Frères et sœurs, en présidant cette messe, je n’ai rien de mieux à faire qu’à reprendre les mots de l’apôtre aux Thessaloniciens : « Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. » 
Entendons donc les paroles du Seigneur Jésus comme des paroles qui nous consolent et nous fortifient pour tout ce que nous avons à faire et à dire de bien. A faire d’abord et à dire ensuite. 

Dans la controverse qui l’oppose aux Sadducéens, Jésus n’est pas un habile rhéteur qui esquive les pièges qu’on lui tend. A la question posée, il répond, il nous faut l’entendre ainsi, avec ses « tripes », avec tout son être de Fils bien-aimé du Père entré dans la condition humaine et vivant, en toute son humanité, sa filiation unique avec le Père. Non, le Père n’est pas le Dieu des morts. Non, le Père ne joue pas avec la mort qui frappe les humains. Non, le Père ne ment pas, lui qui a créé les humains pour qu’ils vivent pour toujours. Et non, une femme n’a pas à passer de mari en mari, de frère en frère, jusqu’à ce qu’elle ait donné le descendant espéré. 
Jésus sait combien une vie peut être marquée par la désillusion et tentée par le désespoir. Lui-même va être rejeté et devoir passer par la mort pour que le Père puisse exercer en lui sa puissance. Il se met tout entier dans la balance : « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui ».

Alors, frères et sœurs, comprenons-le. Nous n’avons pas à vivre obnubilés par la mort mais tournés vers la vie plus vivante encore qui vient vers nous.
     Puisque nous sommes appelés à vivre pour toujours, le mariage n’est pas seulement une manière de surmonter la mort et d’assurer la continuité des sociétés humaines ; la différence entre l’homme et la femme n’est pas seulement une affaire de domination sociale et de reproduction à maîtriser. Elle rend possible, cette différence, une relation d’émerveillement et de service, où chacun aide l’autre à être fécond, à porter du fruit pour toujours, en commençant par ici-bas.
Puisque nous sommes appelés à vivre pour toujours, la vieillesse n’est pas seulement ni d’abord une déchéance. Elle est une étape à vivre, dans le lent façonnement de nos existences. Une étape dont nous ne maîtrisons pas les conditions, une étape qui nous rend davantage dépendants des autres. Une étape qui peut être très douce pour certains et très douloureuse ou très humiliante pour d’autres, lorsqu’une personne ne peut plus reconnaître les siens ou ne peut plus être tout à fait reconnue des siens. Elle est un temps à vivre, pour que nous nous aidions mutuellement à devenir plus humains. Elle vient briser nos projets de réussite, de repos, parfois de manière dramatique. Mais nous pouvons nous entraider pour grandir dans la foi en la beauté de chaque personne humaine. Les soignants nous en donnent souvent l’exemple.
Puisque nous sommes appelés à vivre pour toujours, la mort qui tente nos sociétés comme une manière de mettre fin à des difficultés qu’elle ne peut porter, la mort prend une signification nouvelle. Elle n’est pas l’anéantissement de tout ni une rupture que rien ne peut surmonter. Mourir n’est jamais purement passif, mourir est un acte, un acte de passage et de remise de soi. Nous pouvons nous y préparer et aussi nous accompagner les uns les autres. Et la mort indique dramatiquement que nous, les humains, pouvons accéder à ce qui est plus grand que nous mais à quoi notre être tout entier aspire. 

En prêchant ce matin, j’aurais aimé pouvoir reprendre sans hésiter la suite des paroles de l’Apôtre : « Priez aussi pour nous, frères et sœurs, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. » 
ll me faut, cependant, être conscient que, chez beaucoup d’entre vous, une certaine confiance est brisée. Les faits récemment révélés au grand public concernant tel évêque vous ont pris par surprise et vous ont déçus profondément. Vous avez pu avoir l’impression que le corps épiscopal camouflait l’un des siens. Nous aussi, évêques, nous sommes atteints par ces révélations, atteints dans la confiance que nous nous faisons les uns aux autres, nous qui ne nous choisissons pas mais sommes donnés les uns aux autres, pour appartenir au collège épiscopal et nous y soutenir fraternellement. Nous aussi, nous sommes stupéfaits qu’un prêtre puisse abuser de la confiance de jeunes et abuser aussi de la sainteté des sacrements.  Nous aussi, nous voulons que ce qui doit être remis à la justice de notre pays le soit, que ce qui doit être puni ou sanctionné par la justice de l’Église le soit. Nous sommes bouleversés par les souffrances imposées aux personnes victimes dont nous nous demandons comment les aider mieux. Nous sommes meurtris par le mystère d’un homme, par le bien qu’il peut faire et le mal qu’il peut commettre. Nous nous interrogeons sur la voie juste entre le respect de la vérité due à beaucoup et le respect des personnes victimes mais aussi des coupables. Ce sujet mérite des consultations approfondies et des décisions durables.
En tout cas, frères et sœurs, la parole du Seigneur nous éclaire encore : Dieu n’est pas le Dieu des morts mais celui des vivants. Il n’est un Dieu que l’on puisse tromper par des gestes religieux extérieurs, il n’est pas le Dieu des hommes de religion qui seraient protégés par un statut spécial. Il est le Dieu des âmes, le Dieu de toute personne qui entre pour de vrai dans le combat contre le mal et les forces de la mort, qui ne se satisfait pas de ses réussites extérieures, qui déteste toutes ses complicités fortes ou faibles avec ce qui abîme les autres et qui tremble toujours de manquer à la vérité de la charité, le Dieu de toute personne qui cherche, avec élan, à servir la fécondité de la vie que donne le Dieu vivant. « Que le Seigneur, dit l’Apôtre, conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ ».

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