Le jour du seigneur

Homélie de la messe du 23 décembre 2018 à Saint-Maur-des-Fossés

Vous avez peut-être en tête cette image culte du cinéma français : un homme quitte son domicile en 2CV pour partir en vacances. Au premier carrefour, la 2CV de Bourvil rencontre la Rolls Royce de de Funès. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la rencontre est détonante. Déroutante aussi puisque les vacances de Bourvil vont pas mal changer.

 

Et c’est vrai, il y a des rencontres marquantes dans la vie. Pour les vivre, il faut pourtant quitter son domicile comme Bourvil, il faut pourtant se mettre en route avec empressement comme Marie, il faut pourtant être accueillants comme Elisabeth. Il faut pourtant être déroutables pour vivre de telles rencontres.

 

Ces rencontres-là nous prennent tout entier et elles nous emmènent ailleurs : ce sont comme des visitations, des rencontres de l’essentiel, si intenses que le sablier du professeur Slughorn s’en arrête. Ainsi la visitation de Marie à Elisabeth, si dense : Marie porte en elle notre Dieu et c’est Elisabeth qui le lui révèle. Et les mots ne savent plus que bénir, ils ne savent plus que dire-du-bien.

 

Elisabeth proclame Marie heureuse. Pourtant il y aura sur son chemin bien des souffrances : pauvre Marie quand son Fils annonce sa passion à maintes reprises. Pauvre Marie au pied de la Croix qui voit son Fils souffrir et mourir. Pauvre Marie, elle aurait peut-être souhaité une vie plus ordinaire. Parce qu’elle a cru à la parole de l’ange, cette rencontre l’a mené sur un chemin bien douloureux. C’est une audace de la proclamer heureuse.

 

Je travaille comme maçon, en ce moment sur un chantier de rénovation, prêtre au travail comme on dit. Il y a quelques jours, Cédric, un collègue, m’a donné ces 3 clous en fer forgé récupérés lors de la démolition d’un vieux plafond. Ils viennent d’une autre époque et ils ont dû en voir dans leur histoire. Ces clous, ce sont aussi toutes nos souffrances à nous, sur notre chemin : une maladie qui fauche un élan, un divorce que personne ne voulait, un deuil qui tronçonne une vie et celle de toute une famille, une enfance sans entendre un “je t’aime” ou abusée par un adulte, l’âge qui avance et qui rend si dépendant… que de souffrances ! Peut-être que beaucoup d’entre nous auraient souhaité une vie plus ordinaire. Pour beaucoup, ce serait une audace de nous proclamer heureux.

 

Mais il y a parfois ces visitations : la visite d’un ami à un ami, des retrouvailles si attendues qui sonnent comme des réconciliations… de ces rencontres-là, bien souvent on ne retient que l’ambiance : une ambiance de paix parce qu’on y est bien, reconnu pour soi-même avec son histoire ce qu’on a de mystère en nous. Ces rencontres-là sont toujours fondatrices dans une vie, encore et encore, d’étapes en étapes, de fondements en fondements, quel que soit notre âge : fondatrices à 20 ans, à 60 ou à 80 ans. Ces visitations n’enlèvent pas la trace des clous, mais peuvent aider à vivre avec.

 

Noël est dans 2 jours, c’est peut-être un moment qui nous est particulièrement donné pour nous mettre en route, pour vivre des visitations, des rencontres pas pour passer le temps mais en vérité, paisibles, sans jugement… gratuites.

 

Ce matin, nous allons partager la lumière de la Paix allumée à Bethléem, ramenée dans l’hexagone par les scouts et guides de France dimanche dernier. Nous allons partager cette lumière entre nous les chrétiens, et avec nos amis d’une autre foi ou d’une autre approche de la vie. Partager cette lumière, c’est une manière de devenir comme Marie, porteurs de paix – et donc porteurs de Dieu – au cœur du monde. C’est une manière de devenir comme Elisabeth, reconnaissants la présence d’un Dieu déjà là, au cœur du monde. Parce-que vivre la Paix, c’est une manière de rendre Dieu présent pour nous-mêmes et pour le monde…

 

Alors oui, heureuse est Marie. Heureux sommes-nous ! La Paix entre nous et en nous est possible, le Christ vient. Il est là. Il sera la paix a dit le prophète Michée. Allez, il faut encore se mettre en route… et rester déroutable.

La Paix soit avec vous. Le Seigneur soit avec vous.

 

Texte de l'Homélie

Prédicateur : Père Frédéric Ozanne, aumônier national Compagnons  chez les Scouts et Guides de France

Paroisse : Église Saint-François-de-Sales

Ville : Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne)

Temps : Temps de l'Avent

Jour : 4ème dimanche

Année : C

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