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Je ne sais si c’est très réaliste de sa part, mais il veut nous confier notre bien véritable – la source même de notre vrai bonheur. Un bonheur qui ressemble au sien : vous savez, quand tout d’un coup il y a une lumière dans les yeux, quand quelque chose se met à chanter en nous, quand le visage s’éclaire. Vivre : vivre les uns avec les autres, les uns pour les autres. La vie, donnée et reçue, les uns aux autres, les uns des autres.

Alors quand l’Evangile, comme aujourd’hui, nous parle d’argent, il nous en parle par rapport à ce vrai bonheur, par rapport à la vie. L’argent tient évidemment beaucoup de place dans nos vies, tant personnelles que collectives. Eh bien ! nous sommes invités à le mettre à sa place – et si nécessaire à le remettre à sa place par rapport au bien véritable qui est le nôtre. Comment cela ? Je voudrais vous proposer deux pistes en ce sens.

Tout à l’heure, quelques-uns d’entre vous vont apporter en offrande les produits de votre terroir : raisin, vin, fruits. Oui, c’est une joie que l’époque des récoltes et des vendanges. C’est une des bonnes choses de la vie que de voir notre travail porter du fruit, que de gagner sa vie. De pouvoir manger son pain en famille le coeur content, de boire son vin avec ses amis. Alors, sommes-nous décidés à ce que ce bonheur-là soit pour tous, sans exception ?

Il est inacceptable que tant de gens en soient aujourd’hui privés. Il est inacceptable que des millions de gens, des milliards même, vivent aujourd’hui, comme on dit, « sous le seuil de la pauvreté » ! Réalisons-nous ce que cela peut vouloir dire à longueur de vie que de vivre, jour après jour, sous le seuil de la pauvreté ? C’est une injustice insupportable, qui à longue ne peut que provoquer la révolte.

Les tragiques événements de New York, la semaine dernière, doivent nous faire nous poser la question : pourquoi ? Comment des êtres humains, des gens comme vous et moi, en sont-ils arrivés à un tel point de haine ? Il y a certes le fanatisme – et en particulier le fanatisme religieux. Mais peut-être, plus encore, un profond sentiment de frustration : celui de se sentir méprisé, de subir l’injustice. Devant le terrorisme qui a frappé si douloureusement nos frères américains, nous voulons, oui, nous mobiliser pour la paix : et c’est pourquoi il nous faut nous mobiliser pour la justice, car toute la Bible nous le dit, il n’y aura pas de paix sans justice.

Et cela est vrai à tous les niveaux. Chacun de nous est chargé de veiller à la justice autour de soi. Nous sommes confiés les uns aux autres : les enfants à leurs parents et à leurs éducateurs ; les époux l’un à l’autre ; les citoyens, les membres d’une entreprise, les êtres humains les uns aux autres.

Merci donc à tous ceux qui, dans le domaine économique et politique, essayent d’organiser les choses dans le sens de l’éthique pour que chaque être humain ait vraiment sa place au soleil. Merci, en ce temps de rentrée scolaire, aux éducateurs, enseignants, catéchistes, dont la tâche est précisément d’aider les jeunes à trouver un jour cette place au soleil.

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Une seconde question à nous poser quant à la place de l’argent dans notre vie est de nous demander en quoi nous mettons notre foi. Notre rapport à l’argent est en effet une question de confiance et donc de foi : à quoi faisons-nous confiance pour nous faire vraiment vivre ? En quoi nous fions-nous pour assurer notre existence ? Là aussi il nous faut mettre et remettre l’argent à sa place !

Car nous le savons bien, ni l’amitié, ni l’amour, ni la fraternité ne sont une question d’argent. En réalité on ne « gagne » pas sa vie : ce qu’on gagne, c’est seulement une partie de sa vie. Le reste, souvent le plus important, ne s’achète ni ne se vend.

L’Evangile nous dit : « là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur ». Alors demandons-nous : où est notre vrai trésor ? Qu’est-ce qui nous tient vraiment à coeur ? Pour Dieu la réponse est claire : son trésor, le trésor de son coeur, c’est nous. Pour les croyants, les croyants au sens vrai du terme, ceux qu’on appelle dans la Bible « les pauvres du Seigneur », il en va de même en retour : ils ont découvert que Dieu pouvait être leur trésor – c’est en lui qu’ils ont mis leur confiance, leur foi, leur coeur. C’est de Lui qu’ils savent pouvoir attendre leur vie – et la figure par excellence, le modèle achevé de cette attitude, c’est Marie. Telle est la foi que vous, les catéchistes, vous allez proclamer tout à l’heure, et que vous aurez à essayer de faire découvrir aux enfants : la foi comme une relation personnelle, confiante, heureuse avec le Seigneur.

Avançons-nous plutôt devant lui avec une humble et joyeuse confiance en lui disant : Oui, béni sois-tu, Seigneur, toi qui nous donne ce pain, ce vin, fruits de la terre que tu nous as confiée et de notre travail à tous. Nous te présentons en même temps nos personnes, nos biens, notre argent : que par ton amour, par la grâce du Christ et la force de l’Esprit, ils deviennent vie, solidarité, fraternité universelle.

Références bibliques :

Référence des chants :