourquoi la confession de Pierre est cruciale : 
« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » Pierre ne récite pas une leçon, il livre son cœur et engage toute sa personne. Même s’il reniera Jésus dans la nuit de la Passion. 
Ce qui touche le plus Jésus, ce n’est pas sa perfection mais sa confiance en misant tout sur lui. 
« Tu es Pierre, » lui répond alors Jésus.
En lui changeant son nom, Jésus lui confie sa mission.
Tu deviens pierre pour t’appuyer sur moi et devenir un appui pour tes frères. 
Un rocher d’où jaillira l’eau vive dans les déserts de la vie.
Inouï : Jésus partage désormais sa mission avec un homme fragile.
Simon, tu es Pierre. Non parce que tu es fort, mais parce que tu acceptes de t’appuyer sur moi.
Au fond, devenir saint, c’est faire du Christ son roc et devenir, pour les autres, un piton solide où ils pourront s’encorder.

Aujourd’hui encore, Dieu continue d’appeler ainsi des hommes et des femmes.
Pensons à Benoîte Rancurel, cette toute jeune bergère qui, ici-même, au Laus, pendant plus de cinquante ans, a reçu des apparitions de la Vierge Marie. Pendant deux mois, ici, la Belle Dame lui apparaît d’abord sans rien lui dire. Benoîte lui offre un morceau de pain, lui propose de jouer avec son enfant ; Marie lui répond seulement par un sourire. Avant toute mission, il y a une longue école du silence, de la prière, de la présence.
Puis la Vierge disparaît : « Vous ne me verrez pas de quelque temps. » Comme si Dieu apprenait à Benoîte à marcher davantage dans la foi que dans les consolations.
Enfin vient la mission : conduire les pécheurs vers une vie chrétienne plus authentique, les accompagner jusqu’à la réconciliation, afin qu’ils découvrent qu’aucune faute n’est plus grande que la miséricorde de Dieu.
N’est-ce pas exactement ce que Jésus confie aujourd’hui à Pierre :
« Ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »
Nous connaissons tous ces chaînes invisibles : une addiction, une jalousie, une haine ancienne, une culpabilité qui ne nous quitte plus, une blessure qui enferme le cœur.
Le Christ ne condamne personne. Il nous envoie délier.
De la peur.
Du découragement.
De l’idée que nous serions définitivement prisonniers de notre passé.
Il nous demande aussi de « lier ». « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié au ciel. »
Retisser une relation rompue.
Rejoindre celui qui vit seul.
Ramener dans la communion celui qui se croyait exclu.
Créer de la fraternité là où tout semblait déchiré.
Voilà la mission de l’Église : non pas former un club de personnes irréprochables, mais devenir une maison où les pécheurs découvrent que Dieu les attend encore.
Comme prêtre pénitencier de mon diocèse, je découvre chaque jour que le plus grand miracle n’est pas que l’homme retrouve Dieu, mais que Dieu ne cesse jamais de chercher l’homme pécheur. Aussi loin a-t-il pu se perdre !
Le sourire que la Vierge offrait à Benoîte est devenu celui de la miséricorde que Benoîte a porté toute sa vie auprès de ceux qui pensaient ne plus avoir d’espérance.
Que le Christ soit tellement notre Rocher que d’autres puissent s’appuyer sur nous. Que nous devenions, chacun à notre place, des artisans de réconciliation.
Et que ceux qui nous rencontrent puissent entrevoir, à travers notre regard, quelque chose du sourire du Ciel qui a illuminé toute la vie de Benoîte.


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