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Reviens ! Seigneur Jésus
Reviens chercher tes frères !

"Reviens ! Seigneur, pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent. Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi."

Ce cri : « Reviens ! » nous l’avons entendu il y a quelques instants, porté par cette magnifique prière contenue dans le Livre d’Isaïe. Les Juifs d’il y a plus de deux mille cinq cents ans l’adressaient, comme ceux d’aujourd’hui, à l’Éternel béni soit son Nom. Les chrétiens, quant à eux, le destinent d’abord à celui qui, venu de Dieu, a vécu voici deux mille ans notre condition d’homme, est mort, est ressuscité et nous a promis qu’il reviendrait nous chercher dans toute sa Gloire : Jésus, le Christ.

Notre attente a plusieurs dimensions : nous espérons le retour visible, éclatant, du Seigneur Jésus qui viendra clore l’histoire terrestre des hommes et nous faire vivre ensemble le Jour de la Grande Résurrection. Mais nous attendons aussi, pour chacun de nos jours présents, la venue de Dieu en notre chair, en notre coeur. Enfin, nous nous préparons à revivre, comme chaque année à la même période, le mémorial de la naissance de Jésus à Bethléem, immense et pourtant si modeste moment de l’histoire de l’Alliance entre Dieu et le peuple des hommes. Voilà pourquoi ce temps de l’Avent dans lequel nous entrons ce dimanche, nous fera vivre à la fois des instants de purification, des temps de pénitence, et des moments de joie. Dans ce mois qui nous conduit à la célébration de Noël, nous serons comme Marie portant en elle l’enfant divin en gestation, se préparant dans la fébrilité et le bonheur à la mise au monde de celui-ci.

Le Seigneur vient, le voilà ! Comme l’exprimait, à l’adresse de l’Éternel, Isaïe dans sa prière : « (Dieu vient) à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de (lui) en suivant (son) chemin. » Car il s’agit de ne pas passer à côté de la rencontre que nous offre le Seigneur. « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment », dit Jésus à ses disciples en parlant de son retour (le passage de l’Évangile de Marc que nous avons écouté). Pratiquer la justice, vivre la miséricorde, et veiller : cela ne fait qu’un.

Notre messe télévisée de ce premier dimanche de l’Avent se déroule dans un des lieux de la terre parmi les plus chargés d’histoire. Cet Ossuaire de Douaumont, où sont rassemblés les restes de plus de 130 000 soldats tués lors de la bataille de Verdun en 1916, constitue certainement un des plus grands cimetières du monde si ce n’est le plus grand. Alors que, de ce sanctuaire, nous surplombons la grande étendue où la guerre s’est menée, faisant plus de 300 000 tués, français et allemands, maghrébins et africains noirs, chrétiens, juifs, musulmans et agnostiques. Nous pouvons faire place en nous à la vision qu’eut jadis le prophète Ézéchiel : celle d’une multitude d’ossements desséchés rappelés à la vie (Ézéchiel XXXVII, 1-14). Car cet enfer que fut Verdun il y a 89 ans est devenu depuis un des lieux les plus calmes du monde. Cette vallée de la mort horrible, a été transformée en un espace de recueillement et de méditation. Cette terre meurtrie par la guerre et gorgée du sang de centaines de milliers de jeunes gens représente maintenant une terre de paix et de réconciliation. Les ennemis d’hier ont leurs os mêlés les uns aux autres, et peuvent attendre ensemble que l’Esprit de Dieu se saisissent d’eux pour les faire revivre. Et leurs descendants ici s’embrassent et goûtent ensemble le bonheur d’appartenir à une même Europe enfin pacifiée.

Voici quelques mois, j’évoquais devant une assemblée de religieuses cette messe télévisée de Douaumont qui était en préparation. Parmi les soeurs présentes, l’une, déjà bien âgée, était de Verdun. Elle a alors murmuré une chanson en allemand : « Ich hatt’einen Kameraden, einen bessern find’st du nicht », c’est-à-dire : « J’avais un camarade, un meilleur ne peut se trouver. » Cette chanson parle de deux soldats (allemands ? français ? Je ne sais pas et cela n’a pas d’importance) qui partent ensemble au combat. Mais voilà qu’une balle vole vers eux et en tue un. « Bleib du im ewgen Leben, mein guter Kamerad », « Reste dans la vie éternelle, mon bon camarade », dit le chant en conclusion. Cette chanson qui, hier, consolait peut-être les combattants qui l’entonnaient, peut aujourd’hui être reprise par nous comme chant d’espérance et de victoire. Ceux qui sont morts si jeunes ne sont pas morts pour rien, même si le prix payé a été bien trop élevé. Leur sacrifice a rendu compte de l’horreur et de l’absurdité des guerres, et leur sang versé a servi de ciment pour une fraternité retrouvée. Durant la « Grande Guerre » qui se voulut « la der des der », ce sont des frères qui se sont entretués. Certains en ont d’ailleurs été si conscients que, nous apprend l’histoire et nous le rappelle un film récent (« Joyeux Noël »), il y eut même, ailleurs sur le front, à Noël 1914 surtout, mais aussi en 1915 et 1916, des moments de trêves et de fraternisation entre soldats français, anglais et allemands. La haine, ainsi, n’était pas généralisée, et après la guerre il y eut heureusement très vite des chrétiens (et d’autres), prêtres ou laïcs comme Marc Sangnier, qui eurent le souci d’oeuvrer à la réconciliation franco-allemande, une réconciliation qui devra subir encore l’épreuve d’une autre terrible guerre (celle de 1939-1945) avant de pouvoir devenir une réalité solide.

Célébrer le premier dimanche de l’Avent à Douaumont, c’est témoigner que nous croyons que la vie l’emportera un jour définitivement sur la mort, que l’amour aura à jamais raison de la haine, que la paix finira par remplacer partout la guerre. C’est dire à Dieu que nous attendons son Règne de justice et de paix, et que nous voulons savoir accueillir en nous son Esprit pacificateur et vivificateur. C’est manifester notre confiance dans le retour glorieux du Christ, lui que nous reconnaissons comme « Prince de la Paix » et « Premier-né d’entre les morts ». C’est aussi nous engager à vivre chaque jour en artisans de paix, en « vigiles » de la paix. Car il nous faut veiller si nous voulons voir poindre l’aurore. Les catholiques ne connaissent pas assez bien la Bible, et plusieurs ce dimanche auront sans doute été étonnés d’entendre ce « premier Notre Père » contenu dans le Livre d’Isaïe aux chapitres 63 et 64. Parler à Dieu comme à « Notre Père », ainsi que nous l’a enseigné Jésus et comme le faisait déjà depuis longtemps le peuple juif, c’est nous reconnaître tous, nous les humains, comme une multitude de frères et de soeurs. Et c’est seulement si nous savons vivre cette fraternité que pourra jaillir et s’établir définitivement le Règne de Dieu parmi les hommes.

Oui, reviens Seigneur Jésus ! Reviens chercher tes frères !

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Prière pour la paix
Dieu de nos pères, Grand et Miséricordieux, Seigneur de la paix et de la vie, Père de tous, tu as des projets de paix et non d’affliction, tu condamnes les guerres et tu abats l’orgueil des violents. Tu as envoyé ton Fils Jésus pour annoncer la paix à ceux qui sont proches ou loin, pour réunir les hommes de chaque race et de chaque origine en une seule famille.
Écoute le cri unanime de tes fils, la supplication pleine de tristesse de toute l’humanité : plus jamais la guerre, aventure sans retour, plus jamais la guerre, spirale de deuil et de violence ; non à cette guerre qui est une menace pour tes créatures dans le ciel, sur la terre et la mer.
En communion avec Marie, la Mère de Jésus, nous te supplions encore : parle au coeur des responsables du destin des peuples, arrête la logique des représailles et de la vengeance, suggère par ton Esprit de nouvelles solutions, des gestes généreux et honorables, des possibilités de dialogue et de patiente attente, qui soient plus féconds que les rapides décisions de guerre.
Accorde à notre époque des jours de paix.
Plus jamais la guerre.
Amen.
Jean-Paul II

Références bibliques :

Référence des chants :