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Homélie de la messe du 16 juillet 2017 à Estinnes (Belgique)

N’allons pas imaginer qu’au temps de Jésus, les champs agricoles étaient aussi impeccables que ceux d’aujourd’hui dans nos campagnes d’Europe. Dans l’Antiquité, les limites des terrains cultivés étaient souvent floues et se confondaient facilement avec les chemins ; les pierres et les ronces n’étaient pas systématiquement éliminées comme elles le sont aujourd’hui. Bref, l’agriculteur ne s’étonnait pas que dans un même champ, il y ait des endroits où cela poussait bien, et d’autres endroits où les semailles ne produisaient quasiment rien. Il reste qu’au départ, le semeur devait semer largement partout, sans parcimonie, dans la bonne espérance que, même dans les zones moins évidentes, il pousse quand même quelque chose !

Jésus évoque dans sa parabole un semeur qui semble avant tout heureux de sortir pour semer. De toute évidence, ce semeur croit en la vie. Il ne perd pas son temps à ausculter d’abord le terrain pour savoir combien de semences il pourra déposer à tel ou tel endroit. Comme le dit la devise d’un célèbre dictionnaire : il « sème à tout vent ». Quelle belle image pour décrire Dieu ! Un Dieu qui « sort » de lui-même –comme le rappelle souvent le pape François-, pour semer en notre monde sa Parole, son Verbe, son Fils. Un Fils en qui il met toute sa confiance : « la parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plait, sans avoir accompli sa mission », entendions-nous dans la première lecture.

La parabole du semeur… Quelle belle image pour parler de Dieu… Et pour parler de nous ! A la différence de nos surfaces agricoles souvent « nickel », nos vies quant à elles, restent souvent comparables à ces champs du temps de Jésus : mélange de bonne terre certes, mais aussi de pierres et de ronces. Selon les étapes de notre existence, et parfois nos humeurs du moment, nous sommes tantôt l’un, tantôt l’autre. Nous pouvons nous reconnaître dans les situations que décrit Jésus : une joie sincère de croire en Lui, mais qui parfois s’éteint bien vite par défaut de racines quand surviennent les épreuves ; une attirance réelle pour le Christ et son Evangile, qui se laisse étouffer par les soucis du monde et les séductions de richesses davantage matérielles ; et aussi, parfois, grâce à Lui, Jésus, une énergie incroyable pour aimer, se donner, porter du fruit pour le bien de nos proches et de la société.

La seule situation qu’il faut vraiment éviter, selon le Christ, c’est celle de la semence tombée sur le chemin, à savoir la semence que le sol n’essaie même pas d’accueillir. Mais c’est précisément dans l’espoir de provoquer une ouverture, une fissure dans ce sol hermétique, que Jésus parle du Royaume de Dieu en utilisant ces histoires à la fois simples et énigmatiques que sont les paraboles. Elles nous invitent à sortir nous aussi de nous-même pour nous interroger et nous ouvrir au don de Dieu. Dès que nous acceptons cette ouverture, nous entrons en processus d’enfantement, même si c’est en gémissant –comme disait St Paul dans la seconde lecture. Nous commençons à laisser  l’Esprit-Saint faire grandir en nous ce que le semeur vient déposer.

Le semeur, c’est le Christ. Ce qu’il sème inlassablement, c’est sa vie, offerte en abondance pour le monde entier. L’Eucharistie nous rend présent à ce don bien réel, qui nous rejoint sur le terrain qui est le nôtre maintenant : ici en cette église et là où nous sommes concrètement devant notre écran de télévision.

En cette ancienne abbaye de Bonne-Espérance, nous vénérons depuis des siècles la Vierge Marie représentée sous les traits d’une maman qui allaite son enfant nu et qui tient de la main droite le vêtement de Jésus, un vêtement qu’elle et son Fils semblent vouloir nous tendre. Comme pour nous dire : n’hésite pas à te revêtir du Christ, à l’accueillir, comme une semence. Reçois sa vie offerte, pour ton adoption comme enfant de Dieu et la pleine fécondité de ton existence.